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Posts Tagged ‘effroyable’

QUE FERAY-JE? (Jean Boyer)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017



 


    
QUE FERAY-JE?

Que feray-je ? Que diray-je ?
De quel costé tourneray-je,
Mes plus douloureux accents ?
A vous rochers et montagnes,
A vous forests et campagnes,
Qui m’estes icy présens.

Quoy ? pourray-je bien me plaindre,
Et vous dire sans rien craindre
Mes plus cuisantes douleurs ?
Le tourment qui trop m’afflige
A vous déclarer m’oblige
Le sujét de mes malheurs.

Oseray-je bien le dire
La cause de mon martire
Aux driades de ces bois ?
O ! passions non pareilles !
Les forests n’ont point d’oreilles
Pour ouï ma triste voix.

Je ferey donc pénitence,
Dans l’effroyable silence
Des plus solitaires lieux,
A toujours mourir et vivre :
Car c’est mourir que survivre
A la perte de son mieux.

***

What shall I do? What shall I say?
Where shall I turn,
My most painful tones?
To you, rocks and mountains,
To you, forests and countryside,
That are present here for me.

What? Might I really complain
And tell you without any fear
My most smarting pains?
The torment that afflicts me too greatly
Obliges me to declare to you
The subject of my ordeals.

Might I dare utter
The cause of my martyrdom
To the dryads of these woods?
O! matchless passions!
The forests have no ears
To hear my sad voice.

So I shall repent,
In the frightful silence
Of the most solitary places,
To ever die and live:
For to survive is to die
To the loss of his best.

***

Was werd‘ ich tun? Was werd‘ ich sagen?
In welche Richtung wende ich
Mein schmerzlichstes Fragen?
Euch ruf‘ ich‘s zu, ihr Felsen und Gebirge,
Ihr Wälder und Wiesen,
Die ihr hier liegt vor mir.

Wie? Könnt ich wohl hier klagen
Und euch ohn‘ Ängste sagen
Mein‘ allerschmerzlichste Pein?
Die Unruh‘, die mich zu sehr quält,
Euch zu erklär‘n mich pflichtet
Den Inhalt meines Unglücks.

Sollt‘ ich es denn wohl wagen,
Den Grund mein‘s Leid‘s zu sagen
Den Dryaden dieses Hains?
Oh, Leiden ohnegleichen,
Die Wälder können gar nicht lauschen,
Zu hören mein‘ traur‘ge Stimm‘.

Ich werde also büßen,
In der furchtbaren Stille
Der einsamsten Ort‘ alldort.
Ich werde immer sterben und auch leben,
Denn es heißt sterben, wenn man muss überleben
Sein Liebstes, das man verlor.

(Jean Boyer)

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Celui qui manque (Dylan Thomas)

Posted by arbrealettres sur 29 août 2017



Celui qui manque

Cherche-le, Toi, Soleil, dans l’effroyable désolation
Parce qu’il T’aime, cherche-le et bénis
Son visage abandonné d’une caresse divine.
Avec légèreté, Toi, Vent, sur sa chère, sa sombre tête
Où se déploient les ailes d’un sommeil sans rêves,
Murmure une bénédiction pour les morts.

Doucement, Toi, Pluie, pour l’amour de sa mère,
Répands sur lui Tes larmes; il ne s’éveillera pas :
Aucun pleur ne peut briser le repos des profondeurs

(Dylan Thomas)

 

 

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Désespoir (Friedrich Nietsche)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2017




Désespoir

Au loin les cloches tintent,
la nuit passe avec une rumeur sombre.
Je ne sais que faire:
ma joie est morte, mon coeur est lourd.

Les heures filent en un silence spectral,
la cohue du monde, son mugissement résonnent dans le lointain.

Je ne sais que faire :
mon coeur est lourd, ma joie est morte.

La nuit est si sombre, si effroyable
la blême lumière cadavérique de la lune.
Je ne sais que faire :
La tempête fait rage, je ne l’entends pas.

Je n’ai ni répit ni repos,
Je marche silencieux jusqu’à la plage,
vers les vagues, vers la tombe,
mon coeur est lourd, ma joie est morte.

(Friedrich Nietsche)

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Amour humain (Viatcheslav Kouprianov)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2017



Amour humain

Effroyable attrait
pour un étranger

Attrayant effroi
d’être
avec qui l’on aime

O solennelle assurance
des végétaux !

Ils ont confié
leur amour
aux insectes
aux oiseaux
et au vent

**

Human love

The terrible attraction
to strangers

The fear like a burden
of how to be
with your loved ones

O the solemn certainty
of plants!

Their love
they have entrusted
to the insects
the birds
and the wind

(Viatcheslav Kouprianov)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 Illustration: Max Ernst

 

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Cet effroyable mur (Pierre Reverdy)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2016


thewall


Ce mur si lisse,
si épais,
si haut,
si calme…
cet effroyable mur.

(Pierre Reverdy)

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Et cependant dressé en nous (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2016



Et cependant dressé en nous
Un homme qu’on ne peut pas abattre
Debout en nous et tournant le dos à la direction
de nos regards
Debout en os et les yeux fixés sur le néant
Dans une effroyable confrontation obstinée et un défi.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration

 

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Fins dernières (Marie Nizet)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2016



 

Fins dernières

C’est fête aujourd’hui, mon amour,
Je viens frapper à votre porte.
Notre bonheur est de retour :
Vous êtes mort et je suis morte.

Faites-moi, dans ce lit sans draps,
Une place, que je me couche
Entre ce qui fut vos deux bras,
Près de ce qui fut votre bouche.

Nous allons à deux nous plonger
Dans le Grand Tout qui nous réclame
Nos corps vont se désagréger
Pour un effroyable amalgame.

Notre chair, lambeau par lambeau,
Va se dissoudre en pourriture,
Reprise, à travers le tombeau,
Par le creuset de la nature ;

Nos os, par un beau soir d’été,
Tomberont les uns sur les autres…
Ne plus savoir — ô volupté ! —
Quels sont les miens, quels sont les vôtres !

À leur tour ils s’effriteront
En une impalpable poussière
Et tels, enfin, ils monteront
Dans un infini de lumière.

Nos atomes purifiés,
Emportés par le vent qui passe,
Comme en des vols extasiés,
S’éparpilleront dans l’espace.

Et sous les évolutions
D’éternelles métamorphoses
Nous danserons dans les rayons
Où nous ferons fleurir les roses.

(Marie Nizet)

 

 

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