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Poésie

Posts Tagged ‘éloquence’

Expression (Rachel Bluwstein)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2019



Expression

Je connais tant d’adages, de formules précieuses,
De tournures pompeuses,
Martelant leur passage dans la phrase,
Pleins d’emphase.

Mais mon coeur me porte vers l’expression naïve
Comme l’enfant nouveau né,
Humble comme poussière.
J’ai connu des mots par milliers —
J’ai choisi de me taire.

Sauras-tu discerner même au sein du silence
Ma parole éloquente ?
La capter, la garder, en compagnon, en frère,
La blottir en ton sein comme ferait une mère ?

(Rachel Bluwstein)

Illustration: Francine Van Hove

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ECRIT UN SOIR D’ETE (John Keats)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2019



 

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ECRIT UN SOIR D’ETE

Les cloches de l’église ont sonné aux alentours leur mélancolie
Appelant les gens à prier encore,
A se plonger encore dans la tristesse, dans de plus terribles soucis,
A écouter encore plus l’affreuse éloquence d’un sermon,
A coup sûr l’esprit de l’homme est étroitement garrotté
Par quelque obscure incantation ; on voit chacun s’arracher
Aux joies du coin de l’âtre et aux airs lydiens
Aux tendres et hauts entretiens de ceux que la gloire a couronnés.
Encore, encore, les cloches sonnent et j’en sentirais un froid,
Un frisson comme celui qui vient de la tombe, si je ne savais
Qu’elles vont mourir comme une lampe consumée,
Que c’est leur dernier soupir, leur lamentation dernière
Au moment de rentrer dans l’oubli
Et que de fraîches fleurs croîtront et beaucoup de gloires
portant le sceau de l’immortalité.

(John Keats)


 

 

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Poussière d’étoile (James Noël)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2019



Illustration
    
Poussière d’étoile

Mille fois
plus que mille fois
vaut mieux être une luciole
rien qu’une luciole
pour élucider dans la nuit
l’éloquence fine d’un grain de poussière
qui attend sa révolution de jour
avec le vent qui arrive
à bout de souffle
charriant dans la gueule
son champ de paraboles du semeur

mille fois
vaut mieux être une luciole
qu’une étoile filante
fiancée à sa chute

(James Noël)

 

Recueil: Des poings chauffés à blanc
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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ÉLOGE DE LA BEAUTÉ FÉMININE (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018



Illustration: Christian Schloe
    
ÉLOGE DE LA BEAUTÉ FÉMININE

Il faudrait que survint quelqu’un d’autre que moi
Et qu’il te saluât avec plus d’éloquence,
Admirant ta beauté sans bégayer d’émoi,
Un peu fou, hardi, vif, encore dans l’enfance.

«Beauté, te dirait-il, où que mènent tes pas
C’est pour toi que surgit la flamme du génie
Et l’esprit créateur perçoit dans tes appas
L’oeuvre antique et divine, admirable harmonie.

En attendant sur ton trône le Jamais Vu,
L’artiste à l’oeil altier te tient en déférence.
Tu fais tomber d’un mot, à peine est-il conçu,
Les murs de Jéricho de notre indifférence ! »

Ainsi dirait-il. De sa lèvre fuserait
Un hosanna pour toi comme celui du prêtre
Adorateur du feu dans l’épaisse forêt
Et qui voit près de lui les flammes apparaître.

Belle Réalité qui fais baisser les veux,
Mon âme veut cueillir une dernière rose,
Et répandre son eau, jardinier malheureux,
Sans un mot, devant toi, sur sa robe déclose.

II
Tel Désir du faucon qui veut qu’elle succombe,
Qui d’un coup d’aile ardent pourchasse la colombe,

Je poursuis quant à moi la timide beauté,
Car dans le sombre ciel de mon coeur attristé
Le regard de la Belle a versé la lumière.
Tout en la bénissant, il attend la voix chère
Qui saura le louer. Si je puis la saisir
Je la déchirerai, pourtant, tel le Désir

Du faucon en plein ciel qui poursuit la colombe
De son coup d’oeil puissant, qui veut qu’elle succombe !

Petit oiseau chétif que la pluie a trempé,
Ne sachant dignement alerter ta beauté,
Me débattant au sol, je traîne mon plumage
Et j’attends tout tremblant que sourie ton visage;
Qu’elle me sourie donc, puisque je me débats !
C’est l’hommage, le seul, digne de ses appas.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Ambiguïté du témoin (Piero Bigongiari)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2017



 

Jeanie Tomanek scepter

Ambiguïté du témoin

Quelle est cette souffrance qui s’étale,
comme sur une tranche de ce pain doux amer
que l’enfant approche de ses lèvres,
sur l’indolence que l’âme atteint
entre bonheur et douleur?
L’absence ? Non. Entre les pôles qui s’opposent,
magique, une alliance naît,
une tension, en équilibre peut-être.
Ou est-ce la mort lente des illusions,
la risée des sons suggérés
au sein des faux pardons des hypocrites ?
Ou alors est-ce la présence du tiers
qui se reforme, de celui qui assista
plus pressé peut-être que distrait
à notre conversation qui
se perdait entre les silences
jonchés déjà de consensus suspendus
et le sourire des sens déjà en éveil.

Avant de s’éloigner, il mêla
le plus ambigu des sourires à ses regards
qu’allumait le désir. S’il est resté
quelque chose de ce feu, tandis qu’il
s’éloignait, dans une étrange mélancolie,
un tison crépitait dans les cendres.

Tel témoignage est alors une erreur
dans la tendre incohérence de Vénus
si l’espace objectif de ce « lui »
trop vite enfui alors, vide,
se remplit des ombres de ce jeu faussé
de celui qui, entre le « moi » et le « toi » triche sur l’oubli.
Étrange clapotis des ondes amères
ce colloque confond et le toi et le moi
où l’éloquence de l’être est un adieu.

(Piero Bigongiari)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

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L’EMPIRE D’UNE ROBE (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 29 septembre 2017



Alexander Nedzvetskaya Prosperity [800x600]

Illustration: Alexandra Nedzvetskaya
    
L’EMPIRE D’UNE ROBE

Une femme un poème habitent ma voix
quand nous rêvons ensemble
Une chambre une vie une voix
Le seul lit de la lumière
L’un bouge et elle est nue entre nous deux
comme la gorge des montagnes
Je me tais, les autres sont morts
et si je me retourne
le poème tremble dans les bras de l’amour
Pauvres, nous n’avons qu’un drap pur
pour nous aimer ensemble
lorsque je rêve à haute voix.

Pour toi je veux tailler dans ma vie
la robe des circonstances.

Non pas celle où dans les plis des paroles se cachent
les petits villages traversés en dormant
où l’on vivrait heureux si l’on avait le temps
Pas de hautes couleurs imprimées de soleils, de forêts, de cascades
mais une robe sur parole
une étoffe sur mesure
prise dans l’accent dont j’use dans le sommeil
lorsque je suis très pur et très beau
Une robe précise comme le moule qui me creuse et m’emplit
celle de l’éloquence
une robe de rumeurs.

La robe de l’étonnement
dont chaque fibre m’a demandé de longs tourments
dont chaque hanche m’a demandé tant de nuits blanches
La robe où l’on entre où l’on sort
La robe jeune comme le rire
une robe pour un empire.

Non pas celle qui existera plus tard
lorsque la langue des amants sera langue commune
mais la quotidienne
à la véritable couleur du jour
On la vêt comme on la parle.

Te souviens-tu de ce chemin de campagne
qui se perdait en ville et demandait son chemin ?
Vous tournerez à gauche.
Et nous voici avec la robe, bras dessus, bras dessous,
la moitié de la vie passée, nous retournant
en faisant de petits signes d’adieu
à ceux qui nous suivent dans le labyrinthe des années
Te souviens-tu de cette robe de frémissement liquide
de vents et de feuilles
du colloque des lèvres et des eaux ?

Je suis riche de tous les désirs des vivants
et ta robe, c’est l’une et multiple qu’on n’ose soulever
laissant au souvenir sa chance d’aborder
sur la plage inconnue qui est au delà de la chair.
Cadis de vérité
dauphin de tendresse, mers enchantées
surah de respect

Les étoiles s’y laissent prendre comme dans un étang
et la trame du inonde tremble
car tu viens d’y passer comme une flamme
femme, légère passagère à bord de ma vie
femme au long cours comme les rivières.
Tu débordes de mes bras, satin noyé
et je voudrais être aussi le miroir
pour savoir ce qu’il te répond
quand tu lui fais le grand honneur de le questionner.

Oui, mon amour te va bien
Tu as accepté sa charge de collines, de beauté
son poids argenté d’années
et du miroir sort un long cortège d’amants
qui nous ressemblent

Elles y sont toutes les robes de joie
elles y sont toutes les triomphantes
celles du jardin d’Août où la chaleur est mûre
celles des fêtes dans les blés
les bleues, les enchantées d’après-midi,
les rêveuses, les solitaires
et je ne parlerai pas du large parfum de bras blancs
mêlés à la vanille des herbes sèches,
à l’odeur du feu dans le souvenir

Ah ! robes de ma voix, couvrez-la d’étoffes stellaires,
elle qui habite la parole
comme le bocal des lanternes et me brûle
Choisis. Ordonne, ardente.
Il y a de tout dans la passion
qui flambe jusqu’à l’exaspération du langage
Taille, coupe, échancre, dentelle.

Exige, ne me demande qu’une seule chose l’impossible.
Cela seul je le peux :
Des robes de lynx, de sirphes, de chimères
les manteaux des cascades,
les couronnes de larmes, les guirlandes de trèfle,
le petit chemin des neiges, la route du feu.
Tout est à tes pieds.

Tu peux fouler ce que tu veux.
Et dédaigner
Et voici que l’amour, le vrai,
celui qu’on n’approche pas souvent, s’avance.
Il vient hors des limites du désert, il se couche.
Il est un vieux mot de lion à la crinière pouilleuse.
La vermine des étoiles se répand sur le sol

Laisse-toi envahir par les constellations, elles sont contagieuses.
Tu mérites toutes les affections du ciel.

Et voici la robe taillée dans l’air diamantifère des solitudes.
Je l’ai prise à l’avant d’un bateau qui coupait l’équateur
chargé d’un automne et d’un printemps astral et boréal

La robe d’indienne
La douceur pour tes épaules des oiseaux lyres.
Celle-là les alizés d’un soir l’amenèrent.
Elle avait couru cent ans dans leur haleine autour des terres
et la voici faite de bruine et de haubans
indigo comme la mer qu’on imagine
et sonore comme le temps
Avec elle tu es bien ce navire qui rôde dans ma vie
quand nous sommes au large de nous-mêmes

Car j’ai grandi depuis que je t’aime
et je suis devenu pareil à un océan où, parfois,
quand je me laisse assoupir par mon chant
c’est toi, là-bas, au bout de mon bras,

tu es aussi dans mon épaule,
à la fois dans mes reins et partout dans mes yeux
femme, robe, neige, poème
Tu es une robe de neige sur la mer
Tu danses avec elle pour la beauté la vanité
Tu danses aux quatre coins du monde,
traversée par les météores à longue durée
qui déchirent nos espaces
Je sais la hôte patiente de tes lèvres
qui se plaignent au milieu des draps de l’automne
encore tachés des vendanges

Robe des pluies
Robe rauque des lichens sur les rocs
Robe de Robinson
Robe de silence où l’on pénètre avec effraction
Robe de papier journal où l’on ne parlait que d’amour
Robe de faits divers de dernière heure de toute urgence
Robe taillée dans la colonne des annonces
Robe cousue dans un krack financier, de building, de panique, de science
Robe pourpre comme un précipité chimérique…

Comme tu restes nue pourtant
et c’est ma condition d’homme
de ne pouvoir t’habiller que de toi-même
Vois, je n’ai jamais eu que du sang dans mes paroles
c’est ma seule richesse

Il est dans mon oreille gauche
parce qu’un soir de naufrage je t’ai entendue pleurer et appeler
Il est dans mon oeil droit et je pleure aussi des images
qui déteignent sur tous les écrans du monde
Il est dans mes bras en croix; il coule au flanc

puisque je suis toujours un homme crucifié

Il est dans mes jambes, il court, je cours,
je ne le saisis point Il a de l’avance sur moi
Il charrie ce qu’ont tenu des millions de poitrines avant la mienne

Il a recueilli tous les noms qui ont sombré au bord des lèvres
avant que la parole soit proférée,
dans les désastres, les misères avant les résurrections.

Et maintenant il faut que tout cela sorte
d’une manière ou d’une autre
Pardonne-moi.
Nous ne nous sommes pas choisis,
mais, désignés, nous assurons à deux le destin de tous
Je veux tailler une robe dans l’espérance.
Que les siècles t’accompagnent
et que le grand escalier du temps vienne à tes pieds,
abaisse ses marches, de siècle en siècle que tu montes
ô femme d’entre les femmes
modeste inconnue que personne ne remarque,
mais qui assure son rôle de médiatrice.
Mon espoir est le tien.
Tu marcheras, tu aborderas dans l’espace du bonheur
Souviens-toi de nos misères, de nos chances, charité.

Je t’ai beaucoup aimée,
vêtue du meilleur de l’homme
pour que tu sois la souveraine quotidienne
pour que tu sois le jour.

Une robe couleur de l’amour.
Que les grands espaces t’entourent
avec leurs envolées d’aigles.
Nous n’avons jamais méprisé la terre.
Nous ne l’avons pas quittée un seul instant
Souviens-toi de ces jours
où il y avait de la poussière dans le soleil
et dans les nuits un imaginaire qui donnait tout,
distribuait les richesses,
dilapidait les fortunes communes devant l’air consentant.
Les arbres consultés disaient toujours oui avec leurs ombres
et la mer et son rideau de vagues s’ouvraient

Taille donc toi-même dans la terre
ce manteau tout bruissant de pas qu’y laissèrent les amants
— ils ne sont pas prêts d’être oubliés —
quand un chemin qui se perdit les mena jusqu’au haut du talus
où ils s’aimèrent à la face d’un autre monde

Faisait-il beau là-bas ? Nul ne l’a su.
Mais la terre a besoin des hommes et elle parle
Prends ta voix dans le manteau des mers
ta voix dans la rumeur du coquillage de neptune,
on entend tout

Prends-la dans les feux de l’air
Que l’air se déroule comme les ceintures
Défais les ceintures comme tombe la neige
aime la neige pour lui donner ta chaleur
la chaleur de ta voix et plonge le couteau.
Il en coulera un long sanglot brisé

Ça, oui, ça, c’est la voix de l’amour qui n’est pas mort.
Il passe au long des rues, au long des âges
Les chiens le reconnaissent, le saluent
Les trains de nuit marchent plus vite
Les insectes vont sortir ce soir pour le rencontrer
Il y a beaucoup à maintenir dans la voix.

Elle est un manteau jeté sur l’absence.
C’est un coup de poing au coeur de l’apparence
et chaque fois que je me bats avec l’amour,
une femme blanche s’en va par mes blessures,
douloureuse, et ne me reconnaît plus
c’est toi dans ma voix qui saigne et dit:

Rien n’a changé
Nous sommes toujours face à face, pauvres.
Allons ! Il te faut partir.
Il ne manque plus que le dernier regard.
Jette-toi dans mes yeux
Il ne manque plus que la dernière agrafe
c’est parfait

je ne tiens que par un sourire,
le tien,
si merveilleusement désespéré.

(Jean Malrieu)

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Anniversaire (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2017



Anniversaire

Douze mois qu’elle m’aime et que moi je l’adore !
Douze mois qu’elle verse en mon cœur de l’aurore,
Que je mis dans le creux de sa petite main
Ce que Dieu me donna de bon, de plus humain.
Du soir où je la vis, à chaque retour d’heure
Je l’aimai davantage et la trouvai meilleure.
J’ai vu ce que l’amour prête d’extase aux yeux,
D’éloquence aux instants les plus silencieux,
D’indicibles espoirs et de promesses franches
À la pression tiède et lente des mains blanches…
Et je veux, pour fêter ces jours de longs émois,
Prendre autant de baisers que sont passés de mois.

(Albert Lozeau)

 

 

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A l’amour (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2017



 

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A l’amour

Reprends de ce bouquet les trompeuses couleurs,
Ces lettres qui font mon supplice,
Ce portrait qui fut ton complice ;
Il te ressemble, il rit, tout baigné de mes pleurs.

Je te rends ce trésor funeste,
Ce froid témoin de mon affreux ennui.
Ton souvenir brûlant, que je déteste,
Sera bientôt froid comme lui.

Oh ! Reprends tout. Si ma main tremble encore,
C’est que j’ai cru te voir sous ces traits que j’abhorre.
Oui, j’ai cru rencontrer le regard d’un trompeur ;
Ce fantôme a troublé mon courage timide.

Ciel ! On peut donc mourir à l’aspect d’un perfide,
Si son ombre fait tant de peur !
Comme ces feux errants dont le reflet égare,
La flamme de ses yeux a passé devant moi ;

Je rougis d’oublier qu’enfin tout nous sépare ;
Mais je n’en rougis que pour toi.
Que mes froids sentiments s’expriment avec peine !
Amour… que je te hais de m’apprendre la haine !

Eloigne-toi, reprends ces trompeuses couleurs,
Ces lettres, qui font mon supplice,
Ce portrait, qui fut ton complice ;
Il te ressemble, il rit, tout baigné de mes pleurs !

Cache au moins ma colère au cruel qui t’envoie,
Dis que j’ai tout brisé, sans larmes, sans efforts ;
En lui peignant mes douloureux transports,
Tu lui donnerais trop de joie.

Reprends aussi, reprends les écrits dangereux,
Où, cachant sous des fleurs son premier artifice,
Il voulut essayer sa cruauté novice
Sur un coeur simple et malheureux.

Quand tu voudras encore égarer l’innocence,
Quand tu voudras voir brûler et languir,
Quand tu voudras faire aimer et mourir,
N’emprunte pas d’autre éloquence.

L’art de séduire est là, comme il est dans son coeur !
Va ! Tu n’as plus besoin d’étude.
Sois léger par penchant, ingrat par habitude,
Donne la fièvre, amour, et garde ta froideur.

Ne change rien aux aveux pleins de charmes
Dont la magie entraîne au désespoir :
Tu peux de chaque mot calculer le pouvoir,
Et choisir ceux encore imprégnés de mes larmes…

Il n’ose me répondre, il s’envole… il est loin.
Puisse-t-il d’un ingrat éterniser l’absence !
Il faudrait par fierté sourire en sa présence :
J’aime mieux souffrir sans témoin.

Il ne reviendra plus, il sait que je l’abhorre ;
Je l’ai dit à l’amour, qui déjà s’est enfui.
S’il osait revenir, je le dirais encore :
Mais on approche, on parle… hélas ! Ce n’est pas lui !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Otto Lohmuller

 

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Le crabe amoureux (Pierre Béarn)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2016




Le crabe amoureux

Un crabe aimait une méduse
que l’éloquence du lourdeau
rendit bientôt toute confuse.

« Belle dolente entre deux eaux,
disait le crabe usant de ruse,
Soyez la Muse des Tourteaux!
Je jouerai de la cornemuse
et vous deviendrez sur les flots
le château d’eau où l’on s’amuse! »

Il offrit sa pince en cadeau.
« Pour te croire, dit la Méduse,
j’attendrai que tu sois manchot! »

(Pierre Béarn)

Illustration

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La perfection achevée semble imparfaite (Lao Tseu)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2016



La perfection achevée semble imparfaite.
Et pourtant elle rayonne sans fin.

La plénitude parfaite paraît vide.
Et pourtant elle est intarissable.
Elle donne sans jamais s’épuiser.

Une franchise extrême semble fausse.
Une habileté extrême entrave le geste.
Une éloquence extrême ne persuade personne.

le mouvement triomphe du froid,
et c’est l’immobilité qui triomphe de l’ardeur.

C’est dans le calme et la sérénité que réside le bonheur,
car la quiétude et l’immobilité règlent le monde.

Ainsi est-il.

(Lao Tseu)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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