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Posts Tagged ‘(Elvio Romero)’

INTERMÈDE (Elvio Romero)

Posted by arbrealettres sur 21 septembre 2017


 

INTERMÈDE

L’amour, oublions-le pour l’instant, mon amour ;
soyons tout à l’écoute de ce cri
dans la nuit, tout à la terreur incroyable
de ce hurlement.
Les chiens
ont été lâchés comme hier, comme toujours,
et un coup de feu émiette les ombres.

L’amour, oublions-le cette nuit, mon amour.

Le mur, à nouveau, est rouge de sang.

(Elvio Romero)

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Le jaguar (Elvio Romero)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2016


 

Le jaguar

Bond dans l’espace !

Irruption magique,
feulements
du jaguar sur les monts,
du mont jusqu’au vent,
du vent jusqu’à l’air,
de l’air jusqu’au jaguar,
du jaguar…

Le jaguar a croqué la lune !

***

¡ Salto en alto !

Mágica irrupción
rugidos
del tigre sobre los montes,
del monte al viento,
del viento al aire
del aire al tigre,
del tigre…

¡ El tigre devoró a la luna !

(Elvio Romero)

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CHANT DE PRÉPARATIFS (Elvio Romero)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2016


 

CHANT DE PRÉPARATIFS

Avec des fleurs de la sierra
j’entourerai le feu de la première nuit
où tu seras mienne ;
avec l’eau de la rosée nous laverons
la chair du cerf et tout le reste.

Tel sera mon lieu
et le tien.
Ma guitare
vibrera pour toi seule ;
je t’offrirai
des anneaux de corail et des bagues de feuilles ;
dans le ciel brillera
l’iris vert du toucan, brilleront son bec d’or
et le vol des ramiers.

Avec des fleurs
de la sierra, tout sera dressé : la couleur
de la dentelle ornant la table, le parfum qui irriguera
la paix de la prairie et le verre du voyageur.
L’éperon prêt pour l’immense galop
scintillera dans l’ombre.
Nous dînerons
en plein air et autour du feu.
Je chanterai à ton oreille
un air d’autres vallées, d’autre terre lointaine.

Tel sera mon lieu et le tien.

Telle aussi la cérémonie. Avec des fleurs
cueillies dans la sierra.

 

***

CANTAR DE VÍSPERA

Con flores de la cordillera
circundaré la hoguera de la primera noche
en que te tenga ;
con agua de relente se lavarán la carne
del venado y lo demás.

Así será mi sitio

y será el tuyo.
Mi guitarra
cantará solamente para ti ;
zarcillo de coral
será mi ofrenda y de ramales los anillos ;
brillarán por el cielo
el iris verde del tucán, su pico de oro,
y el vuelo de las torcazas.

Con flores
de la cordillera se hará todo : el color del encaje
de adorno de la mesa, el perfume que riegue
la paz de la pradera y el vaso para el viajero.
La espuela puesta para el ancho galope
fulgurará en la sombra
Cenaremos a la intemperie
y alrededor del fuego.
Entonaré en tu oído
un aire de otros valles y otra tierra lejana.

Así será mi sitio y será el tuyo.

La ceremonia se hará así, con flores
traídas de la cordillera.

(Elvio Romero)

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LA GUITARE DU PEUPLE (Elvio Romero)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2016



LA GUITARE DU PEUPLE

La guitare du peuple
saigne et pleure,
saigne et pleure de peine,
son bois vibre et s’agite,
sa cheville bourdonne
et son coffre se dore
de cendre, elle se drape
d’une ombre belle et triste,
enchaînée et lointaine,
la guitare du peuple.

Dense guitare pauvre,
si pauvre, voix d’autrui,
coffre roide et tenace,
nuit noire sur la cime
de ses cordes de cuivre
qui s’enchaînent au vent,
qui cernent l’air de grappes,
rapprochant sa clarté,
la guitare du peuple.

Quand elle saigne elle est
bois qui très haut se cabre,
chanterelle terrienne
sans autours ni complainte,
mancheron plein de sueur,
regard de paysanne
ne voyant ses récoltes,
vestiges de l’aurore,
la guitare du peuple.

Drapeau elle est aussi
quand le peuple le veut,
santé pour étancher
sa blessure et son sable,
graine à ensemencer,
fugace, éblouissante
quand elle chante et clame,
la guitare du peuple !

***

LA GUITARRA PUEBLERA

La guitarra pueblera
sangra y llora,
sangra y llora de pena,
se enerva su madero,
su clavija resuena,
la caja se le dora
de ceniza y se viste
de sombra hermosa, triste,
encadenada, ajena,
la guitarra pueblera.

Densa guitarra ajena,
pobre, pobre,
caja aterida y terca,
negra noche en la cima
de sus cordajes, cobre
que al viento se encadena,
que al aire se arracima,
que a su albor nos acerca,
la guitarra pueblera.

Cuando sangra es madera
que se empina,
bordons labradora
sin ámbitos ni endechas,
sudorosa mancera,
mirada campesina
que no ve sus cosechas,
despojo de la aurora,
la guitarra pueblera.

¡ Pero también bandera
cuando el pueblo lo quiere,
salud restañadora
de su herida y su arena,
grano de sementera,
fugaz, deslumbradora
cuando canta y resuena
la guitarra pueblera !

(Elvio Romero)

 

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BOUCHE COUSUE (Elvio Romero)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2016



BOUCHE COUSUE

On t’a dit que tu dois te taire.
Et aujourd’hui tes lèvres, après tant de silence
sont sèches.
Souviens-toi que « Si tu fermes la bouche,
n’y entrent pas les mouches ».
Et on t’a dit d’apprendre
ta leçon de repliement et de servitude.
Rouge de cauchemar
cette couleur. Malheur et mascarade.
La délation au jour le jour.
Et la corde gavée
et qui ne se relâche.
Longtemps, longtemps que nous
portons
cette croix sur le dos.

Quel horrible silence !
Les cadenas grincent, rouillés.
Le Paraguay repose sous le soleil et sous la lune
comme un couteau d’homicide ; comme un oeillet
coupé, tombé et piétiné.
Quel horrible
silence… !

Mais ici on t’a dit que tu dois te taire.

(Elvio Romero)

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L’HOMME IMMOBILE (Elvio Romero)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2016


 

L’HOMME IMMOBILE

Le voici, immobile.
Immobile
il regarde pleuvoir ; il voit la campagne calme,
immobile.
Douce bruine ingravide.
La terre rêve-t-elle à lui ? Lui, à la terre ?
Pleuvoir est-il un rêve ?

Le voici, immobile.
Immobile
il regarde pleuvoir. Que regarde-t-il
de plus tranquille et sombre que ses yeux,
de plus sec que son front, de plus blessé ?
Se voit-il lui-même pleuvoir ou voit-il reverdir
les champs ? Se regarde-t-il
reverdir ? Regarde-t-il peut-être
le souffle pleuvinant de la bruine ingravide ?
Ou n’a-t-il d’autre rêve que de voir ?

Que regarde
l’homme immobile ?
A quelles semailles pense-t-il, à quelles semailles ?
Dans quels chaumes brûlés erre-t-il, dans quels
chaumes ?
Y a-t-il donc plus de quiétude en son regard
tranquille que dans la pluie ? Pleut-il sur terre
ou seulement dans son désir ? La pluie en songes le
voit-elle
ou est-ce lui qui rêve de voir ?

Le voici, immobile.
Immobile.
Rien, rien ne bouge en lui, et rien dans la campagne.
Est-il le rêve de la pluie ? La pluie est-elle,
immobile, son rêve ?
Un rêve, cette terre ?
Un rêve, cette pluie ?

(Elvio Romero)

Illustration: Jean-Michel Folon

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