Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘embouchure’

Ce que mon corps alors peut contenir de joie! (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2019



Pourvu que se dessine,
Que s’annonce un courant,

Que ça ne soit pas là
A stagner, à tourner en rond,

A bouger sans aller
Vers du nouveau.

Quand je sens les parois
Bousculées, basculées,

Quand je sens l’ouverture,
La probable embouchure,

Ce que mon corps alors
Peut contenir de joie!

(Guillevic)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Parce qu’il y a certains livres (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2019


 


 

Francis Picabia -   (6)

Parce qu’il y a certains livres qui sont
étincelles de pain doré,
Parce que ce sont livres à longue saveur plus
longue que mon temps
Parce que ruminante est la connaissance du dévolu.

Parce que mon corps est pesant de mémoire
autant que de jours
et qu’étant plus pesant il a plus d’élan.

Parce que le dessin de ma bouche
est le dessin d’une autre bouche
parce que je suis étranger à mon passage
et immuable dans l’immuable quête…

Peut-être que l’immobilité a reçu message
des bords mordorés qui dévorent leurs couleurs
Peut-être que la pulsation qui fêle chaque seconde
naît des confins noirs des midis de nudité.

Ruée de ma rivière et de ton fleuve ignorant saules
et prés pour se confondre
et se consumer à l’embouchure
Et nous voici centre de vie pic et caverne
Ma langue est la bêche humide qui prépare le creux
de la fécondité…

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Francis Picabia

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Tu serais un arbre calme (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2018



    

Tu serais un arbre calme
modulant feuille à feuille des syllabes
éparses, étranger aux heures,
par un clair après-midi de juillet.

Tu serais l’étreinte de l’eau
et du vent si proche du chant,
à l’embouchure de quelque fleuve secret,
si frêle aussi à l’horizon d’une voix

Qui cherche le chemin pressenti.
Tu serais ce que tu n’as jamais dit,
jamais vu ni rêvé ni pensé.

Tantôt fouet tantôt silence,
souriant miroir où quelquefois passent,
sur fond d’enfance, des images légères.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Syllabes de sable Poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

PRÈS DE L’EMBOUCHURE DU FLEUVE (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2018



    

PRÈS DE L’EMBOUCHURE DU FLEUVE
Li-Taï-Pé

Les petites vagues brillent au clair de lune, qui change en argent le vert limpide de l’eau ;
et l’on croirait voir mille poissons courir vers la mer.

Je suis seul dans mon bateau, qui glisse le long du rivage ;
quelquefois j’effleure l’eau avec mes rames ; la nuit et la solitude me remplissent le cœur de tristesse.

Mais voici une touffe de nénuphars, avec ses fleurs semblables à de grosses perles ;
je les caresse doucement de mes rames.

Le frémissement des feuilles murmure avec tendresse, et les fleurs,
inclinant leurs petites têtes blanches, ont l’air de me parler.

Les nénuphars veulent me consoler,
mais déjà, en les voyant, j’avais oublié ma tristesse.

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Embouchure (Bernard Pozier)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2018



Embouchure

Lorsqu’elle et il
entremêlent leurs doigts
pour démêler les eaux de la rivière et du fleuve
il ne nous reste que les couleurs

La fuyante ligne de l’écume ultime
rend changeantes les limites de la plage
et porte soudain les regards bien loin
vers l’horizon oublié de soi-même

La voix en sous-titre commente la visite
chacun investit les lieux des volutes de son être
et les paysages de l’enfance soudain
réhabitables
redeviennent nourriture de nos chairs et
de nos âmes

(Bernard Pozier)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Evidences insaisissables (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
évidences insaisissables
la pluie même n’y aura pas suffi
ni les corps à l’embouchure de la nuit qui se frôlent
trois notes que tu chantes c’est la mélodie toute
trois branches qui se croisent déjà c’est le brasier
frêle et sûr un jour danse deux vies mêlées

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Entre Flèche et Cri
Traduction:
Editions: Obsidiane

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LA RIVIERE (Raymond Federman)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2017



LA RIVIERE

nous descendons dûment
la grande rivière de la vie
tout en l’interprétant à faux
tandis que son courant
de plus en plus rapide
et son eau de plus en plus
profonde et sombre
en aval se précipitent

et bien sûr cette liquidité
nous convient si bien
comme nous aurait
aussi bien convenu
la terre ferme ou le ciel vide
si le choix nous en fut donné

mais puisque nous ne comprenons
pas nous mêmes pourquoi en aval
se fait ce voyage plutôt qu’en amont
même si parfois nous nous donnons
le mensonge pour croire le contraire
il n’y a pas raison ni moyen d’essayer
de comprendre même si
nous le voulions ou pouvions

est-ce que ce voyage existe vraiment
peut-être faut-il le considérer comme si
dans ses mystérieuses méandres
il se faisait au fur et à mesure du hasard
de son prolongement tortueux
vers la grande embouchure de l’infini

***

THE RIVER

we go down resolutely
the great river of life
interpreting it falsely
while its currents
more and more rapid
and its water
deeper and somber
flows downstream

and of course this liquidity
suits us so well
just as the firm ground
or the empty sky would have
if the choice had been given us

but since we do not comprehend
why this journey goes downstream
rather than upstream
even though sometimes
we give ourselves
the lie to believe otherwise
there is no reason nor any means
to try and understand why
even if we could or would

does this journey really exist
perhaps it should be considered
in its mysterious meandering
as if it is accomplished haphazardly
in its tortuous prolongation
towards the great void of infinity

(Raymond Federman)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Mon père a dit « Je me souviens d’un Thanksgiving si doux… (Lorine Niedecker)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2016



peche-a-la-senne1-800x600

mon père a dit « Je me souviens
d’un Thanksgiving si doux
que nous avons pêché à la senne
sans manteau
et passé sans effort l’embouchure de la rivière
avec 10 tonnes de poissons-buffles sur la barge
sous un délicieux clair de lune
d’autres fois
les doigts givraient
dans les filets »

***

my father said remember
a warm Thanksgiving Day
we shipped seine
without coats
nudged 20,000 Ibs. of barged buffalo fish
thru the mouth or the river
by balmy moonlight
other times
you laid our with your hands glazed
to the nets

(Lorine Niedecker)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :