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Poésie

Posts Tagged ‘églantine’

PRINTEMPS (Andréi Sodenkamp)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2019



PRINTEMPS

Le printemps garde encor
au bord de la colline
sa face de bois mort.
Un petit arbre neuf, une églantine
blanchit de bas en haut.
L’éclat monte des eaux.

Tout va briller, s’ouvrir
le monde est un soupir
un saule aux clairs cheveux
est si clair qu’il s’efface
Et le ciel bleu, par place,
a des corbeaux heureux.

(Andréi Sodenkamp)

 Illustration

 

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Le lierre noir et la rose églantine (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2019



 

rose églantine  i

Le lierre noir et la rose églantine
Défendent les portes du jardin
Où le soir d’un printemps qui s’obstine
Est tout d’azur et d’incarnadin.

Dehors s’éplorent les folles fontaines
Qui virent mi-mort d’amour l’Enfant
Venu par les routes incertaines
Vers ce seuil du rêve triomphant,

N’ayant connu ni la magique épée
Que ne rouille pas le sang des fleurs,
Ni la parole de l’épopée
Par laquelle s’enfuit l’heure en pleurs,

Il s’agenouilla, très las, dans la poudre
De la route onverte à tous les pas
Où les chars font le bruit de la foudre
Et leurs sonnailles celui d’un glas.

Quelles flûtes se dirent, dans les roses,
La victoire du soir sur celui
Qui crut servir l’esprit et les choses
Du lendemain et de l’aujourd’hui ?

O pâle Enfant désireux des corolles,
Close longtemps est la porte d’or
Que seules descellent les paroles
De ceux qui veulent le vrai trésor.

Laisse-toi donc dormir hors de l’enceinte
Où chante le dernier rossignol ;
Sache croire que l’attente est sainte,
Et donne à tes seuls rêves leur vol.

Et peut-être enfin les portes de flamme
S’ouvriront-elles à ton appel
Sous l’aube où les fleurs, ayant une âme,
En feront sauter le triple scel.

(Stuart Merrill)

Illustration

 

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LA VOYAGEUSE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2018




    
LA VOYAGEUSE

J’ai dormi cent ans sous une aubépine
Et l’arbre devint la racine et les branches de ma pensée
Et ses pétales blancs fleurirent dans ma couronne.

J’ai flotté mille ans dans un lac
Et mes yeux en pleurs ont pu contenir
La clarté diffuse de la lune et le nuage brûlant.

Oui, mon regard connaît
L’eufraise, l’églantine et l’asphodèle.
J’ai vu l’arc-en-ciel s’ouvrir, s’éteindre le soleil.

Vent qui souffle sur les terres,
J’ai dressé des temples de neige, des châteaux de sable,
Et je les ai laissés vides comme une main morte.

Éphémère ailé, je suis né
Avec des yeux multiples et des ailes scintillantes
Que les flammes doivent flétrir, les eaux noyer.

Je dois vivre, je dois mourir,
Je suis le souvenir de tout désir,
Je suis les cendres du monde, et le feu qui met le feu.

***

THE TRAVELLER

A hundred years I slept beneath a thora
Until the tree was root and branches of my thought
Until white petals blossomed in my crown.

A thousand years I floated in a lake
Until my brimful eje could hold
The scattered moonlight and the burning cloud.

Mine is the gaze that knows
Eyebright, asphodel, and briar rose.
I have seen the rainbow open, the sun close.

A wind that blooms about the land
I have raised temples of snow, castles of land
And left them empty as a dead hand.

A winged ephemerid I am born
With myriad eyes and glittering wings
That flames must wither or waters drown.

I must live, I must die,
I am the memory of all desire,
I am the world’s aches, and the kindling Eire.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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Églantine (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2018



Églantine

On a vu au commencement de ce livre
qu’en quittant le domaine de la Fée aux Fleurs,
l’Églantine manifesta l’intention bien arrêtée de se faire femme de lettres.
Cette profession était tombée en discrédit, et on ne se souvenait guère
que par tradition du temps où il existait des femmes de lettres,
lorsque l’Églantine arriva en Gascogne.
Ce pays lui plut naturellement, et elle se fixa à Toulouse, capitale des troubadours.
Jeune, belle, riche, elle obtint tout de suite un grand succès,
ses salons ne désemplissaient pas, on la citait pour son esprit,
son bon goût, l’éclat de sa parure.

Comme il faut que toute femme de lettres ait sa manie,
elle ne se montrait en public que chaussée de bas couleur d’azur.
De là le nom de bas-bleu qu’on a donné par la suite
à toutes les personnes du beau sexe qui s’occupent de poésie et de littérature.
L’Églantine épousa Lautrec, jeune et beau cavalier qui l’aimait passionnément,
et qui, pour devenir son mari, brava la malédiction paternelle.

Quelques mois après, Lautrec en était à se repentir.
Elle voulait qu’il s’occupât des soins du ménage,
qu’il comptât avec la cuisinière, avec la blanchisseuse,
avec le boucher, avec l’épicier, avec tous les fournisseurs.
Un moment Lautrec se consola en songeant qu’il allait devenir père.

Hélas, ce titre fut pour lui un nouveau surcroît de chagrin et de désespoir.
L’Églantine lui laissait tout le soin du marmot:
c’était à lui à le débarbouiller, à le bercer, à le garder.
Elle émit la première cette pensée, aussi ingénieuse que profonde:
un mari est une bonne donnée par le Code civil.

Lautrec mourut jeune, les uns disent de fatigue et de chagrin,
les autres d’une fluxion de poitrine.
Quoi qu’il en soit, l’Églantine le pleura et composa une magnifique épitaphe en vers gascons
pour orner la tombe de son mari.

(J.J. Grandville)

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EXCEPTÉ (Norge)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2018



EXCEPTÉ

La belle fille nue (excepté ce petit coin)
embrassa fort Albéric (excepté sur la bouche).
Firent à deux longue route (excepté dans les bois).
Cueillirent fleurs de bon lignage (excepté l’églantine).
Mordirent les fruits à songe (excepté la myrtille).
Et burent les vins profonds (excepté le bonheur).

(Norge)


Illustration: Jean-Gabriel Domergue

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La forêt ferme (Yvan Goll)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018



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La forêt ferme,
Le dernier oiseau a flûté,
Les feuilles des bouleaux lasses d’être fidèles
Préfèrent partir et mourir.
Les nymphes se démaquillent
Dans les coulisses d’églantines,
Les cerfs qui ont battu les records de vitesse
Déposent leurs cornes trop lourdes,
Et leurs trophées de crépuscule
Pourrissent sous la pluie.

La forêt ferme,
Fermons aussi nos coeurs
Avant qu’il ne gèle !
Dix mille aubes, mon ange, dix mille aubes
Dix mille fois l’oeil du soleil
Est venu rouvrir nos paupières

Dix mille aubes pour cette unique nuit
De notre amour
Ta tête sculptée dans mes bras
La roseraie de tes cheveux
Allumée de dix mille roses

Ah combien de scintillements
Et les dix mille voix des vagues
Combien de lunes sont venues
Tantôt délurées tantôt tristes
Nous couvrir de l’extase des neiges

Et des vieillards nous ont donné leurs yeux
Et des enfants ont mangé notre coeur
Dans les dix mille songes d’un amour

Dix mille aubes, mon ange, dix mille aubes
Dix mille oeufs pleins d’oiseaux et de chansons
Dix mille jaunes de soleil
Valent bien aujourd’hui
L’unique mort aux cent mille astres.

(Yvan Goll)

Illustration: Gustav Klimt

 

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Ecole buissonnière (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



 

Ecole buissonnière

Ma pensée est une églantine
Eclose trop tôt en avril,
Moqueuse au moucheron subtil
Ma pensée est une églantine ;
Si parfois tremble son pistil
Sa corolle s’ouvre mutine.
Ma pensée est une églantine
Eclose trop tôt en avril.

Ma pensée est comme un chardon
Piquant sous les fleurs violettes,
Un peu rude au doux abandon
Ma pensée est comme un chardon ;
Tu viens le visiter, bourdon ?
Ma fleur plaît à beaucoup de bêtes.
Ma pensée est comme un chardon
Piquant sous les fleurs violettes.

Ma pensée est une insensée
Qui s’égare dans les roseaux
Aux chants des eaux et des oiseaux,
Ma pensée est une insensée.
Les roseaux font de verts réseaux,
Lotus sans tige sur les eaux
Ma pensée est une insensée
Qui s’égare dans les roseaux.

Ma pensée est l’âcre poison
Qu’on boit à la dernière fête
Couleur, parfum et trahison,
Ma pensée est l’âcre poison,
Fleur frêle, pourprée et coquette
Qu’on trouve à l’arrière-saison
Ma pensée est l’âcre poison
Qu’on boit à la dernière fête.

Ma pensée est un perce-neige
Qui pousse et rit malgré le froid
Sans souci d’heure ni d’endroit
Ma pensée est un perce-neige.
Si son terrain est bien étroit
La feuille morte le protège,
Ma pensée est un perce-neige
Qui pousse et rit malgré le froid.

(Charles Cros)

Illustration

 

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La Kernevote (Louise Michel)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



La Kernevote

Au vent de la dune
Les fleurs de blé noir
Par le clair de lune
S’effeuillent le soir

Blanches aubépines
Craignez l’ouragan
Fraîches églantines
Les ailes du vent

A travers les rondes
Ô filles d’Armor
De vos têtes blondes
Les cheveux sont d’or

Quand sous les étoiles
Vous cueillez des fleurs
Gardez bien vos voiles
Croisés sur vos coeurs

Ainsi que la flamme
Ô filles d’Armor
Gardez bien votre âme
Du Sylphe moqueur

Au matin écloses
Le souffle des vents
Effeuille les roses
Avec les serments

Vos coeurs ô mes belles
Ils y chanteront
Et frappant leurs ailes
Ils les briseront

Au vent de la dune
Les fleurs de blé noir
Par le clair de lune
S’effeuillent le soir

(Louise Michel)


Illustration

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L’ENSORCELE (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



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L’ENSORCELE

A quoi bon la clef des champs?
C’est en vain que je la guette.
Une fée aux yeux méchants
M’a touché de sa baguette

Comme esclave je lui plus.
Moi, j’eus soif de la connaître.
Or je ne m’appartiens plus,
Car elle a changé mon être.

J’allais, fier, libre et hardi,
femme, moi que tu mènes.
J’écoutais ce que l’art dit
A nous, ses catéchumènes.

J’espérais vivre au milieu
Des noms de gloire qu’on nomme.
Poète, on est demi-dieu.
Or je ne suis plus qu’un homme.

Mon esprit clair se voila
Dans les plis de ton corsage.
Je vis, je t’aime, voilà!
Suis-je fou? Suis-je encor sage?

Je ne sais, et je ne veux
Point le savoir. Qu’on me laisse!
Au bout d’un de ses cheveux,
Gomme un chien je vais en laisse.

Je marche dans la forêt
Où l’amour tend ses lianes,
Où sa voix comme un foret
Perce l’air de ses dianes,

Où le long des verts sentiers
Ses menottes enfantines
Sèment sur les églantiers
Mon sang rouge en églantines.

Et je vais, je suis sa voix,
Je suis sa main. Que m’importe,
Du moment que je la vois,
Où son caprice m’emporte !

Je me moque bien des cieux
Et des vierges Amériques
Où s’enfonçaient les essieux
De mes grands chars chimériques.

Je me moque des rayons
Que nous, pauvres sans pelures,
Poètes, nous essayons
De mettre à nos chevelures.

Je me moque que le vent
De me voir décoiffé rie.
Plus haut que lui m’enlevant
Je vis en pleine féerie.

Il me semble que je suis
Dans l’île de la Tempête.
La sorcière que je suis
A changé mon âme en bête.

(Jean Richepin)

 

 

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Longue promenade (Albert Camus)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



Annette Poupard  (60)

Longue promenade.
Collines avec la mer au fond.
Et le soleil délicat.
Dans tous les buissons, des églantines blanches.
Grosses fleurs sirupeuses, aux pétales violets.
Retour aussi, douceur de l’amitié des femmes.
Visages graves et souriants de jeunes femmes.
Sourires, plaisanteries et projets.

On rentre dans le jeu.
Et, sans y croire, tout le monde sourit aux apparences
et feint de s’y soumettre.
Pas de fausses notes.

Je tiens au monde par tous mes gestes,
aux hommes par toute ma reconnaissance.

Du haut des collines
on voyait renaître sous la pression du soleil
des brumes laissées par les dernières pluies.
Même en descendant à travers bois,
en m’enfonçant dans cette ouate,
le soleil se devinant au-dessus et cette miraculeuse journée
dans laquelle les arbres se dessinaient.

Confiance et amitié,
soleil et maisons blanches,
nuances à peine entendues,
oh ! mes bonheurs intacts qui dérivent déjà
et qui ne me délivrent plus dans la mélancolie du soir
qu’un sourire de jeune femme
ou le regard intelligent d’une amitié qui se sait comprise.

(Albert Camus)

 Illustration: Annette Poupard 

 

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