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Posts Tagged ‘embaumer’

Ô ma parole (Charles Van Lerberghe)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2019



 Alexander Nedzvetskaya   8d7da0

Ô ma parole,
Qui troubles à peine un peu,
De tes ailes,
L’air de silence bleu !

Ô parole humaine,
Parole où, pensive, j’entends
Enfin mon âme même,
Et son murmure vivant !

Ô parole née
D’un souffle et d’un rêve,
Et qui t’élèves
De mes lèvres étonnées !

Moi, je t’écoute, un autre te voit,
D’autres te comprennent à peine;
Mais tu embaumes mon haleine,
Tu es une rose dans ma voix.

(Charles Van Lerberghe)

Illustration: Alexander Nedzvetskaya

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LE BOIS (Pier Paolo Pasolini)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2019



 

Bogdan Prystrom

LE BOIS

La propriété d’autrui
objective et interdite
à la conscience, embaume
dans les sombres entrepôts.

(Pier Paolo Pasolini)

Illustration: Bogdan Prystrom

 

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L’amante (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2018



Illustration: Etienne Adolphe Piot
    
L’amante

Voici ma fenêtre. Je viens
de m’éveiller si doucement.
Il me semblait flotter.
Où donc atteint ma vie,
où commence la nuit ?

Il me semble que tout
autour de moi soit Moi;
clair comme l’épaisseur
d’un cristal, muet et noir.

Je pourrais prendre encore
les étoiles en moi;
mon coeur paraît si vaste;
il laisse sans regret

celui-là que j’allais
peut-être aimer, garder…
Étranger, page vierge,
mon destin me regarde.

Pourquoi suis-je placée
dans cette immensité,
embaumant comme un pré,
bercée de tous côtés,

appelant et craignant
qu’on entende l’appel,
destinée à sombrer
dans un Autre.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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Rien, tes mains n’implorent rien (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 28 octobre 2018




Rien, tes mains n’implorent rien, tes mains désormais choses ;
Tes lèvres désormais figées n’émeuvent rien,
Dans l’enlacement souterrain
De l’humide terre imposée.
Seul peut-être le sourire dont tu aimais
T’embaume, la lointaine, et au fond des mémoires
Telle que tu étais te dresse,
Aujourd’hui ruche putréfiée.
Et l’inutile nom dont feu ton corps
Usa, vivant, sur terre, à la façon d’une âme,
N’évoque plus rien. L’ode grave,
Anonyme, un sourire.

(Fernando Pessoa)

Illustration

 ps
vivant

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Ce blanc pied nu (Pétrarque)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2018



    

Ce blanc pied nu plonge dans l’herbe fraîche,
Son pas, toute douceur, toute chasteté,
Et par vertu de ces tendres empreintes
Voici que les fleurs s’ouvrent, qu’elles embaument.

Puis Amour, qui n’englue que les coeurs bien nés,
Dédaignant d’imposer sa puissance aux autres,
Me fait de ces beaux yeux un plaisir si vif
Que je n’ai plus désir d’aucun autre bien.

Elle va, elle me regarde, ses yeux brillent,
Ses paroles sont tendres : en harmonie
Avec sa modestie, sa noble réserve.

Et ce sont là quatre étincelles, parmi d’autres,
Dont naît l’immense feu dont je vis et brûle,
Moi, cet oiseau de nuit dans le soleil.

***

Corne ‘l candido pie’ per l’erba fresca
i dolci passi honestamente move,
verni che ‘ntorno i fiori apra et rinove,
de le tenere piante sue par ch’esca.

Amor che solo i cor’ leggiadri invesca
né degna di provar sua forza altrove,
da’ begli occhi un piacer si caldo piove
ch’i’ non curo altro ben né bramo altr’ésca.

Et co l’andar et col soave sguardo
s’accordan le dolcissime parole,
et l’atto mansüeto, humile et tardo.

Di tai quattro faville, et non già sole,
nasce ‘l gran foco, di ch’io vivo et ardo,
che son fatto un augel notturno al sole.

(Pétrarque)

 

Recueil: Je vois sans yeux et sans bouche je crie
Traduction: Yves Bonnefoy
Editions: Galilée

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La journée en feu (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2018



La porte brillait dans le jour en feu
mais les nattes des habitantes
ne tremblaient pas
l’une se penchait sur les eaux des chaudrons
et peint sur une faïence
un oiseau s’épuisait à chanter.
On vit entrer le messager
il avait dans ses mains
une lettre et un pain d’or
il parla
puis ce fut un silence austère
et tout le jardin embauma.

(Jean Follain)

Illustration: Vladimir Gusev

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À TIERCE (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2018




    
À TIERCE
Mon Dieu, enseigne-moi ta voie.
Ps. 118. (Office de Tierce.)

Mon Maître, enseignez-moi dans notre solitude
Ce qu’il faut que je fasse, où je dois me plier…
Je ne sais rien. Daignez me mener à l’étude,
Donnez une leçon à ce pauvre écolier.

L’entendra-t-il hélas ! cet ignorant docile
Mais qui redoute, ayant si peu d’habileté,
De trouver au début votre loi difficile ?
Ah ! Maître prenez garde à ma débilité…

Me parlez-vous ?… D’où me vient cette chaleur douce
Qui pénètre mon âme et l’embaume, et l’endort ?
Cet éblouissement, ces pleurs, cette secousse ?…
C’est plus clair que la vie et plus sûr que la mort.

Combien, ô Vérité, m’es-tu nouvelle et fraîche,
Révélée à mes os sans livre, sans écrit,
Sans raison qui démontre et sans bouche qui prêche,
D’un seul baiser qui me dévore tout l’esprit !…
Je vois… Mon coeur jaillit ! qui pourra l’en empêche !

Rien n’est vrai que d’aimer… Mon âme, épuise-toi,
Coule du puits sans fond que Jésus te révèle,
Comme un flot que toujours sa source renouvelle,
Et déborde, poussée en tous sens hors de moi.

Quels usages prudents te serviront de digue ?
Donne tout ! Donne plus et sans savoir combien.
Ne crains pas de manquer d’amour, ne garde rien
Dans tes mains follement ouvertes de prodigue.

Qu’aimeras-tu ? Quel temps perdrons-nous à ce choix ?
Aime tout ! Tout t’est bon. Sois aveugle, mais aime
Le plus près, le plus loin, chacun plus que toi-même
Et, comment ce miracle, ô Dieu? tous à la fois.

Celui qui t’est pareil, celui qui t’est contraire.
Et n’aime rien uniquement pour sa beauté :
L’enchantement des yeux leur est trop vite ôté,
Du charme d’aujourd’hui demain te vient distraire.

N’aime rien pour ses pleurs : les larmes n’ont qu’un jour,
N’aime rien pour son chant : les hymnes n’ont qu’une heure.
Ô mon âme qui veux que ton amour demeure !
Aime tout ce qui fuit pour l’amour de l’amour.

Aime tout ce qui fuit sur la terre où tu passes,
Le long de ton chemin aveugle et sans arrêts :
Les herbes des fossés, les bêtes des forêts,
Les matins et les soirs, les pays, les espaces.

Vie, l’enthousiasme est fort comme la mer
Qui d’un seul mouvement emporte les navires.
Laisse aller tes destins au fil de ses délires
sans goûter si le flot qui te pousse est amer.

Rien n’est vrai que d’aimer, mon âme, et d’être dupe.
Si tu cherches un coeur où reposer ton front
Et si tu te sens lasse au bout de quelque affront,
Qu’est-ce que cet amour que son gain préoccupe ?

Ô prêteuse sans fin de biens jamais rendus,
Laisse abuser chacun de ta folle abondance
Tant que, jetés au vent de l’amour, sans prudence,
Ta paix, tes jours, ta force et ton coeur soient perdus.

Tu pleures ?… Tu rêvais un plus juste partage ?
Quels cris en toi sous le sourire du pardon !
Tu souffres ?… Tu n’as fait que la moitié du don :
Le remède d’aimer est d’aimer davantage.

Donne-toi tellement que tu n’existes plus
Et que dans ton secret, ton silence, ton ombre,
Rien ne bruisse plus qu’autrui ce coeur sans nombre,
Son mal, sa fièvre, au lieu de ton coeur superflu.

Tu ne vis plus… C’est lui qui t’enivre et te mène
Hors de ton bonheur pâle au sien qu’il veut saisir.
Tu n’as plus de désir que sans fin son désir…
Va !… Tu n’as plus de peine au monde que sa peine !

Qui pourra maintenant retrouver ta douleur ?
Rien n’en reste, rien, rien qu’un chant d’oiseau sublime.
Ah ! quelle délivrance est au fond de l’abîme !
Voici ma joie avec son glaive de vainqueur.

Rien n’est vrai que d’aimer, ô mon âme, mon âme,
Qui te reposerait du poids de ton soleil ?
Ni l’ombre de la nuit, ni l’ombre du sommeil,
Ni le temps qui s’enfuit léger comme une femme.

Rien n’est vrai que d’aimer et que d’aimer toujours !
Tes aimés passeront mais ton amour demeure
Malgré les renouveaux qui te changent de leurre
Et les petites morts des petites amours.

Et tant qu’il y aura des vivants, d’heure en heure
Menant leur sort à la rencontre de ton sort
Ou t’ayant devancée au delà de la mort…
Toi-même disparais mais ton amour demeure !

Mon amour ! Mon amour ! quand ce coeur arrêté
Ne te contiendra plus… à ta source première,
À Jésus remontant d’un grand jet de lumière,
Mon amour sois mon Dieu toute l’éternité !

(Marie Noël)

 

Recueil: Les Chansons et les Heures / Le Rosaire des joies
Traduction:
Editions: Gallimard

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À VÊPRES (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2018



    

À VÊPRES
Seigneur, il nous est bon d’être ici.
(Math. 17-4.)

Le jour s’apaise. Allons cheminer, ô mon âme,
Exilés dans l’oubli de ce monde, tout seuls,
Sur la terrasse haute où quelque vieille femme
Cueille des fleurs aux branches calmes des tilleuls.

Vois, l’éclat du soleil se tait, le ciel s’efface
Et la plaine à mes pieds semble un étang qui dort.
Pourquoi n’ayant rien fait, mon âme, es-tu si lasse,
Toi qui ne dormiras pas même dans la mort ?

Quelle plaie avais-tu d’où la fièvre s’élance ?
L’arôme du feuillage et des calices clos
De son sommeil épars embaume le silence…
Est-ce le rossignol qui trouble ton repos ?

Dans cet enchantement câlin où s’évapore
La résolution des précises vertus,
Qu’avons-nous égaré, que cherchons-nous encore ?
Quel perfide regret nous a tant abattus ?

Une attente sans but en moi se désespère,
J’ai le mal d’un pays d’où le vent doit souffler.
Où donc est mon pays, la maison de mon père
Et le chemin secret où je veux m’en aller ?

Quelle haleine a flotté qui m’entraîne avec elle
Dans un espoir immense où me voilà perdu ?
Quel amour tout à coup m’environne, m’appelle ?…
Rien ne bouge… ô mon coeur, qu’ai-je donc entendu ?

La paix des alentours est auguste et profonde.
Vois, du bois pâle et bleu de douceur arrosé,
La caresse de Dieu qui s’étend sur le monde ;
Toi-même as clos tes yeux sous l’aile d’un baiser.

Un invisible pas entr’ouvre l’herbe sombre
Et le souffle des champs qui tremblent le soutient…
C’est mon Seigneur, les bras tout grands ouverts dans l’ombre !
Il vient et je défaille à son passage… Il vient…

Seigneur, éloignez-vous, de peur que je ne meure.
Eloignez-vous !… Où fuir ?… Ah ! faites ! Prenez-moi !
Tenez-moi contre vous et laissez que je pleure
Est-ce de joie, est-ce de peine, est-ce d’effroi ?

Il m’a pris dans ses mains et j’ai posé la tête
Sur le coeur du Berger ainsi qu’un agneau las.
Et j’y suis bien, sa folle et plaintive conquête,
J’y suis bien et, s’il veut, je ne bougerai pas.

Demeurons. Il fait bon, Seigneur, sur la montagne.
— Sommes-nous au sommet exalté du Thabor ? —
Demeurons, la nuit monte et lentement nous gagne,
Le soir fuyant s’égare… Ah ! demeurons encor…

Les corolles des champs ont renversé leur vase,
Un baume répandu coule des liserons
Et le ciel infini se noie en notre extase…
Il fait bon, il fait doux, ô Maître, demeurons.

(Marie Noël)

 

Recueil: Les Chansons et les Heures / Le Rosaire des joies
Traduction:
Editions: Gallimard

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LIBERTÉ (Vangelis Kassos)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
LIBERTÉ

seules les fleurs aiment vraiment
la liberté
elles parlent d’elle en cachette
à l’oreille du vent
mais lui ne garde pas le secret
il embaume

(Vangelis Kassos)

 

Recueil: Cent poèmes
Traduction: Ioannis Dimitriadis
Editions: http://www.ainigma.net

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LA COUR DANS LE PALAIS (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2018



Illustration: Torii Kiyonaga
    
LA COUR
DANS LE PALAIS
Thou-Sin-Yu

Quel calme sévère ! Quel solennel silence !…
Toutes les portes sont closes et les parterres de fleurs embaument, discrètement ;
Deux femmes, appuyées l’une à l’autre, se tiennent debout,
au bord de la terrasse, à balustrade de marbre rouge.

L’une d’elles voudrait parler, confier à sa compagne, le chagrin secret qui meurtrit son cœur.
Elle jette un regard anxieux vers les feuillages immobiles,
et, à cause d’un perroquet, aux ailes chatoyantes, perché sur une branche voisine,
elle soupire, et ne parle pas.

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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