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Posts Tagged ‘égaux’

AVOIR (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2018



Oleg Korolev - (57)

AVOIR

Je puise un fleuve à la fontaine
Je traîne un désert dans la ville
J’ai un émetteur de mirages
Où s’affranchissent les esclaves
Dès qu’ils boivent de mon eau

J’ai des ombres qui lessivent
Dans les étoiles des lavoirs
Toutes les traces de sang d’homme
Le sang des femmes des enfants
Je n’ai rien pour l’effacer

J’ai des remords un peu partout
J’ai des larmes dans les yeux
J’ai un recueil de désespoirs
D’un temps dont j’ai séché les fleurs

J’ai des refuges secrets
Pour les ennemis de la misère
J’ai des lieux de réunions sûrs
Pour les conjurés

J’ai un choeur de neuf sibylles
Pour prédire le beau temps
J’ai des observatoires
Pour le monde nouveau

J’ai des formules de pacte
Pour lier l’homme à ses semblables
Et des oubliettes absolues
Pour tous les parjures

J’ai des lampes pour déchiffrer
Les faux contre l’homme
J’ai assez d’amour
Pour supporter la vie

J’ai dans mon paradis
Les battements de cils
Qui arrêtent les larmes
Des femmes indomptables
Sous l’humble tablier
Dans leur patience d’ange
Mortes en captivité

J’ai un pape dans mes étables
Des rois des banquiers des faux frères
J’attends un fleuve salutaire
Pour nettoyer toute la terre

J’ai un phare qui éclaire
Si loin le profond avenir
Qu’on voit même les plus humbles
Devenir les égaux des plus grands

(Ernest Delève)

Illustration: Oleg Korolev

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TERRE SECRÈTE (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2018



 

plume

TERRE SECRÈTE

Ne te détourne pas, mon histoire est la tienne ;
Chaque poète porte au coeur le coeur de celui qui écoute.
Comme toi, j’ai touché à cette terre ;
Et, patiente, la vie s’est cherchée en mes yeux.
Ai-je su en détenir l’image et l’innocence ?
Et dis, que nous manque-t-il pour dénouer l’unique chemin ?

Saisons, saisons, visages qui n’êtes jamais égaux !
Fleurs, nuits et merveilles sitôt englouties !
Tout se profile et il n’est pas d’issue.
L’erreur, puis la rosée. Pour toute joie, sa déroute.
Si le souffle s’affadit, d’autres feux se lèveront.

Je suis le poursuivant,
Jamais je ne délierai l’anneau.

Pourtant, des forêts entières naissent au bord du fleuve
Et meurent, sans tumulte, contre la terre retrouvée.

Les sables de la folie, soudain réconciliés,
S’abandonnent aux rives du retour.

Je suis le poursuivant ;
Je vais, telle est ma route.

Notre pays est nulle part,
Et nous, ce peu de souffle dans la main étroite du temps.

(Andrée Chedid)

 

 

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LE POT DE TERRE ET LE POT DE FER (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

LE POT DE TERRE ET LE POT DE FER

Le Pot de fer proposa
Au Pot de terre un voyage.
Celui-ci s’en excusa,
Disant qu’il ferait que sage
De garder le coin du feu :
Car il lui fallait si peu,
Si peu, que la moindre chose
De son débris serait cause.
Il n’en reviendrait morceau.
« Pour vous, dit-il, dont la peau
Est plus dure que la mienne,
Je ne vois rien qui vous tienne.
– Nous vous mettrons à couvert,
Repartit le Pot de fer.
Si quelque matière dure
Vous menace d’aventure,
Entre deux je passerai,
Et du coup vous sauverai. »
Cette offre le persuade.
Pot de fer son camarade
Se met droit à ses côtés.
Mes gens s’en vont à trois pieds,
Clopin-clopant comme ils peuvent,
L’un contre l’autre jetés
Au moindre hoquet qu’ils treuvent.
Le Pot de terre en souffre ; il n’eut pas fait cent pas
Que par son compagnon il fut mis en éclats,
Sans qu’il eût lieu de se plaindre.

Ne nous associons qu’avecque nos égaux.
Ou bien il nous faudra craindre
Le destin d’un de ces Pots.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

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C’est la vie… (Danielou Rejenski)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2017



Non, rien ne m’est plus cher que l’amour de ma mère
et pourtant je la fais pleurer…
C’est la vie…
Nous sommes nés poussière et partirons poussière,
pourtant nous voulons exister…
C’est la vie…

Parce qu’on croit la vie la plus forte,
on fait partie de la cohorte:
ceux qui ne jouent à vivre
que parce qu’il faut vivre
qui n’acceptent de payer
que pour mieux faire payer…

Moi qui sais ce qu’on souffre d’amour,
pourquoi ferais-je souffrir à mon tour?
Puis que les hommes sont égaux sur terre,
pourquoi ce racisme et cette misère?

Nous tuons la vie
à grands coups de « c’est la vie »…
On ne veut plus rien
à force d’ « on n’y peut rien »…
Nous désirons tous la victoire,
mais pour la vouloir il faut croire!
Croyons, bon sang! Mais croyons donc,
que Maman ne pleure plus onc!…
Veuillons laisser sur terre
un peu plus que poussière
et croyons toujours
si nous voulons l’amour:

c’est ça LA VIE!

(Danielou Rejenski)

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