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Posts Tagged ‘égoïste’

J’ai toujours aimé les êtres originaux (Paul Léautaud)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2019



Agnès Boulloche  7 [1280x768] 

J’ai toujours aimé les êtres originaux, bizarres, chimériques, singuliers.
Ils sont pour moi le sel de la vie, autant qu’en sont l’horreur les gens qui ressemblent à tout le monde.
J’aime leur fantaisie, leur folie.
Je les suis quand je les rencontre dans la rue, je cherche à me renseigner sur eux,
je voudrais les connaître et les fréquenter, je n’ai que dégoût pour ceux qui se retournent et rient sur leur passage.
Ils ont encore pour me plaire qu’ils sont souvent très bons, bien qu’étant toujours très pauvres.
N’est-ce pas curieux, cet assemblage si fréquent de l’originalité et de la bonté,
alors que les gens qui se ressemblent par milliers sont, dans leur médiocrité, en général si égoïstes et si malfaisants ?
Je rattache encore cela à tout ce qui sépare des êtres qui sont libres d’autres qui ne sont que des esclaves.
S’habiller à sa guise, agir et vivre de même, sans souci des sots qui s’étonnent ou qui se moquent,
c’est encore, dans un petit domaine, le signe d’un esprit libre.

(Paul Léautaud)

Illustration: Agnès Boulloche

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Le cœur et l’œil (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Le cœur et l’œil

Le cœur sent, l’œil cherche. Il voit le chemin
Qui mène à l’amour de la belle fille.
Et quand celle-ci ne semble pas loin
Palpite le cœur, tandis que l’œil brille,
Comprend le désir. C’est qu’il le connaît!
Cher et doux trésor, quel est ton souhait?

Quand l’amour s’enfuit de celle qu’on aime,
Le cœur, tout à coup, veut se révolter.
Égoïste cœur qui pense à lui-même
Et ne tarde pas à rire ou chanter.
C’est que nul souci, vraiment, ne le hante.
Il s’est séparé sans nulle épouvante.

L’œil lave son être, humble et tourmenté.
Son trésor caché, tout seul, il le pleure.
Mais à quoi sert-il, ce pleur qui l’effleure?
L’œil aura perdu sa vive clarté
Sitôt que ce pleur offert à la belle
Ne coulera plus, retiendra son zèle.

(Attila Jozsef)


Illustration

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Dit de la Force et de l’Amour (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017




    
Dit de la Force et de l’Amour

Entre tous mes tourments entre la mort et moi
Entre mon désespoir et la raison de vivre
Il y a l’injustice et ce malheur des hommes
Que je ne peux admettre il y a ma colère

Il y a les maquis couleur de sang d’Espagne
Il y a les maquis couleur du ciel de Grèce
Le pain le sang le ciel et le droit à l’espoir
Pour tous les innocents qui haïssent le mal

La lumière toujours est tout près de s’éteindre
La vie toujours s’apprête à devenir fumier
Mais le printemps renaît qui n’en a pas fini
Un bourgeon sort du noir et la chaleur s’installe

Et la chaleur aura raison des égoïstes
Leurs sens atrophiés n’y résisteront pas
J’entends le feu parler en riant de tiédeur
J’entends un homme dire qu’il n’a pas souffert

Toi qui fus de ma chair la conscience sensible
Toi que j’aime à jamais toi qui m’as inventé
Tu ne supportais pas l’oppression ni l’injure
Tu chantais en rêvant le bonheur sur la terre

Tu rêvais d’être libre et je te continue.

(Paul Eluard)

 

Recueil: Poèmes politiques
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’ESPÉRANCE (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



Illustration: Annagol
    
L’ESPÉRANCE

Craintive amie que l’Espérance;
Assise en dehors de ma geôle,
Elle guettait ma destinée
Comme font les coeurs égoïstes.

Elle était cruelle en sa crainte :
Un morne jour que, pour la voir,
J’épiais entre les barreaux,
Elle détourna le visage!

Faux veilleur faisant fausse garde,
Chuchotant paix quand je luttais,
Chantant si je versais des larmes,
Pour se taire quand j’écoutais!

Fausse, certe, autant qu’implacable :
Mes joies dernières humiliées,
L’Affliction même fut contrite
De voir leurs ruines dispersées.

Mais l’Espérance — dont un souffle
Eût guéri mon dément chagrin —
Gagnant les cieux à tire-d’aile,
S’en fut, et jamais ne revint.

***

HOPE

Hope was but a timid friend;
She sat without my grated den,
Watching how my fate would tend,
Even as selfish-hearted men.

She was cruel in her fear;
Through the bars, one dreary day,
I looked out to see her there,
And she turned her face away!

Like a false guard false watch keeping,
Still in strife she whispered peace;
She would sing while I was weeping;
When I listened, she would cease.

False she was, and unrelenting;
When my last joys strewed the ground,
Even Sorrow saw, repenting,
Those sad relics scattered round;

Hope—whose whisper would have given
Balm to all that frenzied pain—
Stretched her wings and soared to heaven;
Went—and ne’er returned again!

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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Dans chaque cri (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017




… Dans chaque cri de l’homme ou de l’enfant,
Dans chaque plainte, dans toutes les voix
Qui gémissent ou maudissent, j’entends
Tinter les chaînes que l’Esprit forgea…

… Père égoïste des humains,
O, cruel, jaloux, égoïste Effroi…
… Brise cette pesante chaîne
Qui sans trêve broie mes os et les glace
De sa malédiction vaine,
Egoïste fléau sans âge
Qui as réduit le libre Amour en esclavage…

Est-ce une chose sainte, la misère
Qu’un pays riche et prospère, pourtant;
Fait supporter à ses petits enfants
Nourris d’une main froide et usurière…

… Puisque, joyeux, je chante et danse dans le froid
Ils pensent qu’ils n’ont fait nul tort à leur petit
Et s’en vont louer Dieu, et le prêtre et le Roi
Qui ont construit, sur la misère, un paradis.

(William Blake)

Illustration: Edvard Munch

 

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Amour (Philip Larkin)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2016



Amour

Le difficile de l’amour
Est d’être égoïste toujours,
D’avoir la sourde insistance
De bouleverser une existence
Juste pour soi, vaille que vaille.
Quelque culot qu’il y faille.

Puis le côté non égoïste –
Comment peut-on être heureux
En mettant l’autre en premier
Jusqu’à être pis que dernier ?
Ma vie m’appartient.
Autant marcher sur les mains.

Et pourtant, vicieux ou vertueux,
L’amour fait bien des heureux.
Seul le salaud qui se révèle
Égoïste à contresens
Risque qu’on l’envoie paître,
Et il peut aller se faire mettre.

***

The difficult part of love
Is being selfish enough,
Is having the blind persistence
To upset an existence
Just for your own sake.
What cheek it must take.

And then the unselfish side –
How can you be satisfied,
Putting someone else first
So that you come off worst?
My life is for me.
As well ignore gravity.

Still, vicious or virtuous,
Love suits most of us.
Only the bleeder found
Selfish this wrong way round
Is ever wholly rebuffed,
And he can get stuffed.

(Philip Larkin)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Robert Doisneau

 

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Ombre égoïste, chienne bleue (Jean Tortel)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2016



Ombre égoïste, chienne bleue
Je ne peux pas la lâcher
Elle grandit quand j’éloigne la lampe
Elle aboie au désert aux mendiantes secrètes.

Pour retrouver par dessus l’aire du soleil
Une soeur inconnue, affreuse entre les pierres
Et qui tourne elle aussi dans l’immobilité.

(Jean Tortel)

 

 

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Portrait de l’autre (Robert Gélis)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2016



Portrait de l’autre

L’Autre :
Celui d’en face, ou d’à côté,
Qui parle une autre langue
Qui a une autre couleur,
Et même une autre odeur
Si on cherche bien …

L’Autre :
Celui qui ne porte pas l’uniforme
Des bien-élevés,
Ni les idées
Des bien-pensants,
Qui n’a pas peur d’avouer
Qu’il a peur …

L’Autre :
Celui à qui tu ne donnerais pas trois sous
Des-fois-qu’il-irait-les-boire,
Celui qui ne lit pas les mêmes bibles,
Qui n’apprend pas les mêmes refrains …

L’Autre :
N’est pas nécessairement menteur, hypocrite,
vaniteux, égoïste, ambitieux, jaloux, lâche,
cynique, grossier, sale, cruel…
Puisque, pour Lui, l’AUTRE …
C’est Toi

(Robert Gélis)

Illustration: Igor Morski

 

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La cueillette (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2016



 

La cueillette

Nous vînmes au jardin fleuri pour la cueillette.
Belle, sais-tu combien de fleurs, de roses-thé,
Roses pâles d’amour qui couronnent ta tête,
S’effeuillent chaque été ?

Leurs tiges vont plier au grand vent qui s’élève.
Des pétales de rose ont chu dans le chemin.
Ô Belle, cueille-les, puisque nos fleurs de rêve
Se faneront demain !

Mets-les dans une coupe et toutes portes doses,
Alanguis et cruels, songeant aux jours défunts,
Nous verrons l’agonie amoureuse des roses
Aux râles de parfums.

Le grand jardin est défleuri, mon égoïste,
Les papillons de jour vers d’autres fleurs ont fui,
Et seuls dorénavant viendront au jardin triste
Les papillons de nuit.

Et les fleurs vont mourir dans la chambre profane.
Nos roses tour à tour effeuillent leur douleur.
Belle, sanglote un peu… Chaque fleur qui se fane,
C’est un amour qui meurt !

(Guillaume Apollinaire)

Illustration

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EPEE NUE (André Pieyre de Mandiargues)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2015



 

ombres [1280x768]

EPEE NUE

Tu voudrais que cette femme fût une épée nue devant toi
Et le miroir clair de ton âme
Tu es désespérément las
Du regard lent
De cette créature d’Orient.

Tu t’enfuis tous les soirs au fond des bois mouillés
Tu pleures contre le tronc lisse d’un hêtre
Du couvent sortent des chants de filles folles
Les rires des nonnes jongleuses d’épingles
Des gémissements d’enfants battus
Des soupirs en rosaire mou
Un bruit d’orgue fané cassé funèbre.

Quelque chose de chaud remue sous le taillis
Les crapauds crient dans la mousse
Et des sangliers courent au bord de l’étang.

De l’ombre et de la lune naît un muet troupeau de cerfs
Agenouillés au centre de la clairière
Leurs bois velus frissonnent
Leurs dents attendrissent la mort.

Il monte un sang froid sous l’écorce
Qui sue et répond à ta peur
L’arbre faiblit entre tes bras
L’arbre est pâle comme un visage
Comme un drap sous la chevelure.

Tu sais bien que tu meurs
De la pâleur de ce visage indifférent
De l’odeur de ces noirs cheveux vifs
Épars en la nuit blanche
Du secret de ces yeux à cent lieues de toi
De cette bouche perdue
Qui s’ouvre bat se tend
Au comble d’une possession égoïste.

Tu meurs d’un lit blanc
Tu meurs d’une grande fille suante et sombre
Que tu fuis sans les quitter jamais
Dès que la nuit les voile
Et qui te clouent devant leur propre image
En tous les points de la forêt haletante.

(André Pieyre de Mandiargues)

Illustration

 

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