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Tous les yeux s’étaient levés vers le haut de l’église (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2019




    
Tous les yeux s’étaient levés vers le haut de l’église.
Ce qu’ils voyaient était extraordinaire.

Sur le sommet de la galerie la plus élevée, plus haut que la rosace centrale,
il y avait une grande flamme qui montait entre les deux clochers
avec des tourbillons d’étincelles,
une grande flamme désordonnée et furieuse
dont le vent emportait par moments un lambeau dans la fumée.

Au-dessous de cette flamme, au-dessous de la sombre balustrade à trèfles de braise,
deux gouttières en gueules de monstres vomissaient sans relâche cette pluie ardente
qui détachait son ruissellement argenté sur les ténèbres de la façade inférieure.

À mesure qu’ils approchaient du sol,
les deux jets de plomb liquide s’élargissaient en gerbes,
comme l’eau qui jaillit des mille trous de l’arrosoir.
Au-dessus de la flamme,
les énormes tours, de chacune desquelles on voyait deux faces crues et tranchées,
l’une toute noire, l’autre toute rouge,
semblaient plus grandes encore de toute l’immensité de l’ombre qu’elles projetaient jusque dans le ciel.

Leurs innombrables sculptures de diables et de dragons prenaient un aspect lugubre.
La clarté inquiète de la flamme les faisait remuer à l’œil.
Il y avait des guivres qui avaient l’air de rire,
des gargouilles qu’on croyait entendre japper,
des salamandres qui soufflaient dans le feu,
des tarasques qui éternuaient dans la fumée.
Et parmi ces monstres ainsi réveillés de leur sommeil de pierre
par cette flamme, par ce bruit,
il y en avait un qui marchait et qu’on voyait de temps en temps
passer sur le front ardent du bûcher
comme une chauve-souris devant une chandelle.
(Victor Hugo)

 

Recueil: Notre-Dame de Paris
Traduction:
Editions:

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Nous sommes des nains assis sur des épaules de géants (Bernard de Chartres)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2019



 

califourchon

Nous sommes des nains assis sur des épaules de géants.
Si nous voyons plus de choses et plus lointaines qu’eux,
ce n’est pas à cause de la perspicacité de notre vue, ni de notre grandeur,
c’est parce que nous sommes élevés par eux.

(Bernard de Chartres)

Illustration

 

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UN BAL DE COMPTABLES (Norge)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2018



UN BAL DE COMPTABLES

Ce bal ressemble à tous les bals.
Il ne manque pas d’entrain.
Les jeunes aides-comptables ont un pas léger
et les dames comptables révèlent sous les lustres
un nombre de charmes très élevé,
quelques souplesses de jeunes vagues.
Non, rien ne trahirait si le peintre n’avait réussi à conférer à ses couleurs
une indicible façon de comptabilité.

(Norge)


Illustration: Sonia Delaunay

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Depuis l’âge de six ans (Hokusaï)

Posted by arbrealettres sur 24 août 2018


Hokusaï a commencé à illustrer ce florilège de Cent poèmes à 75 ans…
quel dommage il est mort à 89 ans sans avoir terminé d’illustrer la totalité, parfois simple esquisse et pas ces magnifiques couleurs dont il avait le secret!!


Depuis l’âge de six ans, j’ai eu la manie de dessiner la forme des objets.
Vers l’âge de cinquante ans, j’ai publié un très grand nombre de dessins,
mais rien de ce que j’ai fait avant l’âge de soixante-dix ans ne m’agrée.

C’est à soixante-treize ans que j’ai presque maîtrisé la nature
et la forme réelles des oiseaux, des poissons, des plantes et ainsi de suite.
Par conséquent à l’âge de quatre-vingt, j’accéderai au fond des choses:
à cent ans j’aurai atteint un niveau plus élevé encore
que je ne saurai définir, et à cent dix ans,
chaque trait et chaque point de mon pinceau seront vivants.

J’en appelle à ceux qui vivront aussi longtemps que moi
pour voir si je tiendrai parole.

(Hokusaï)

WIKIPEDIA

Illustration: Hokusaï

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LA GLOIRE DE LA MORT (Vangelis Kassos)

Posted by arbrealettres sur 18 mai 2018



Illustration: Frederic Leighton
    
LA GLOIRE DE LA MORT

c’était un matin voluptueux
véritable résumé des temps hellénistiques
la certitude se répandait alentour
comme le pollen des fleurs
tandis qu’avec assurance et savoir-faire
Épicure établissait sa théorie
sur la mort
plus convaincant encore que le matin
qu’il avait choisi pour son cours
la mort n’est rien pour nous
répétait-il avec insistance
comme s’il cherchait à convaincre la mort elle-même
et non pas ses élèves
comme s’il attendait que le plus fervent
se dresse et interrompant
sa théorie dise
que la volupté régit tout
et que si elle ne peut nous retenir à la vie
elle nous retient pour toujours à la mort

(Vangelis Kassos)

 

Recueil: Cent poèmes
Traduction: Ioannis Dimitriadis
Editions: http://www.ainigma.net

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Le pavillon du roi de Teng (Wang Bo)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2018



Illustration
    
Le pavillon du roi de Teng

Le roi de Teng avait,
près des îles du grand fleuve,
un pavillon élevé,

A la ceinture du roi
dansaient de belles pièces de jade,
et des clochettes d’or
chantaient autour de son char.

Le jade a cessé de danser,
les clochettes ne se font plus entendre ;

Le palais n’est plus visité que,
le matin, par les vapeurs du rivage,
et, le soir, par la pluie
qui ronge les stores en lambeaux.

Des nuages paresseux se promènent lentement,
en se mirant dans les eaux limpides.
Tout marche, rien n’est immuable ;
les astres eux-mêmes ont un cours.

Combien d’automnes a-t-il passé sur ce palais ?
Le jeune roi qui l’habitait jadis, où donc est-il ?
Il a contemplé comme nous ce grand fleuve,
qui roule toujours ses flots muets et profonds.

(Wang Bo)

 

 

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Le maître et l’élève (Daniil Kharms)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2018



Le maître et l’élève

-Y a-t-il quelque chose qui ait le moindre sens
et qui soit capable de changer le cours des évènements,
aussi bien sur terre que dans les autres mondes?
ai-je demandé à mon maître.

-Oui bien sûr, m’a répondu mon maître.
-Qu’est-ce donc?
-C’est…

Soudain mon maître s’est tu.
Debout, plein d’attention, j’attendais
sa réponse …

Nous nous taisions tous les deux
Oui, debout, nous nous taisions tous les deux !

(Daniil Kharms)

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L’EXISTENCE DE DIEU (Eurydice El-Etr)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2018



Illustration: Giotto
    
L’EXISTENCE DE DIEU

En classe, il y a des élèves qui croient en Dieu,
et d’autres qui ne croient pas en Dieu.
Moi je l’ai vu sur des peintures
à Sienne et à Florence,
mais je ne suis pas sûre qu’il existe vraiment.
Seul Dieu sait s’il existe,
ou s’il n’existe pas.

(Eurydice El-Etr)

 

Recueil: Je tousse de la lumière
Traduction:
Editions: La Délirante

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La révolution (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2017



Illustration
    
La révolution comme l’acte religieux a besoin d’amour.
La poésie est un véhicule intérieur de l’amour.

Nous devons donc, poètes, produire cette « sueur de sang »
qu’est l’élévation à des substances si profondes, ou si élevées,
qui dérivent de la pauvre, de la belle puissance érotique humaine.

(Pierre Jean Jouve)

 

Recueil: Apologie du poète
Editions: Fata Morgana

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À A… (René Char)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017




À A…

Tu es mon amour depuis tant d’années,
Mon vertige devant tant d’attente,
Que rien ne peut vieillir, froidir ;
Même ce qui attendait notre mort,
Ou lentement sut nous combattre,
Même ce qui nous est étranger,
Et mes éclipses et mes retours.

Fermée comme un volet de buis,
Une extrême chance compacte
Est notre chaîne de montagnes,
Notre comprimante splendeur.

Je dis chance, ô ma martelée ;
Chacun de nous peut recevoir
La part de mystère de l’autre
Sans en répandre le secret ;
Et la douleur qui vient d’ailleurs
Trouve enfin sa séparation
Dans la chair de notre unité,
Trouve enfin sa route solaire
Au centre de notre nuée
Qu’elle déchire et recommence.

Je dis chance comme je le sens.
Tu as élevé le sommet
Que devra franchir mon attente
Quand demain disparaîtra.

(René Char)

 

 

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