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LA CHANSON DU PETIT AIGLON (David Scheinert)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2019



aiglon

LA CHANSON DU PETIT AIGLON

Petit aiglon dans l’aire,
II faut dormir tout doux.
A la nuit printanière
Succède l’aube des loups.

Petit aiglon dans l’aire,
Il faut te reposer,
Pour égaler ton père
Dans l’art de déchirer.

Petit aiglon dans l’aire,
Il faut fermer les yeux
En louant les bergères
Qui font de toi un dieu.

(David Scheinert)

 

 

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TENDRESSES (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018



Illustration: Kimberly Dow

    

TENDRESSES

Ferme doucement tes bras, comme une ceinture, sur moi.
O touche, ô touche ma peau ainsi !
Ni l’eau ni la brise de midi ne sont plus douces que ta main.

Aujourd’hui chéris-moi, petite soeur, c’est ton tour.
Souviens-toi des tendresses que je t’ai apprises la nuit dernière,
et près de moi qui suis lasse agenouille-toi sans parler.

Tes lèvres descendent de mes lèvres.
Tous tes cheveux défaits les suivent, comme la caresse suit le baiser.
Ils glissent sur mon sein gauche ; ils me cachent tes yeux.

Donne-moi ta main, elle est chaude !
Serre la mienne, ne la quitte pas.
Les mains mieux que les bouches s’unissent,
et leur passion ne s’égale à rien.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE CAVALIER ENVIE LE CHATON DES SAULES (Wang Anguo)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2018



chaton de saule

LE CAVALIER ENVIE LE CHATON DES SAULES

Un pont coloré enjambe le cours d’eau
La pluie fait tomber les fleurs
Les pétales ne peuvent plus s’envoler
La lune brise le crépuscule sombre
Le parfum, bien que léger, perce le rideau
Pour parvenir jusqu’au cavalier

Le cavalier rôde silencieux
Se demandant où aller l’âme rêveuse
Le voyageur n’égale même pas les chatons des saules
Qui savent pénétrer dans la chambre nuptiale

(Wang Anguo)

 

 

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CONTINUUM (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



 

https://arbrealettres.files.wordpress.com/2009/12/walnutofedenay_vladimir-kush.jpg

CONTINUUM

Dégel automnal. Le gland et l’amande
unis. Sommeil de demain, tout comme d’aujourd’hui :
un embrasement. Une langue de fumée
pour habiter nos bouches.

Au-dessous : le calme
de sable alluvial. Au-dessus : la sourde pleine lune, roulant
dans le vif du jour. La lune —
comme un clair nuage de pierre, au moment où le soleil
fleurit au-dessus de nous. Tout

reste à dire. L’éclat
des objets dans la lumière violente
du désir — et comment une pierre
peut disparaître
là où l’eau a commencé
à dégoutter.

Nous verrons la chose
qui est devant nous.
Et si nous la voyons,
si nous l’avons vue une fois, nous égalerons
la chose qui est en nous.
Infime lumière chimérique, qui dissipe
les distances et la terreur — puissions-nous ne pas
être longs à nous éveiller.

(Paul Auster)

Illustration: Vladimir Kush

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Retouche au parfum (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
retouche au parfum

la confidence passe
d’une moitié du monde à l’autre

ô rose égale aux grilles du poème

(Daniel Boulanger)

 

Recueil: Retouches
Editions: Gallimard

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Oui, un mystère, les yeux, les tiens (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2017



Oui, un mystère, les yeux, les tiens.

Ils t’ont été donnés pour voir,
Voici qu’eux-mêmes ils donnent à voir !

Faut-il croire qu’ils sont donnés
Pour égaler la beauté qu’ils captent ?

Que la lumière qu’ils reflètent
Doit être par eux transfigurée ?

Que tous les dons qu’ils ont reçus
Doivent devenir don à leur tour ?

Brûlant mystère du Regard premier !

(François Cheng)

 

 

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Marizibill (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2016



Marizibill

Dans la Haute-Rue à Cologne
Elle allait et venait le soir
Offerte à tous en tout mignonne
Puis buvait lasse des trottoirs
Très tard dans les brasseries borgnes

Elle se mettait sur la paille
Pour un maquereau roux et rose
C’était un juif il sentait l’ail
Et l’avait venant de Formose
Tirée d’un bordel de Changaï

Je connais des gens de toutes sortes
Ils n’égalent pas leurs destins
Indécis comme feuilles mortes
Leurs yeux sont des feux mal éteints
Leurs coeurs bougent comme leurs portes

(Guillaume Apollinaire)

Illustration

 

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On arrange on compose (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2016



On arrange et on compose les mots de tant de façons,
mais comment arriverait-on à égaler une rose?

Si on supporte l’étrange
prétention de ce jeu,
c’est que, parfois, un ange
le dérange un peu.

(Rainer Maria Rilke)

 Illustration: Salvador Dali

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Dans l’univers, le plus faible vient à bout du plus fort (Lao Tseu)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2016



feu-eau

Dans l’univers,
le plus faible
vient à bout du plus fort.
Seul ce qui est sans substance
peut pénétrer un espace plein.
Par là
le Sage reconnaît
la vertu du non-agir.
Enseigner
sans la parole,
entreprendre
sans agir.
Voilà la vertu.
Cela est difficile à comprendre
pour la plupart des hommes.
Là pourtant
se trouve la vérité.
Car le plus souple
gagnera le plus fort
et rien
ne saurait égaler
la puissance
du non-dire
et
du non-faire.

(Lao Tseu)

 

 

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Le Masque (Rilke)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2016



Le Masque

Ce matin, en entrant dans ma chambre,
j’avais oublié ta présence:
masque de femme orientale
fait par un grand sculpteur.
Frayeur sacrée de trouver là
où on se croit seul plus que figure.
Et de sentir que la mienne
te contemplant,
face comblée,
ne saurait t’égaler.

(Rilke)


Illustration

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