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Poésie

Posts Tagged ‘égrener’

Votif (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018




    
Votif

Quand j’irai à la vraie place

Au moins que ce soit un jour de cerisiers et de lilas
Et que ma tête ne ressemble pas encore à celle des morts
Avec cette mâchoire qu’ils ont
Avant qu’elle se détache et tombe seule dans l’ossuaire

Ce matin je pense à toi,
Mozart
Dans ta fosse de tibias et de crânes
Ô glorieux, et ce jour-là qui était ton jour ton ange pleurait
Parce que Dieu avait voulu pour toi
Ce Golgotha inversé dans la pluie du vieux novembre

À ma mort qu’il n’y ait pas d’ange mais qu’il me soit donné
D’entendre encore une fois la mésange de l’âme
Et le rossignol qui a égrené si souvent
ses trilles autour de mon cœur
Que je sois seul moi aussi

Mais que s’ouvre l’air à ma bouche
Que vienne une dernière fois le vent que j’ai bu
Avec l’avidité d’un enfant qui tète
Et que mes os commencent à descendre avec lenteur
Dans la terre printanière

Je bois la mort, maintenant
L’eau de la mort
J’ai les seins du vide aux dents
Et le regret du corps aimé
en creux dans l’ombre sonore

Ah Mozart, chante encore à mon cœur sans forme
Ce chant céleste où toi et moi
N’avons part dans nos espaces

(Jacques Chessex)

 

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LA DOUCE CHALEUR DU NÉANT (Vangelis Kassos)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2018



    

LA DOUCE CHALEUR DU NÉANT

toi Seigneur
tu égrènes ton komboloï
assis auprès du doux néant
t’y réchauffant les mains
où sortir quand dehors il fait si froid
quand la neige a recouvert les allées
reste dans ton coin Seigneur
dans ton repos
à tisonner le feu
à jeter de temps en temps
une bûche dans l’âtre

(Vangelis Kassos)

 

Recueil: Cent poèmes
Traduction: Ioannis Dimitriadis
Editions: http://www.ainigma.net

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L’amitié au bout du monde (Dong Qiang)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



printemps

 

Les murs m’encerclaient de toutes parts,
les tombeaux s’égrenaient le long du chemin.
Accrochée aux branches de pins et de sophoras,
la lune si froide,
le monde au bout du monde si glacial!
Vous vous promeniez contre mon épaule,
et soudain le printemps me revint.

(Dong Qiang)

Illustration: Sandro Botticelli

 

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LE SOIR (Maurice Olivaint)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2018



Henri Adrien Tanoux (French, 1865-1923) [800x600]

LE SOIR

D’APRÈS UN PASTEL DE MARIE-JOSEPH IWIL

Sous un dais de feuillage embaumé qui se mire
Dans le golfe, où la lune au visage blêmi
Epanche la clarté de son regard ami,
La vierge se recueille en effleurant sa lyre.

Elle égrène des chants que ses yeux semblent lire
Au beau livre du ciel entr’ouvert, et parmi
Les larmes, bleus feuillets déroulés à demi
Par le doigt invisible et léger du zéphire.

Le rêve voilé d’ombre, et qui sommeille encor,
Tressaille aux sons glissant le long des cordes d’or ;
Du silence s’élève une lente harmonie ;

Et des fleurs, dont un souffle agite l’encensoir,
Jusqu’aux astres épars dans la sphère infinie,
S’exhale avec douceur l’âme errante du soir.

(Maurice Olivaint)

Illustration: Henri Adrien Tanoux 

 

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Elle était assise là (Herman Gorter)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2018




    
Elle était assise là bien droite
les yeux fixés sur un point.
Une lumière s’y cachait,
un rire — ou l’amorce d’un pleur.

Ses mains et son visage
éclairés dans la chambre,
ses yeux lumineux —
des bruissements dans le silence.

J’attendais qu’elle parle,
lentement elle a égrené
un mot après l’autre
comme les pas d’un enfant.

(Herman Gorter)

 

Recueil: Ce que tu es
Traduction: Saskia Deluy et Henri Deluy
Editions: Al Dante

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Le Centre (Leonard Cohen)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2018



Illustration
    
Le Centre

Lorsque je suis au centre
de mon amour non partagé
je ne puis le tenir comme un objet
Il n’a pas d’angles vifs
qui puissent torturer quiconque
je respire le parfum
du désir
et le désir
n’a nul propriétaire
« Ô mon amour » étreint
le large et vaste ciel
tandis que la nuit farfouille parmi
les constellations
collier soulevé
après collier égrené
pour le ravissement
de la bien-aimée de Leonard
« Ô mon amour » retentit
par chaque pore de la neige
et la forêt répond
d’une grande hauteur :
« Ô mon amour »
Et voici un mur qui apparaît
et voici un coeur qui se dissout
et ils s’enlacent en ce lieu
où je suis retenu
dans la tempête
Et je marche vers toi
sur les vagues du désir
je franchis la distance
avec du nouveau à te dire
sur ta beauté
tes belles jambes
et ton implacable absence

(Leonard Cohen)

 

Recueil: Le livre du désir
Traduction: Jean-Dominique Brierre et Jacques Vassal
Editions: Cherche Midi

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Lettre après lettre (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018




    
Lettre après lettre

Lettre après lettre il égrène les mots.
Sa peur de l’ombre est telle qu’il se jette
dans un lexique éclatant de soleil.

D’un règne à l’autre, un oiseau, le vertige.
Quelle stupeur quand la voix se retire
et que le cri vole parmi les fleurs !

Lettre après lettre il arrime le monde
à son désir, il mêle toutes langues
pour inventer la bouche universelle.

Coq de combat celui qui chante l’aube.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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Moineau derrière la vitre (Patrick Williamson)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2017




    
Moineau derrière la vitre
me voilà, picorant la couenne
auprès d’un vieil homme et
sa boite à biscuits
égrenant le temps
déversant des souvenirs
embués par une larme mais
limpides dans l’esprit
feu attisé
rideaux tirés
la séparation est toujours proche

***

a sparrow at the windowpane
I am, picking at the rind
with an old man by a biscuit tin
ticking away the time,
drinking out the memories
faded with a tear yet
crystal clear in the mind;
eking out the coal fire
curtain hours
with distance evernear

(Patrick Williamson)

 

Recueil: Trois rivières
Traduction: Max Alhau
Editions: L’Harmattan

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Le coucou! (Chieko Watanabe)

Posted by arbrealettres sur 17 octobre 2017



Le coucou!
Ma montre égrène
les secondes de mes dernières années

(Chieko Watanabe)

 

 

 

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Ton rire (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2017




Ton rire

Tu peux m’ôter le pain,
m’ôter l’air, si tu veux :
ne m’ôte pas ton rire.

Ne m’ôte pas la rose,
le fer que tu égrènes
ni l’eau qui brusquement
éclate dans ta joie
ni la vague d’argent
qui déferle de toi.

De ma lutte si dure
je rentre les yeux las
quelquefois d’avoir vu
la terre qui ne change
mais, dès le seuil, ton rire
monte au ciel, me cherchant
et ouvrant pour moi toutes
les portes de la vie.

A l’heure la plus sombre
égrène, mon amour,
ton rire, et si tu vois
mon sang tacher soudain
les pierres de la rue,
ris : aussitôt ton rire
se fera pour mes mains
fraîche lame d’épée.

Dans l’automne marin
fais que ton rire dresse
sa cascade d’écume,
et au printemps, amour,
que ton rire soit comme
la fleur que j’attendais,
la fleur guède, la rose
de mon pays sonore.

Moque-toi de la nuit,
du jour et de la lune,
moque-toi de ces rues
divagantes de l’île,
moque-toi de cet homme
amoureux maladroit,
mais lorsque j’ouvre, moi,
les yeux ou les referme,
lorsque mes pas s’en vont,
lorsque mes pas s’en viennent,
refuse-moi le pain,
l’air, l’aube, le printemps,
mais ton rire jamais
car alors j’en mourrais.

(Pablo Neruda)

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