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Poésie

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J’égare les mots parmi les herbes (Tahar Ben Jelloun)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2019



J’égare les mots parmi les herbes
et je songe à un visage

(Tahar Ben Jelloun)

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Retour à Nouakchott (Tahar Bekri)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019



20 April 2004

20 April 2004

 

Retour à Nouakchott

Je te retrouve dans le souffle du vent
Exsangue brûlé par le sable sans relâche
Tant de dunes impatientes le long de ma route
Surgissent des limbes de l’inconsolé mirage

Les caravanes portées par la distance d’antan
Immobiles et langoureuses l’ombre aussi rare
Que l’acacia sec et endurci sous le soleil de plomb
Mon chant comme prière implorant le firmament

J’ai de toi désert la soif affranchie des frontières
Le rêve qui s’enlise ensablé habillé de lumière
Tout l’océan aimant chargé de lourdes pirogues
Butin d’arc-en-ciel pour des frères noirs et blancs

Où as-tu égaré fleuve ton limon pour nourrir la terre ?

(Tahar Bekri)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

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Une seule matière (Alain Suied)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2019



Illustration: Carole Moutte
    
Une seule matière

Le mystère de l’évidence
nous a-t-il aveuglés ?
Le réel est une construction
que la matière n’abrite pas.
Le monde indéchiffrable
à jamais nous échappe

et nous constitue.

Le Poème, trace d’une langue
perdue, bloc détaché
de l’oubli premier
à jamais témoigne
d’un amour égaré
dans les replis du Temps.

Une seule matière

nous échappe
et nous constitue :
quelle est sa teneur ?
Le Poème dévoile
sans l’éteindre
l’évidence du mystère.

(Alain Suied)

 

Recueil: Sur le seuil invisible
Traduction:
Editions: Arfuyen

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Un Ordre existe au-delà (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2018


ordre

Ce Monde n’est pas Conclusion.
Un Ordre existe au-delà –
Invisible, comme la Musique –
Mais réel, comme le Son –
Il attire, et il égare –
La Philosophie – ne sait –
Et par une Enigme, au terme –
La Sagacité doit passer –
Son concept, échappe aux savants –
Sa conquête, à des Hommes
A valu le Mépris de Générations
Et la Crucifixion –
La Foi glisse – rit, et se reprend –
Rougit devant témoin –
S’accroche à un fétu d’Evidence –
Et sur la Girouette, s’oriente –
Gesticulations en Chaire –
Grondements d’Alléluias –
Nul Opium ne peut calmer la Dent
Qui ronge l’âme –

(Emily Dickinson)

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Nuages épars (Claude Pujade-Renaud)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2018




    
Nuages épars
désemparés
édredons moisis
égarés par hasard

Dociles
ils attendent
la brise bergère
qui leur désignera
le sens
les rassemblera
vers l’horizon
censé devenir leur

Passagèrement

(Claude Pujade-Renaud)

 

Recueil: Instants incertitudes
Traduction:
Editions: Le Cherche Midi

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Trop tard (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



 

Kathryn Jacobi    04

Trop tard

Il a parlé. Prévoyante ou légère,
Sa voix cruelle et qui m’était si chère
A dit ces mots qui m’atteignaient tout bas :
« Vous qui savez aimer, ne m’aimez pas !

« Ne m’aimez pas si vous êtes sensible,
« Jamais sur moi n’a plané le bonheur.
« Je suis bizarre et peut-être inflexible ;
« L’amour veut trop : l’amour veut tout un coeur
« Je hais ses pleurs, sa grâce ou sa colère ;
« Ses fers jamais n’entraveront mes pas.  »

Il parle ainsi, celui qui m’a su plaire…
Qu’un peu plus tôt cette voix qui m’éclaire
N’a-t-elle dit, moins flatteuse et moins bas :
« Vous qui savez aimer, ne m’aimez pas !

« Ne m’aimez pas ! l’âme demande l’âme.
« L’insecte ardent brille aussi près des fleurs :
« Il éblouit, mais il n’a point de flamme ;
« La rose a froid sous ses froides lueurs.
« Vaine étincelle échappée à la cendre,
« Mon sort qui brille égarerait vos pas. »

Il parle ainsi, lui que j’ai cru si tendre.
Ah ! pour forcer ma raison à l’entendre,
Il dit trop tard, ou bien il dit trop bas :
« Vous qui savez aimer, ne m’aimez pas.  »

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Kathryn Jacobi

 

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Ivresse rimbaldienne (Nimrod)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018




    
Ivresse rimbaldienne

Un bleu outremer guette au fond de mon oeil son écho.
Toujours je le préférai aux joies réverbérantes.
Il m’offre à toute heure du jour l’ivresse des solitudes.
je suis l’empailleur de l’espoir ici-bas, son tombeau incomparable !

L’enfance est un passeport égaré le long des routes
Indélicates. Elles desservent des foules des forêts
Abruptes et bourrues, insensibles à la patience des nuages.

Où s’en sont allées mes jeunes années ? Le temps les frictionne
De son amour universel. J’en appelle à l’ordre luciférien
Sans perdre de vue ni la douceur des nuées
Ni la beauté des ombres dociles errantes

Il ne tient qu’à moi de leur tourner le dos.
De chiffrer leurs mêlées leurs aises sur le plancher des vaches.
Le bonheur un brin paresseux suit sa pente.

(Nimrod)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Encore plus loin (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018



Illustration: Salvador Dali
    
Encore plus loin

Encore plus loin
que la route qui mène nulle part

(Stanislas Rodanski)

Tout entre
en résonance
chez les mordus d’éternité

insurgés plein soleil
toujours prompts au rebond
pied au plancher

ceux-là sont semblables
à des capteurs de particules
soufflées par les vents solaires

ne sommes-nous plus
que des pianos désaccordés
disent-ils

n’avons-nous plus rien
à faire entendre
aurions-nous égaré le verbe

capable
de faire résonner
notre la souverain

écoutons vraiment
écoutons
au plus chaviré

écoutons
ce bleu ardent
la plus ancienne lumière du monde

arpentant ses pistes enflammées
nous pouvons tout délaisser
nous retrouvons notre espace

notre souffle
notre centre
le centre des centres

celui qui se laisse porter
emporter par l’ardeur
est un archange de l’énergie

aimanté
sans fin par l’oeil
de la cible

il enlace les angles morts
glisse en bulle d’éternité
entre deux vies

calligraphiant une poésie ultrasensible
qui défie toute gravité
à l’écoute du chant

au fond des impasses
ou des neurones
il danse à chaque respiration

il sait le secret cher à Michaux
d’une pente
qui dévale vers le haut

bouche d’ombre
en souffle continu
frère d’embuscade

tourbillon somnambule
il retrace l’histoire de la lumière
à travers les espaces-temps

empli tout entier
d’un oui qu’il offre
à perte de coeur

il ne fait qu’un avec le mystère
et sa dimension frémissante
il vibre et vibre encore

une confiance étrange
nous vient soudain
étrange autant qu’illimitée

qui traverse le chant
à l’écoute de l’intuition fusante
à l’écoute du bleu ardent

comment laisser flotter les choses
en rebelle éveillé
comment se redonner de l’espace

comment retrouver cet art
si parfait
du contrôle des accidents

l’absolue justesse
du tempo de l’univers
le continuum de l’énergie

dix mille photons
lancés il y a cinq millions d’années
par quelque géante gazeuse

percutent à l’instant
notre rétine
larmes à ciel ouvert

se dessine
devant nos yeux éblouis
une perle de pur enthousiasme

plus démesurée
plus abyssale même
que le désespoir

sortons du labyrinthe
chevauchons le bleu ardent
captons l’alexandrin du big bang

(Zéno Bianu)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Champ libre (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2018



Champ libre

L’océan bat son plein
La barrière est ouverte
On voit des chevaux d’or brouter les plantes vertes
Les deux bords du chemin
Les guirlandes de ciel qui passent par nos mains

Un visage se lève
Soir et matin le même rêve
La peau douce du vent
Je pars dans le soleil et tu marches devant
Le temps presse
À chaque pas vers toi je tombe de faiblesse
Le coeur ne répond plus
Je gagnais ton pardon si tu l’avais voulu

Sur le mur qui chancelle une ombre s’épanouit
Un reflet nous égare
Une voix dans la nuit

(René Guy Cadou)

Découvert ici: https://lajumentverte.wordpress.com

Poème pour Le cahier des poésies d’Asphodèle

Illustration: Jennifer Morrison

 

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Le portrait (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2018



Léon Cogniet   michallon

Le portrait

Riant portrait, tourment de mon désir,
Muet amour, si loin de ton modèle !
Ombre imparfaite du plaisir,
Tu seras pourtant plus fidèle.
De ta gaîté je me plains aujourd’hui ;
Mais si jamais il cesse de m’entendre,
À toi je me plaindrai de lui,
Et tu me paraîtras plus tendre.

Si tu n’as pas, pour aller à mon coeur,
Son oeil brûlant et son parler de flamme,
Par un accent doux et trompeur
Tu n’égareras pas mon âme.
Sans trouble, à toi je livre mon secret.
S’il était là, je fuirais vite, vite.
Je suis seule… ah ! Riant portrait,
Que n’es-tu celui que j’évite !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Léon Cogniet

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