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Poésie

Posts Tagged ‘éloigner’

Cuisses (Patrick Le Divenah)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2018




    
Cuisses

leur unique syllabe fait vibrer les lèvres
cuisses ! Je sens jaillir lorsqu’elles se révèlent
du profond de mon corps une impatiente fièvre
pour la calmer éloignons d’abord ces dentelles

ces voiles complices artifices qui sèvrent
l’ardeur de mes désirs attisée par leur zèle
pour que glissent mes mains libres des tissus mièvres
aux pentes du plaisir secret qu’elles recèlent

cuisses qui vous ouvrez comme portes d’un temple
pour initier mes sens à de nouveaux mystères
je laisse ma mémoire au seuil de votre chair

vous qui me saisissez lorsque je vous contemple
ou que je vous saisis, comme je vous vénère !
cuisses, bien plus que celle du grand Jupiter

(Patrick Le Divenah)

 

Recueil: Blasons du corps féminin
Traduction:
Editions: L’Échappée Belle
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Et cela suffisait (Tradition Hassidique)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2018




    
Quand le grand rabbin Israël BaalShem-Tov pensait qu’une menace se profilait contre le peuple juif,
il avait coutume d’aller concentrer son esprit en certain lieu du bois;
là, il allumait un feu, récitait certaine prière et le miracle s’accomplissait : le danger était écarté.

Plus tard, quand son disciple, le célèbre Maguid de Mezeritsch, devait implorer le ciel pour les mêmes raisons,
il accourait au même endroit et disait :
« Maître de l’Univers, écoute-moi. Je ne sais comment allumer le feu, mais je suis encore capable de réciter la prière. »
Et le miracle s’accomplissait.

Plus tard, le rabbin Mosh-Leib de Sassov allait également au bois pour sauver son peuple, et il disait :
« Je ne sais comment allumer le feu, je ne connais pas la prière,
mais je peux me placer à l’endroit propice et cela devrait suffire. »
Et cela suffisait, et le miracle s’accomplissait.

Ensuite, c’est au rabbin Israël de Rizsin qu’il revint d’éloigner la menace.
Assis dans son fauteuil, la tête entre les mains, il parlait à Dieu en ces termes :
« Je suis incapable d’allumer le feu, je ne connais pas la prière, je ne puis même pas trouver le lieu du bois.
Tout ce que je sais faire, c’est raconter cette histoire. Cela devrait suffire. »
Et cela suffisait.

Dieu a créé l’homme parce qu’il aime les histoires. »

(Tradition Hassidique)

 

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Le Remords (Hippolyte Lucas)

Posted by arbrealettres sur 28 mai 2018



Le Remords

Un jour j’étais couché sur mon lit de repos,
Je lisais au hasard, et, jetant là l’ouvrage,
J’aurais pu, comme Hamlet, dire : « Des mots, des mots ! »
L’enfant vint, sur le mien il posa son visage.

Il voulut, — c’était là gentillesse de l’âge,
— Faire semblant de lire, et moi, d’un dur propos,
Je rudoyai l’enfant, et, lui tournant le dos,
De l’éloigner de moi j’eus le triste courage.

Pauvre enfant que m’a pris le destin inconnu.
Cet amer souvenir m’est depuis revenu,
Je vois ta grosse larme et ta petite moue;

Et j’éprouve un remords. Comme je donnerais
Mon futile savoir, et mes livres après,
Pour sentir, de nouveau, ton souffle sur ma joue.

(Hippolyte Lucas)

Illustration: Marie-Christine Thiercelin 

 

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Pour mon Coeur (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2018




    
Pour mon Coeur

Mystérieux, amer et terrible, ô mon coeur,
Eloigne enfin de toi la haine et la rancoeur !

Sache combien est grand ce bienfait qu’on te donne
De pouvoir pardonner, ô mon coeur ! et pardonne !

Ne garde plus l’amer souvenir des joies dues !
Et qu’il soit comme un mot effacé sur les nues !

Sois léger et sois doux comme l’ombre d’une aile,
O mauvais coeur, tenace et méchant et fidèle !

O mon coeur ! exhalant, dans un vaste soupir,
Le pardon retenu, sache enfin t’attendrir !…

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Je lève mon cœur lourd solennellement (Elizabeth Browning)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2018



Je lève mon cœur lourd solennellement,
Comme Electre son urne sépulcrale,
Et, regardant dans tes yeux, je renverse
Les cendres à tes pieds. Vois, sois témoin
De la peine secrète amassée en moi,
Et comme les sauvages étincelles rougissent
La couleur des cendres. Si ton pied méprisant
Pouvait les refouler dans les ténèbres
Ce serait bien, peut-être. Au contraire si
Tu attends près de moi que le vent souffle
Cette poudre grise, … ces lauriers sur ta tête,
Ô mon aimé, ne te préserveront
Pas si bien que nul feu ne puisse roussir
Tes cheveux. Eloigne-toi donc de moi. Va.

(Elizabeth Browning)

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L’un de l’autre (Ibrâhîm ibn al-‘Abbâs aş-Şûlî)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2018




    
L’un de l’autre un adieu sans cesse nous éloigne,
Mais en lui quelquefois la rencontre se déploie.

(Ibrâhîm ibn al-‘Abbâs aş-Şûlî)

 

Recueil: Le Dîwân de la poésie arabe classique
Traduction: Houria Abdelouahed et Adonis
Editions: Gallimard

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Je ne veux pas (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018




    

Je ne veux pas

Je ne veux pas vous entendre, je veux
vous ignorer tout le temps de la fête.
Si votre main se posait sur la mienne,
je brûlerais — éloignez votre main.

Ainsi parlais-je à la lune, au soleil,
à tout amour inconnu dont les lames
tantôt de mer et tantôt de couteau,
si près de moi luisent comme des crimes.

J’ai si grand crainte — ô mes instants fragiles,
d’être hors de vous, dans un temps hors du temps.
Je suis un oeil, je voudrais me fermer
pour ne plus voir que les eaux du dedans.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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Vois-toi dans la rivière (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018



Illustration: Robert Hagan
    
Vois-toi dans la rivière
qui éloigne ton image,
comme s’en vont les soirs
libres de toi à l’oubli.

Incliné dans le geste
qui étanche la soif,
verrais-je au moins une fois
ton visage dans mes doigts ?

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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L’aveugle de l’aube (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2018



 Illustration: Carle Van Loo  
    
L’aveugle de l’aube

Beau monde où la lumière est la parabole du don de chair
Pensée du monde où je passe enveloppé de ce qui pense
Tout s’oublie le réel est ce qu’on ne peut oublier
Il ne voulait qu’éveiller tout entre ses bras grandir dans ce qui le liait à son vœu
Les images ont fait la lumière plus seule et le vent et les jours

Je ne suis presque rien je suis ce qui me perd
Tombe pour devenir la main qui te retient
l’homme naît de rêver qu’il ne se connaît pas
Une femme est passée elle devient sont rêve
Rend à l’homme une chair en se prenant pour lui

La nuit a froid
Il est le jour d’avant ses yeux où son regard fit son asile
l’amour de son amour durera sans le voir
Sous tant de chants la même étreinte avec l’oubli la même absence

Il est ce qui la voit comme un espoir dont ce qu’il vit serait l’épreuve
Ton être a choisi ton malheur pour demeurer en toi
L’amour s’unit à ton amour t’écrase avec ce que tu es s’emplit d’un espoir d’outre-tombe
Qui t’enterre en se déterrant

Le son des cloches et l’aurore
et l’oiseau du froid dans ton souffle
entre les ailes de ton souffle
et qu’il soit plus près de toi que ton cœur

Ce que l’aurore a traversé entre les feuilles
et les eaux tous les fantômes des caresses
quand mon regard devient la chair de ce qu’il aime
et que rien ne lui ment

Mon cœur est enterré dans ce qui les éloigne
comme il a sa prison dans ce qui lie les jours
Femme je crie vers toi à travers ce qui passe
pour que mon corps soit mon secret comme le tien

(Joë Bousquet)

 

 

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Seule la caresse peut dissoudre l’angoisse (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 9 février 2018




    
— Comme elle décontracte les muscles noués
seule la caresse peut dissoudre l’angoisse,
spasticité de l’âme que l’espoir abandonne
et qu’aucun discours ne peut distraire du doute ;

Caresse-moi, toi dont j’ignore le nom,
je donne tout pouvoir à tes mains que je baise,
caresse-moi bienfaitrice anonyme
dont je ne veux pas connaître le visage,
caresse-moi, généreuse passagère
qui me calme et t’éloigne avec ton silence ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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