Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘égrener’

Ton rire (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2017




Ton rire

Tu peux m’ôter le pain,
m’ôter l’air, si tu veux :
ne m’ôte pas ton rire.

Ne m’ôte pas la rose,
le fer que tu égrènes
ni l’eau qui brusquement
éclate dans ta joie
ni la vague d’argent
qui déferle de toi.

De ma lutte si dure
je rentre les yeux las
quelquefois d’avoir vu
la terre qui ne change
mais, dès le seuil, ton rire
monte au ciel, me cherchant
et ouvrant pour moi toutes
les portes de la vie.

A l’heure la plus sombre
égrène, mon amour,
ton rire, et si tu vois
mon sang tacher soudain
les pierres de la rue,
ris : aussitôt ton rire
se fera pour mes mains
fraîche lame d’épée.

Dans l’automne marin
fais que ton rire dresse
sa cascade d’écume,
et au printemps, amour,
que ton rire soit comme
la fleur que j’attendais,
la fleur guède, la rose
de mon pays sonore.

Moque-toi de la nuit,
du jour et de la lune,
moque-toi de ces rues
divagantes de l’île,
moque-toi de cet homme
amoureux maladroit,
mais lorsque j’ouvre, moi,
les yeux ou les referme,
lorsque mes pas s’en vont,
lorsque mes pas s’en viennent,
refuse-moi le pain,
l’air, l’aube, le printemps,
mais ton rire jamais
car alors j’en mourrais.

(Pablo Neruda)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Ah ! Dans quel désert… (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2017



Ah ! Dans quel désert…

C’est eux qui m’ont tué
Sont tombés sur mon dos avec leurs armes, m’ont tué
Sont tombés sur mon cœur avec leur haine, m’ont tué
Sont tombés sur mes nerfs avec leurs cris, m’ont tué

C’est eux en avalanche m’ont écrasé
Cassé en éclats comme du bois

Rompu mes nerfs comme un câble de fil de fer
Qui se rompt net et tous les fils en bouquet fou
Jaillissent et se recourbent, pointes à vif

Ont émietté ma défense comme une croûte sèche
Ont égrené mon cœur comme de la mie
Ont tout éparpillé cela dans la nuit

Ils ont tout piétiné sans en avoir l’air,
Sans le savoir, le vouloir, sans le pouvoir,
Sans y penser, sans y prendre garde
Par leur seul terrible mystère étranger
Parce qu’ils ne sont pas à moi venus m’embrasser

Ah ! dans quel désert faut-il qu’on s’en aille
Pour mourir de soi-même tranquillement.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration: Parra Mariannic

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Dernier train avant le jour (Évelyne Morin)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2016



Dernier train avant le jour

La nuit est béante comme une offrande noire
Les lampes sont allumées dans la salle sur les registres des noms disparus
J’égrène les lettres de l’alphabet pour retrouver celles qui ont donné leur nom à la béance du jour naissant
Je suis mot à mot les rues de passage dans la ville d’amour solitaire
Ils sont les hommes perdus sans nom dans les registres noirs
Ils errent dans ma mémoire Tu pars avec eux
Je ne t’appellerai plus de ton nom avalé par les noms que je ne connais pas
Ma vie commence où s’arrête ma quête
Je suis seule née de vous
Je vous porte en mémoire

(Évelyne Morin)

Découvert ici: https://ecriturbulente.com/

Illustration: Paul Delvaux

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Premier sourire du printemps (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2016



cerf boire e [800x600]

Premier sourire du printemps

Tandis qu’à leurs oeuvres perverses
Les hommes courent haletants,
Mars qui rit, malgré les averses,
Prépare en secret le printemps.

Pour les petites pâquerettes,
Sournoisement lorsque tout dort,
Il repasse des collerettes
Et cisèle des boutons d’or.

Dans le verger et dans la vigne,
Il s’en va, furtif perruquier,
Avec une houppe de cygne,
Poudrer à frimas l’amandier.

La nature au lit se repose ;
Lui descend au jardin désert,
Et lace les boutons de rose
Dans leur corset de velours vert.

Tout en composant des solfèges,
Qu’aux merles il siffle à mi-voix,
Il sème aux prés les perce-neiges
Et les violettes aux bois.

Sur le cresson de la fontaine
Où le cerf boit, l’oreille au guet,
De sa main cachée il égrène
Les grelots d’argent du muguet.

Sous l’herbe, pour que tu la cueilles,
Il met la fraise au teint vermeil,
Et te tresse un chapeau de feuilles
Pour te garantir du soleil.

Puis, lorsque sa besogne est faite,
Et que son règne va finir,
Au seuil d’avril tournant la tête,
Il dit :  » Printemps, tu peux venir !  »

(Théophile Gautier)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Les grains du désert (Max-Pol Fouchet)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2015


 

Le moment d’égrener
La rosée de l’aube
Les cristaux du jour
Les envols de courlis

A la lèvre du vase
La goutte en suspens
Attend de tenir
Un reflet une image

Le miroir des perles
Les grains du désert
Avant la cassure
Refléter le monde

Dans la paume la main
Les doigts les yeux
Une larme une perle
Une goutte un monde

Le moment d’égrener
Les étoiles du ciel
Les grappes du soir
Les ultimes raisons

(Max-Pol Fouchet)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La moisson traversée (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2015



La moisson traversée

Garde les yeux ouverts
Sur la moisson traversée

Recule les frontières de ton jardin
Laisse les eaux se perdre
Et les cœurs s’absenter

Si les jours égrènent ce qui sépare
Il te reste ce qui est.

(Andrée Chedid)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Garde les yeux ouverts (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2015



Garde les yeux ouverts
Sur la moisson traversée

Recule les frontières de ton jardin
Laisse les eaux se perdre
Et les coeurs s’absenter

Si les jours égrènent ce qui sépare
Il te reste ce qui est.

(Andrée Chedid)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Amour et poésie (David Marino)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2015



Amour et poésie

Sous un chêne,
Il égrène
Les odeurs
De nos fleurs.

Il respire
En ce jour
Cette lyre
De l’amour

Qui se pleure
De nos pleurs
Qui demeurent
Dans nos coeurs.

(David Marino)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

 
%d blogueurs aiment cette page :