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Posts Tagged ‘éminent’

NOCTURNE (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018



Illustration: Arnold Böcklin
    
NOCTURNE

Je veux exprimer mon angoisse par des vers
qui diront abolie ma jeunesse de rêves et de roses,
et amèrement détruite mon innocence première
par des soucis médiocres et une peine grandiose.

Et le voyage vers un vague Orient sur d’invisibles barques,
et les graines d’oraisons qui fleurirent en blasphème,
et les effarements du cygne au milieu des flaques
et le bleu nocturne et factice de l’odieuse bohème.

Clavicorde lointain qui dans le silence et l’oubli
ne donna jamais au rêve ses accords éminents,
esquif orphelin, arbre très illustre, obscur nid
qui adoucit la nuit d’une tendresse d’argent…

Espérance odorante d’herbes fraîches, madrigal
du rossignol printanier, de l’oiseau matinal,
fleur de lys arrachée par un destin fatal,
poursuite du bonheur, persécution du mal…

L’amphore funeste contient le venin des anges
qui sera au long de la vie la torture intérieure,
la conscience épouvantable de notre humaine fange
et l’horreur de se sentir passager, l’horreur

d’avancer à tâtons, en d’erratiques alarmes,
vers cet inconnu inévitable et la
violence cauchemardesque de ce sommeil de larmes
dont nulle autre qu’Elle ne nous éveillera !

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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Il n’y a pas d’homme (Le Père de Caussade)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017




    
Il n’y a pas d’homme au monde
qui ne puisse arriver sans difficulté à la plus éminente perfection
en accomplissant avec amour d’obscurs et communs devoirs.

(Le Père de Caussade)

 

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LE POÈTE A SON AIMÉE (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2016



LE POÈTE A SON AIMÉE

Aimée, en cette nuit crucifiée tu t’es
sur les deux madriers cintrés de mon baiser;
et ta peine m’a dit que Jésus avait pleuré
et qu’il était un vendredi-saint plus doux que ce baiser.

En cette nuit étrange où tant regardé tu m’as,
la Mort fut joyeuse et a chanté dans son squelette.
En cette nuit de septembre on a célébré
ma seconde chute et le plus humain des baisers.

Aimée, nous mourrons côte à côte ; serrés l’un contre l’autre ;
éminente, notre amertume par intervalles se desséchera;
au fond de l’ombre, nos lèvres défuntes noyées se seront.

Alors, nulle trace de reproches dans tes yeux béats ;
alors, je ne t’offenserai plus. Alors, comme deux petits enfants
dans le tombeau, serrés l’un contre l’autre, nous nous endormirons.

***

EL POETA A SU AMADA

Amada, en esta noche tú me has crucificado
sobre los dos maderos curvados de mi beso;
y tu pena me ha dicho que Jesús ha llorado,
y que hay un viernesanto más dulce que ese beso.

En esta noche rara que tanta me has mirado,
la Muerte he estado alegre y ha cantado en su hueso.
En esta noche de setiembre se ha oficiado
mi segunda caída y el más humano beso.

Amada, moriremos los dos juntos, muy juntos;
se irá secando a pausas nuestra excelsa amargura;
y habrán tocado a sombra nuestros labios difuntos.

Y ya no habrán reproches en tus ojos benditos;
ni volveré a ofenderte. Y en una sepultura
los dos dos dormiremos, como dos hermanitos.

(César Vallejo)

Illustration: Odd Nerdrum

 

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Quand je contemple ma main (Hannah Arendt)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2016



Penchée sur soi

Quand je contemple ma main
— Objet étranger qui me ressemble —
Je ne suis dans aucun pays,
Je ne suis soumise à aucun présent, aucun ici,
Je ne suis soumise à rien.

C’est comme si je devais braver l’univers,
Lequel peut bien passer impassible,
Sauf que plus aucun signe ne doit advenir.

Si je contemple ma main,
Qui m’est étrangement semblable,
Et une autre chose pourtant.
Est-elle plus que ce que je suis,
A-t-elle un sens plus éminent ?

***

In sich versunken

Wenn ich meine Hand betrachte
— Fremdes Ding mit mir verwandt —
Stehe ich in keinem Land,
Bin an kein Hier und Jetzt
Bin an kein Was gesetzt.

Dann ist mir als sollte ich die Welt verachten,
Mag doch ruhig die Zeit vergehen,
Nur sollen keine Zeichen mehr geschehen.

Betracht ich meine Hand,
Unheimlich nah mir verwandt.
Und doch ein ander Ding.
Ist sie mehr als ich bin
Hat sie höheren Sinn?

(Hannah Arendt)

 

 

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