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L’homme qui vit une vie (Mina Loy)

Posted by arbrealettres sur 5 avril 2019



Illustration
    
L’homme qui vit une vie
où ses activités se conforment à un code social
le protégeant de l’élément féminin
N’est pas masculin

(Mina Loy)

 

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FEU D’HIVER (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018



Illustration
    
FEU D’HIVER

La nature est présente dans ma chambre, l’hiver,
Rideaux tirés devant les nuages et les étoiles,
Les lacs, les collines, les douces prairies lointaines;
Présente par le feu, plus vieux et plus sauvage.

Le feu leur survivra, le feu les prendra tous :
Dans le feu doivent tomber les bois d’automne.
L’éveil du printemps, c’est la lente combustion de l’arbre,
Le feu phénix qui brûle l’oiseau, la bête, la fleur.

Jadis Troie et le bûcher de Didon à Carthage,
Le navire de Baldur et l’incendie légendaire de Londres,
Les robes, les murs de bois, les palais de cristal
Dans leur apothéose furent pareilles flammes :

Flammes plus fluides que l’eau d’un torrent,
Flammes plus délicates et rapides que l’air,
Flammes plus infranchissables que des murs de pierre,
Destructrices, irrévocables comme le temps.

Le feu essentiel est l’esprit que rien n’entrave,
Qui, né sur les lèvres de la prophétie,
Libère les éléments étincelants de l’âme;

Sa brûlure apprend à l’amour la façon de mourir
Et aux êtres à subir leur destruction ultime
Sur ces remparts en flammes du monde qui s’élèvent
Entre notre existence et le jardin perdu.

***

WINTER FIRE

The presence of nature in my winter room
With curtains drawn across the clouds and stars,
Lakes, fells, and green sweet meadows far aime
Is fire, older and more wild than they.

Fire will outlast them all and take them ail
For into fire the autumn Woods must fan.
Spring blossoming is the slow combustion of the tree,
The phoenix fire that burns bird beast and flower away.

Once Troy and Dido’s Carthaginian pire
And Baldur’s skip, and fabulons London burning,
Robes, wooden walls and crystal palaces
In their apotheosis moere such flames as these

Flames more fluent than water of a mountain Stream,
Flames more delicate and swift than air,
Flames more impassable than walls of stone,
Destructive and irrevocable as time.

Essential fire is the unhindered spirit
That, laid upon the lips of prophecy
Frees ail the shining elements of the soul;

Whose burning teaches love the nie to die
And selves to undergo their ultimate destruction
Upon those flaming ramparts of the world
That rire between our face, and the lost garden.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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FEU (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018



    

FEU

Tout commence dans le feu et finit dans le feu.
Fontaines et sources fraîches retournent à la flamme.
A l’approche de la roue du soleil, la rosée
Monte vers le cercle de l’arc-en-ciel jusqu’à l’unique blancheur.

Tout ce qui commence dans l’obscurité allume
La brûlure du désir
Et du désir naît à la vue :
Celui qui voit et ce qui est vu se consument en une seule lumière
Quand les rochers se dissolvent au soleil et que les montagnes se déversent
Dans ces flammes qui aux enchaînés sont l’enfer
Mais pour les éléments délivrés, pur délice.

Notre corps a peur des feux qui brûlent
Le soi, l’identité — mais dans l’obscur du coeur
La bougie de l’âme brûle toujours pour l’aimé,
Et dans l’électron caché de l’eau
Se consume l’ardeur de brûler jusqu’au dernier jour.

***

FIRE

All begins in Fire and ends in Fire.
The fountains and cool springs return to flame
And at the sun’s approaching wheel, the dew
Ascends the rainbow circle into the sole white.

Ail that begins in darkness kindles
Info the burning of desire
And from desire into sight,
Seer and seen consuming in one light
When rocks melt in the sun, and mountains pour
Info those flames that to the bound are hell
But to the freed elements, pure delight.

Our forms are fearful of the fares that burn away
Self and identity, but in the dark of the heart
The candie of the soul still for the bridegroom barns,
And in the hidden electron of the water
Consumes the zeal of burning for the last day.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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LES QUATRE ÉLÉMENTS (Géo Norge)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2018




    
LES QUATRE ÉLÉMENTS

TERRE.
Bon manger de terre,
Bêtes et gens !
Puis irez vous taire
Terriblement.

EAU.
Tout bu, toute l’eau
Des mers sonores
Et le coeur dit : ô,
J’ai soif encore.

FEU.
Seul feu, seule flamme
C’est feu d’enfer
Qui sait cuire l’âme
Avec la chair.

AIR.
L’espace infini
Pour toi se cambre ;
Eh ! désir voici
Enfin ta chambre.

(Géo Norge)

 

Recueil: Les Râpes
Editions: Seghers

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L’unité ou la déchirure (Françoise Hàn)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018



L’unité ou la déchirure

Depuis qu’ils ne comprennent
plus le langage des bêtes
il leur faut articuler
des mots sur la pierre
taillée
sur la cassure
d’avec les éléments
sur la blessure

des mots qui contiennent
assez de terre et d’eau
d’air et de feu
interstitiels
pour refaire un monde

articulé sur la faille
que ne combleront jamais
les sédiments
les forêts ensevelies
les civilisations

un monde seulement humain
exclu de la résonance
première
mais rempli d’images de lueurs
qui bougent sur la paroi

parfois elle vacille

(Françoise Hàn)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

Illustration: Franck Gervaise

 

 

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LES ÉLÉMENTS (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2018



Illustration: Victor Nizovtsev 
    
LES ÉLÉMENTS

Dans la terre
il jette le grain
d’où naîtra l’enfant aux yeux verts.

Il demande à la dormeuse
l’eau des rêves, l’océan,
ses monstres, baisers, sirènes.

Il prie le vent de traverser son corps,
de délivrer le coeur
obscur de ses entraves.

Il rêve que le soleil
est une femme rousse
puis noire
puis un lion qui le dévore.

Sur l’épaule de la dame
penchée vers l’eau
la salamandre
posait un bijou noir
taché de feu.

Mais sur le sein
luisait
le lait bleu d’une perle.

Ayant séché nos larmes,
ayant chassé la peur,
elle entrouvrit sa chevelure,
nous dédia sa bouche,
l’espace d’un sourire.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Anthologie personnelle
Traduction:
Editions: Actes Sud

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Empédocle (Gérard Macé)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2018




    
Le vivace aujourd’hui,
le vorace autrefois ont laissé des traces de leur combat
au bord du vide, où pousse une fleur bleue
juste à côté des sandales d’Empédocle. Philosophe
au front brûlant, purificateur isolant l’amour
et le poison dont la haine a besoin
pour séparer les éléments,
je pense à toi quand j’ai la fièvre et des visions.

Icare au bord du gouffre, en proie
au vertige au-dessus du volcan, attiré
par un soleil bas qui brûle même en hiver,
ton envol à l’envers me donne encore des frissons.

(Gérard Macé)

 

Recueil: Homère au royaume des morts a les yeux ouverts
Traduction:
Editions: Le bruit du temps

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D’où vient la part qui nous en est donnée? (Alfred Kolleritsch)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2018



Illustration: Mustapha Merchaoui
    
D’où vient la part qui nous en est donnée? Qui d’autre touche-t-elle?
Les mots ne saisissent pas, rien n’est porté par eux,
comme happés selon le vent, l’élément étranger résiste,
pour que quelques-uns prennent le chemin, la lumière persiste.

***

Was reicht davon her ? Wer ist mitberührt ?
Die Wörter greifen nicht, nichts ist mitgetragen,
wie nach Wind gehascht, das Fremde widersteht,
dass einige den Weg betreten, hält das Licht.

(Alfred Kolleritsch)

 

Recueil: La conspiration des mots
Traduction: Françoise David-Schaumann et Joël Vincent
Editions: Atelier la Feugraie

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Écho (Roger Munier)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



Illustration
    
Écho, juste et seule voix, obsédante rumeur.
L’écho redit. L’écho répète.
Il répond dans le même.
Il répond dans l’absence.
Voix répondante sans réponse au lieu de l’absence.

Qui répétant la question et la question de la question,
peu à peu la réduit, l’exténue, l’abolit
dans l’élément du Même.

(Roger Munier)

 

Recueil: Terre sainte
Traduction:
Editions:

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Le monde (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018




    
Le monde est le second terme
d’une métaphore incomplète,
une comparaison
dont le premier élément s’est perdu.

Où donc est ce qui était comme le monde?
Envolé de la phrase
ou est-ce nous qui l’effaçons ?

Ou serait-ce que la métaphore
a toujours été tronquée ?

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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