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Posts Tagged ‘embrun’

LES VIOLIERS (Charles Le Goffic)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2019



 

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LES VIOLIERS

Ne retire pas ta douce main frêle;
Laisse sur mes doigts tes doigts familiers :
On entend là-bas une tourterelle
Gémir sourdement dans les violiers.

Si près de la mer que l’embrun les couvre
Et fane à demi leurs yeux violets,
Les fragiles fleurs consolaient à Douvre
Un royal enfant captif des Anglais.

Et, plus tard encor, je sais un jeune homme,
Venu fier et triste au val d’Arguenon,
Dont le coeur se prit à leur tiède arome
Et qui soupirait en disant leur nom.

Ainsi qu’à Guérin et qu’au prince Charle,
Dame qui te plais sous ce ciel brumeux,
Leur calice amer sourit et te parle
Et de son odeur t’enivre comme eux.

C’est qu’un soir d’été, sur ces mêmes grèves,
Des touffes d’argent du mol arbrisseau
Se leva pour toi le plus doux des rêves
Et que notre amour les eut pour berceau.

Et peut-être bien que les tourterelles
Ont eu le secret des fragiles fleurs :
Un peu de ton âme est resté sur elles,
Et dans leur calice un peu de tes pleurs.

(Charles Le Goffic)

Illustration

 

http://wies61.zoom.nl/

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LES SONGES DE L’INANIMÉ (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2019




    
LES SONGES DE L’INANIMÉ

Le vagabond des millions d’années
l’Inanimé
s’efforce Il monte il trébuche à travers
le va-et-vient l’affiche lumineuse
des nuits et des jours.

ll s’approche il monte, l »Inanimé, le vagabond,
il heurte de son bâton
les bords du chemin éboulé
ll peine il gémit il s’efforce
d’être un jour ce qu’il rêve,
de prendre vie.,
de troquer l’insensible contre la douleur
d’échanger l’innombrable
contre l’unique,
contre un destin.

Futur empereur future idole
le caillou vagabond
limé couturé par l’embrun
veut gravir les degrés prendre figure
faire éclore sur sa face camuse
une bête qui brame
un philosophe qui bougonne
un saint qui se tait
un dieu qui souffre et qui meurt

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les mains (Pierre Dhainaut)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018


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Les mains ne quitteront le poème
qu’une fois remplies d’embruns, de grains.

(Pierre Dhainaut)

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ABIME (Henri Rouger)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2018



ABIME

Avez-vous vu la mer écumer dans le port ?
Parmi les sables fins que le flot fumeux ronge,
Devant la mer nocturne avez-vous fait un songe,
Seul, assis sur la plage à l’heure où tout s’endort ?

Un songe immense et doux de sommeil et de mort…
Oh ! glisser sous la vague, être un lambeau qui plonge !
Se mêler aux brins d’algue, au corail, à l’éponge !
Oublier le sol âpre et l’inutile effort !

Mais rien ne nous répond dans le flux qui s’élance.
Les flots inapaisés, plus sourds que le silence,
Ont hurlé d’un cri fou devant l’Homme importun ;

Et, du mouvant tombeau que notre cœur envie,
Ne monte à nous jamais dans le soir et l’embrun
Qu’un vain bruit sons parole aussi vain que la vie.

(Henri Rouger)

Illustration

 

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Dans mon métier, mon art morose (Dylan Thomas)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2018



Dans mon métier, mon art morose
exercé dans la nuit silencieuse
quand la lune seule fait rage
quand les amants sont étendus
avec toutes leurs douleurs dans les bras,
je travaille, à la lumière du chant,
non par ambition ou pour mon pain
ni pour le semblant, ni par commerce
de charmes sur des scènes d’ivoire
mais pour le salaire ordinaire
du profond secret de leurs coeurs.
Ni pour le prétentieux, ignorant
la lune qui fait rage, j’écris
sur ces pages mouillées d’embrun,
ni pour les morts trop hauts
avec leurs rossignols et leurs psaumes
mais pour les amants, leurs bras
enlaçant les chagrins du Temps,
qui n’accordent ni attention, ni salaire
ni éloge à mon métier, mon art morose.

***

In my craft or sullen art
Exercised in the still night
When only the moon rages
And the lovers lie abed
With all their griefs in their arms,
I labour by singing light
Not for ambition or bread
Or the strut and trade of charms
On the ivory stages
But for the common wages
Of their most secret heart.
Not for the proud man apart
From the raging moon I write
On these spindrift pages
Nor for the towering dead
With their nightingales and psalms
But for the lovers, their arms
Round the griefs of the ages,
Who pay no praise or wages
Nor heed my craft or art.

(Dylan Thomas)


 

 

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Se réveiller à l’aurore parce que la joie est trop forte (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2017




Se réveiller à l’aurore
Parce que la joie est trop forte,
Regarder par le hublot
Comme l’eau est verte,
Monter sur le pont — le temps est gris —
Enveloppée de fourrures duveteuses,
Écouter le bruit de la machine,
Et ne penser à rien,
Mais, sachant que je vais revoir
Celui qui est devenu mon étoile,
Me retrouver, dans la brise et les embruns,
À chaque instant plus jeune.

(Anna Akhmatova)

 

 

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Un jardinier disait à ses mains, disait au jardin (Michel Van Schendel)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2016



MARCIA SANDMEYER WILSON GardenerOil16x20 [800x600]

Un jardinier disait à ses mains,
Disait au jardin :

Je suis ta jument je suis ton pré
Je suis ton ciel je suis ton sol
Je suis ton aile et ton tourment
Je suis ton eau

Je t’abonde tu m’embrasses
Tu m’élèves tu te glisses
Tu m’inventes tu t’élides
Tu m’étonnes tu t’en viens

Je suis ton ambre et ta lumière
Je suis la manne de tes fruits
Je suis l’entaille du matin
Je suis le toit je suis la plaine je t’étreins

Je suis ton aile tu m’emportes
Tu t’envoles tu m’étrennes
Tu te donnes tout le ciel
Tu me donnes ton haleine

Tu es l’embrun tu es le sel
Je suis la chair de ton hallier
Tu es l’embrun tu es la sève
Je suis ta brume ton entrain

Je suis ton bras je suis ta main
Je suis ton ombre et ton sentier
Je suis ton pas
Je suis ta soie ton couturier

Il contempla la toile de ses mains,
Il regarda le buis, l’érable, il vit l’aubier,
Il vit la feuille et la ligne des feuilles,
Il regarda le ciel, il regarda le sol,
Il contempla la soie de ses mains,
Il vit que la soie était celle du jardin.

(Michel Van Schendel)

Illustration: Marcia Sandmeyer Wilson

 

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VERS LA MER (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2016



VERS LA MER

Mon coeur sourd de la Mer et se résorbe en elle…

Rien dans le vent du large où rêver ta terrasse:
Pas un pétale, un papillon — pas même une aile; —
Ni senteur de verger parmi l’embrun qui chasse,
Ni même un bruissement de feuillage irréel
Dans le glas monotone et tenace
Qui hurle — es-tu donc morte? — au ressac de Frehel.

Près de la grande croix éperdue et tragique
Dont j’ai vêtu le nu gibet de notre amour,
J’ai pleuré vers la mer sanglotante en réplique,
Comme ta voix, peut-être, et comme ton coeur lourd;
Par delà l’océan qui geint son rêve sourd,
J’ai guetté ta réplique.

L’herbe est plus gaie au creux de nos ravins, sans doute;
Notre lac est plus bleu — car c’est le jeune été;
L’île à l’ancre dort telle encore qu’elle était,
Et le sentier du roc court rieur sous sa voûte,
Et son seuil est fleuri que tes pas ont fêté
Et son écho s’émeut que ta voix a fêté!…

— Mon âme dans la mer des larmes s’est dissoute,
Mon coeur, dans la mer je l’ai jeté!
Le jardin bruissait dès le seuil
Des oiseaux s’envolant du porche;
L’ombre d’un hêtre, dès le seuil,
Traînait en violet de deuil;
Autour d’un rosier, rose torche,
Vibraient en halo des abeilles;
C’était le Pays des Merveilles
Que nous contemplions du porche
— Un rêve de futures veilles. —

Au long des buissons fleuris d’ambre,
Près des rocs gris comme Décembre,
Sous le poids de tes cheveux tu te cambres,
De tes cheveux en nuée et si lourds
De leur or d’encensoir où brûleraient des ambres….
Qu’eût-il été de nos amours?
— Si vers mes désirs tu te cambres
Par delà l’océan qui geint ses rêves sourds
Rien ne sera de nos amours!…

Si j’avais pensé de te dire
« Que des bleuets sont dans tes yeux,
« Et des roses dans ton sourire
« Et des épis dans tes cheveux. »
Et pourtant j’ai pensé te dire:
« Que la vie est douce à qui le veut,
« Qu’en tout regard un regard se mire,
« Qu’en toute voix un écho s’émeut; »
Mais pouvais-je savoir — la folie! —
Pour quelle douleur je t’aimais
Et que la vie est triste et s’oublie,
Et que le temps meurt à jamais…

Nous dérivions, des heures, aux rives,
Où les branches nous tendaient leurs ombres,
Et parfois se joignaient en ogives
Comme en des cathédrales sombres;
Et quelque courant nous menait,
A sa guise lente, où dort la crique;
Et ce nénuphar à mon péril donné,
Et le rire en sourire qui fut ta réplique…
Quelle heure d’éternité sonnait?
Car voici que j’écoute toujours
Par delà l’océan qui geint ses rêves sourds
Et guettant ta réplique.

Mon âme dans la mer se noie
Mon coeur saigne aux vagues moroses…

Où vas-tu cueillir le jasmin?
Où fais-tu récolte de roses?
Sais-tu où refleurit la joie?
— Mon coeur ne sait plus le chemin,
Mon âme dans la mer se noie —

J’ai pleuré vers la mer qui surgit et déferle,
Et, fou, je te tendais la main,
Rêve qui te dissous en vapeurs au lointain,
Comme croule mourant un flot qui déferle;
Rêve d’aube que vint dissiper le matin,
Comme essoré, s’efface un chant de merle;
Rêve d’amour défunt, hantant tout lendemain,
Comme, doucement retirée, une main
Laisse l’empreinte d’une perle
Indélébile aux doigts qui la serraient en vain.

J’ai pleuré vers la mer qui sanglote et déferle.

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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Un peintre (José-Maria de Hérédia)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2016



Emmanuel Lansyer 1

Un peintre

Il a compris la race antique aux yeux pensifs
Qui foule le sol dur de la terre bretonne,
La lande rase, rose et grise et monotone
Où croulent les manoirs sous le lierre et les ifs.

Des hauts talus plantés de hêtres convulsifs,
Il a vu, par les soirs tempétueux d’automne,
Sombrer le soleil rouge en la mer qui moutonne ;
Sa lèvre s’est salée à l’embrun des récifs.

Il a peint l’Océan splendide, immense et triste,
Où le nuage laisse un reflet d’améthyste,
L’émeraude écumante et le calme saphir ;

Et fixant l’eau, l’air, l’ombre et l’heure insaisissables,
Sur une toile étroite il a fait réfléchir
Le ciel occidental dans le miroir des sables.

(José-Maria de Hérédia)

Illustration: Emmanuel Lansyer

 

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