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Poésie

Posts Tagged ‘égarement’

Le poème (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2019



Le poème

Sans cesse
Au vif de soi
S’amorce le poème
Miroir de l’instant
Fragment du désir
Écho du cri

Creusant l’os jusqu’à la moelle
Transperçant jusqu’à l’âme l’habit
Rouvrant les portes de l’espace
Soulageant les égarements de l’esprit
Le poème
Se rue sur nos pages avides

Explorant à la fois
Toute la flamme
Et toute l’eau.

(Andrée Chedid)

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Tu es sur le chemin (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2019




    
Tu es sur le chemin dont nul n’est revenu,
c’est ton tour, c’est le vieillissement,
l’illisible dieu interroge sous le masque.

L’hiver s’avance d’un pas égal, dénude
les arbres, rentre en lui-même, souverain.

C’est l’accession sans égarement, tu regardes
le seuil, les maisons sont plus âpres, les portes
fermées, comme un château défait
la vie retombe.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Comme un château défait suivi de Syllabes de sable
Traduction:
Editions: Gallimard

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De vous qui entendez (Pétrarque)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2018



Pétrarque    
    
De vous qui entendez, en mes rimes éparses,
Tous ces gémissements dont j’abreuvais mon coeur
Dans les égarements de ma prime jeunesse,
Quand j’étais autre qu’à présent, au moins un peu.

Pour ces écrits, plaintes, ressassements
Ballottés entre vains espoirs, vaine douleur,
J’espère compassion si ce n’est excuse :
N’avez-vous pas souffert l’épreuve de l’amour?

Mais maintenant je vois bien que je fus
De tous la longue fable, et souvent j’ai honte
De moi, quand je médite sur moi-même:

Et de ma frénésie c’est le fruit, cette honte,
Avec le repentir, et savoir, clairement,
Qu’ici-bas ce qui plaît, c’est bref, ce n’est qu’un songe.

***

Voi ch’ascoltate in rime sparse il suono
di quei sospiri ond’io nudriva ‘l core
in sul mio primo giovenile errore
quand’era in parte altr’uom da quel ch’i’ sono,

del vario stile in ch’io piango et ragiono
fra le vane speranze e ‘l van dolore,
ove sia chi per prova intenda amore,
spero trovar pietà, non che perdono.

Ma ben veggio or si corne al popol tutto
favola fui gran tempo, onde sovente
di me medesmo meco mi vergogno;

et del mio vaneggiar vergogna è ‘l frutto,
e ‘l pentersi, e ‘l conoscer chiaramente
che quanto piace al mondo è breve sogno.

(Pétrarque)

 

Recueil: Je vois sans yeux et sans bouche je crie
Traduction: Yves Bonnefoy
Editions: Galilée

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LETTRE À CEUX QUI RESTENT (Edward Stachura)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2018


 


Gaspare Traversi    url [1280x768]

LETTRE À CEUX QUI RESTENT

Je meurs
pour mes fautes et pour mon innocence
pour le manque ressenti dans chaque parcelle de mon corps
et de mon âme
pour le manque qui me déchire en lambeaux tel un journal
souillé de mots criards muet de sens
pour la possibilité de s’unir à ceux qui n’ont pas de nom,
au sens dissimulé des mots, à l’inconnu
pour une merveilleuse journée
pour un merveilleux égarement
pour les paysages sublimes
pour une illusion réelle
pour un point au-dessus de l’ypsilon
pour le mystère de la mort
[…]

(Edward Stachura)

Illustration: Gaspare Traversi

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Religions (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2018



Le premier Adam n’a jamais su,
D’où était venue notre mère Ève…
Alors, il n’y avait ni Turc, ni Hindou,
Ni sang de la mère, ni semence du père.

Alors, il n’y avait ni vache, ni boucher,
Qui donc alors a ordonné d’abattre « Au nom de Dieu »
Alors il n’y avait ni dynastie, ni caste,
Ce paradis et cet enfer, d’où sont-ils donc venus?

Le mystère de l’esprit, nul ne le comprend,
Et dans leur égarement, ils parlent de deux religions!

(Kabîr)

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C’est habité (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



Le corps a beau oublier
jeter dessus pelisses
voluptés d’astrakan et de loutres
puis bâches
rudes toiles de tente
et même la mort par pelletées
de mottes grasses

Rien n’y fait
l’âme tire aux coutures
faufile sa lumière entre les fentes

Et c’est comme une maison
qui s’allume le soir
sous les portes et les volets


dans la nuit de nos égarements
c’est habité


dans les ténèbres du beau
brûle un feu bien présent

(Werner Lambersy)


Illustration: Suzanne Clairac

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A Mme du Châtelet (Voltaire)(François Marie Arouet)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018




Emilie du Châtelet   
    
A Mme du Châtelet

« Si vous voulez que j’aime encore,
Rendez-moi l’âge des amours ;
Au crépuscule de mes jours
Rejoignez, s’il se peut, l’aurore.

Des beaux lieux où le dieu du vin
Avec l’Amour tient son empire,
Le Temps, qui me prend par la main,
M’avertit que je me retire.

De son inflexible rigueur
Tirons au moins quelque avantage.
Qui n’a pas l’esprit de son âge,
De son âge a tout le malheur.

Laissons à la belle jeunesse
Ses folâtres emportements.
Nous ne vivons que deux moments :
Qu’il en soit un pour la sagesse.

Quoi ! pour toujours vous me fuyez,
Tendresse, illusion, folie,
Dons du ciel, qui me consoliez
Des amertumes de la vie !

On meurt deux fois, je le vois bien :
Cesser d’aimer et d’être aimable,
C’est une mort insupportable ;
Cesser de vivre, ce n’est rien. »

Ainsi je déplorais la perte
Des erreurs de mes premiers ans ;
Et mon âme, aux désirs ouverte,
Regrettait ses égarements.

Du ciel alors daignant descendre,
L’Amitié vint à mon secours ;
Elle était peut-être aussi tendre,
Mais moins vive que les Amours.

Touché de sa beauté nouvelle,
Et de sa lumière éclairé,
Je la suivis; mais je pleurai
De ne pouvoir plus suivre qu’elle.

(Voltaire)(François Marie Arouet)

 

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UNE FÉE EN HIVER (René Depestre)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2018




    
à Hadriana Siloé
UNE FÉE EN HIVER

Une fée s’est réveillée
dans le poivre gris de l’hiver.
Un papillon l’a précédée
au-dessus de la cheminée.
Une fête ! Une fête d’amour
autour des vivants et des morts !
le feu brille dans mes mots du soir :
chaque instant est un éclat de rire
qui fait battre la vie à se rompre !

voici la fée qui se déshabille
sur l’égarement de mes cinq sens.
Une odeur de brûlé s’élève
de sa justice de femme.
Sa chaude lune est
le songe d’un très vieux songe de poète.
Sa force tendrement animale
est un pollen de papillon
sur l’oreiller d’un pharaon d’Egypte !

que la nuit apporte sa tendresse
aux yeux de reine vigilante !
que la maison reste en fleur
dans la neige de son souvenir !
salut, ombre bien-aimée d’Hadriana !
tes semences sont à ma porte
ta joie saute dans mon lit
pour rendre soudain la vue
à l’aveuglement de mes années !

(René Depestre)

 

Recueil: Anthologie personnelle
Traduction:
Editions: Actes Sud

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IL EST TROP TARD (Evariste Parny)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2017



 

Pier Toffoletti 31

IL EST TROP TARD

Rappelez-vous ces jours heureux,
Où mon coeur crédule et sincère
Vous présenta ses premiers voeux.
Combien alors vous m’étiez chère !
Quels transports ! quel égarement !
Jamais on ne parut si belle
Aux yeux enchantés d’un amant ;
Jamais un objet infidèle
Ne fut aimé plus tendrement.
Le temps sut vous rendre volage ;
Le temps a su m’en consoler.
Pour jamais j’ai vu s’envoler
Cet amour qui fut votre ouvrage :
Cessez donc de le rappeler.
De mon silence en vain surprise,
Vous semblez revenir à moi ;
Vous réclamez en vain la foi
Qu’à la vôtre j’avais promise :
Grâce à votre légèreté,
J’ai perdu la crédulité
Qui pouvait seule vous la rendre.
L’on n’est bien trompé qu’une fois.
De l’illusion, je le vois,
Le bandeau ne peut se reprendre.
Échappé d’un piège menteur,
L’habitant ailé du bocage
Reconnaît et fuit l’esclavage
Que lui présente l’oiseleur.

(Evariste Parny)

Illustration: Pier Toffoletti

 

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Immobiles (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2016



Cupidité et égarement sont les deux poteaux,
où la balançoire de l’Esprit est suspendue,
Tous les êtres du monde s’y balancent,
et il n’est pas de lieu stable.

Les sages se balancent avec leur sagesse,
rois et sujets se balancent,
Le soleil et la lune se balancent,
et nul n’a deviné le mystère.

Les myriades d’êtres vivants se balancent,
tandis que la Mort médite:
Des millions d’âges sont passés,
et jamais elle n’a essuyé une défaite!

La terre et le ciel se balancent,
l’eau et le vent se balancent,
Hari Lui-même revêt un corps pour entrer dans la danse,
mais les «parfaits» contemplent immobiles, dit
Kabîr.

(Kabîr)


Illustration

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