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Poésie

Posts Tagged ‘égaré’

L’ OMBRE (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2020



Illustration: Markus Raetz
    
L’ OMBRE

L’ombre essaie de ressembler
à celui qu’elle accompagne,
mais c’est toujours à refaire,
toujours à recommencer.
Métier d’ombre, métier d’ombre,
c’est un vrai métier de chien,
on s’échine, se déchire,
se fatigue, se détruit.
Métier d’ombre, route d’ombre,
la vie est dure à gagner.

Si contente était mon ombre
de marcher au bord de mer.
Mais quand je plonge dans l’eau
elle est perdue aussitôt,
elle se débat et pleure
comme un enfant égaré.
Reviens, reviens sur le sable,
me crie mon ombre fidèle,
reviens vite à mes côtés,
ne me laisse jamais seule.

Elle est plus faible que moi,
elle se perd en chemin,
elle s’accroche aux buissons
perdant ses flocons de laine,
et s’écorche les genoux,
et se noie dans les ruisseaux
grelottant le soir venu,
redoutant les nuages gris.
Métier d’ombre, chemin d’ombre,
mon ombre est bien fatiguée.

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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HIVER BLANC (Jacqueline Commard)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2020



HIVER BLANC

La margelle du puits déroule son tapis
De laine de nuage à la blancheur d’albâtre
Un moineau égaré, dans un coin se tapit
Tandis qu’une fumée, mollement, sort de l’âtre.

Les toits éclaboussés de larmes hivernales
Pleurent de tout leur soûl les chagrins de la nuit
Et festonnent les tuiles de perles de cristal.
Accrochées ça et là dans les ombres qui fuient.

La rivière est miroir … les chemins sont d’hermine !
Les arbres de noël ont envahi les prés !
Les pommiers dépouillés qui faisaient triste mine
Se sont enjolivés de robes sans apprêt.

En ce joli matin d’hiver éblouissant
Où le jour et la nuit se font « guerre en dentelle »
Des flocons de duvet animent en dansant
Ce merveilleux tableau digne d’une aquarelle !

Et ce petit village, éternel inconnu
Devient soudainement une œuvre de Grand Maître !
Miracle des saisons … Décor tombé des nues …
Fasciner un instant ! Doucement disparaître …

(Jacqueline Commard)

 Illustration: Hendrick Avercamp

 

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Quelqu’un appelle (Jacques Ancet)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2020



Les portes les pas quelqu’un appelle
on se demande ce qu’on fait là
seul entre deux instants égarés
dans ce temps qui ne reviendra plus
minuscule au creux de la main dort
une mer on aimerait l’entendre
s’en aller sur sa rumeur très loin
comme autrefois quand la vie était
éternelle et n’avait pas de nom

(Jacques Ancet)

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Cher coeur, reine du céleri et de la huche (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2019



Cher coeur, reine du céleri et de la huche,
petite panthère du fil et de l’oignon,
que j’aime voir briller ton minuscule empire,
les armes de la cire et de l’huile et du vin,
de l’ail, et de ce sol que tes mains ont ouvert,
de la substance bleue qu’elles ont allumée,
de la transmigration du songe à la salade,
du serpent enroulé du tuyau d’arrosage.
De ta faucille tu soulèves les senteurs,
je te vois présider au savon dans la mousse,
tu gravis mes échelles et mes escaliers fous,
et tu découvres dans le sable du cahier,
fouillant les symptômes de ma calligraphie
les lettres égarées qui ont cherché ta bouche.

***

Corazón mío, reina del apio y de la artesa :
pequeña leoparda del hilo y la cebolla :
me gusta ver brillar tu imperio diminuto,
las armas de la cera, del vino, del aceite,
del ajo, de la tierra por tus manos abierta,
de la substancia azul encendida en tus manos,
de la transmigración del sueño a la ensalada,
del reptil enrollado en la manguera.
Tú, con tu podadora levantando el perfume,
tú, con la dirección del jabón en la espuma,
tú, subiendo mis locas escalas y escaleras,
tú, manejando el síntoma de mi caligrafía
y encontrando en la arena del cuaderno
las letras extraviadas que buscaban tu boca.

(Pablo Neruda)

Illustration

 

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La nuit cherche le jour égaré (Alain Mabanckou)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2019



La nuit cherche le jour égaré
dans les ramifications arbustives
des songes inachevés

(Alain Mabanckou)


Illustration: Michel Ogier

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Regarde plutôt (Alain Mabanckou)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2019



Regarde plutôt la splendeur
Des songes égarés
Dans l’herbe de ton enfance

(Alain Mabanckou)


Illustration: William Lamboley

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SAISON DES HOMMES (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2019



SAISON DES HOMMES

Sachant qu’elle nous sera ôtée,
Je m’émerveille de croire en notre saison,
Et que nos coeurs à chaque fois
Refusent l’ultime naufrage.
Que demain puisse compter,
Quand tout est abandon ;
Que nous soyons ensemble
Égarés et lucides,
Ardents et quotidiens,
Et que l’amour demeure après le discrédit.

Je m’émerveille du rêve qui sonde l’avenir,
Des soifs que rien ne désaltère.
Que nous soyons chasseurs et gibiers à la fois,
Gladiateurs d’infini et captifs d’un mirage.

Les dés étant formels et la mort souveraine,
Je m’émerveille de croire en notre saison.

(Andrée Chedid)

 

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Le chemin égaré (Paul Vincensini)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2019



Le chemin égaré demanda
avec hauteur
sa route à un caillou
Qui passait par là.

(Paul Vincensini)

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LACUSTRE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2019



LACUSTRE

J’entends pleuvoir depuis tant de nuits,
Oui, j’entends la matière qui pleure…
Je suis seul… Mon esprit me conduit
Au loin, vers les lacustres demeures.

Je crois dormir sur du bois mouillé,
Une vague énorme me submerge —
Je sursaute et je rêve, égaré,
Que le pont est resté sur la berge.

Un vide s’étend entre les âges,
Je me trouve porté en ces temps…
Et je sens sous cette pluie en rage
Les pilotis s’écrouler, lourdement.

J’entends pleuvoir depuis tant de nuits,
Et je sursaute et passent les heures…
Je suis seul… Mon esprit me conduit
Au loin vers les lacustres demeures.

(George Bacovia)

Illustration

 

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Un seul rythme nous contient (Jean-Pierre Siméon)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2019



    
un seul rythme nous contient
quand habitant dans l’amour notre danse égarée
nous échangeons d’une pleine respiration
l’éternité contre une joie

un rythme ou un poème
qui tient dans son étreinte nue
le sens inexprimé des choses

(Jean-Pierre Siméon)

 

Recueil: Lettre à la femme aimée au sujet de la mort Fresque peinte sur un mur obscur
Traduction:
Editions: Cheyne

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