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Posts Tagged ‘émoi’

CROIS : Vie ou Mort, que t’importe (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2020



 

Alexandre Pavlenko   1974 - Ukrainian Pointillist painter (6) [1280x768]

CROIS : Vie ou Mort, que t’importe,
En l’éblouissement d’amour?
Prie en ton âme forte :
Que t’importe nuit et jour?
Car tu sauras des rêves vastes
Si tu sais l’unique loi :
Il n’est pas de nuit sous les astres,
Et toute l’ombre est en toi.

Aime : Honte ou Gloire, qu’importe,
A toi, dont voici le tour?
Chante de ta voix qui porte
Le message de tout amour?
Car tu diras le chant des fastes
Si tu dis ton intime émoi :
Il n’est pas de fatals désastres,
Toute la défaite est en toi.

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Alexandre Pavlenko

 

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Triste fleur (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2020



Triste fleur qui croît seule et n’a pas d’autre émoi
Que son ombre dans l’eau vue avec atonie.

(Stéphane Mallarmé)


Illustration: Conda de Satriano

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JE VEUX QUE VOUS DISIEZ AUX CHOSES … (Emile Ripert)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2020




JE VEUX QUE VOUS DISIEZ AUX CHOSES …

Je veux que vous disiez aux choses
Que c’est moi qui fait votre émoi ;
Je veux que vous disiez aux roses
Que vous les aimez moins que moi ;

Je veux que vous disiez aux branches
Que mes pas sont plus émouvants
Que le bruit des feuilles qui penchent
Leur frais vertige dans le vent ;

Et que vous disiez aux corolles
Que tous leurs plus vibrants parfums
Sont moins grisants que les paroles
Dont je frôle vos cheveux bruns

Et que vous disiez à l’aurore
Qui s’étire parmi l’Azur
Qu’en mes yeux le jour est encore
Plus profond, plus tendre et plus pur

Je veux que vous disiez aux femmes :
« Votre doux coeur ne m’est de rien ;
Le seul soin que je vous réclame
C’est de ne pas toucher au sien » ;

Que vous disiez à tous les hommes :
« Je me moque de vos désirs ;
Nous ne sommes rien, mais nous sommes
Ceux qui s’aiment pour le plaisir» ;

Et je veux que vous disiez même
Au Seigneur vous ouvrant le ciel :
« Y mettrez-vous celui que j’aime ?
Car c’est là qu’est l’essentiel… »

(Emile Ripert)


Illustration: Marc Chagall

 

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Qui (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2020



Illustration: Josephine Wall 
    
Qui

Dans le bleu du ciel, dans le vert des forêts,
quelle main a peint ces rayons de lumière ?
Quand les vents dormaient encore au sein du firmament,
qui les éveilla et leur ordonna de souffler ?

Perdu dans le coeur, dans la caverne de la Nature,
retrouvé dans le cerveau, Il bâtit la pensée ;
tissé dans le dessin et dans l’éclat des fleurs,
saisi dans le réseau lumineux des astres,

Il est la force d’un homme, la beauté d’une femme,
le rire d’un garçon, l’émoi d’une fille ;
et Sa main qui fit tournoyer Jupiter dans le ciel
met tout son art à façonner une boucle.

Tels sont Ses oeuvres et Ses voiles et Ses ombres ;
mais Lui, où est-Il donc ? Par quel nom Le connaître ?
Est-il Brahma ou Vishnu ? Homme ou femme ?
Avec ou sans corps ? Double ou unique ?

Nous aimons un jeune garçon au teint sombre et radieux,
une femme, redoutable et nue, est notre souveraine.
Nous L’avons vu méditer sur la neige des montagnes,
nous L’avons vu à l’oeuvre au coeur des sphères.

Au monde entier nous dirons Ses voies et Son art ;
Il sent l’extase de la torture, de la passion, de la douleur ;
Il jouit de notre chagrin et fait couler nos larmes,
puis à nouveau nous séduit par Sa joie et Sa beauté.

Toute musique n’est que le son de Son rire,
toute beauté le sourire de Sa béatitude passionnée ;
nos vies sont les battements de Son coeur, notre extase les noces
de Râdhâ et Krishna, et notre amour leur baiser.

Sa force retentit dans la sonnerie des trompettes,
c’est Lui qui roule dans le char, qui frappe dans le combat ;
Il tue sans compter et Il est plein de compassion ;
Il combat pour le monde jusqu’à la fin des temps.

Dans la ruée des mondes, dans la houle des âges,
ineffable, puissant, majestueux et pur,
par-delà le dernier pinacle atteint par le penseur
Il trône en Ses royaumes qui demeurent à jamais.

Maître de l’homme et son éternel Bien-Aimé,
Il est proche de nos coeurs, si seulement nous savions Le voir ;
mais notre orgueil nous aveugle et le faste de nos passions,
nous sommes prisonniers de nos pensées, et nous nous croyons libres.

C’est Lui dans le Soleil qui est sans âge et sans mort,
et dans la minuit Son ombre est étendue ;
quand les Ténèbres étaient aveugles et englouties par les Ténèbres,
Il se tenait en elles, immense et solitaire.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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Chanson de musette (Henri Murger)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2020




    
Chanson de musette

Hier, en voyant une hirondelle
Qui nous ramenait le printemps,
Je me suis rappelé la belle
Qui m’aima quand elle eut le temps.
Et pendant toute la journée,
Pensif, je suis resté devant
Le vieil almanach de l’année
Où nous nous sommes aimés tant.

Non, ma jeunesse n’est pas morte,
Il n’est pas mort ton souvenir ;
Et si tu frappais à ma porte,
Mon cœur, Musette, irait t’ouvrir.
Puisqu’à ton nom toujours il tremble,
Muse de l’infidélité,
Reviens encor manger ensemble
Le pain béni de la gaîté.

Les meubles de notre chambrette,
Ces vieux amis de notre amour,
Déjà prennent un air de fête
Au seul espoir de ton retour.
Viens, tu reconnaîtras, ma chère,
Tous ceux qu’en deuil mit ton départ,
Le petit lit — et le grand verre
Où tu buvais souvent ma part.

Tu remettras la robe blanche
Dont tu te parais autrefois,
Et comme autrefois, le dimanche,
Nous irons courir dans les bois.
Assis le soir sous la tonnelle,
Nous boirons encor ce vin clair
Où ta chanson mouillait son aile
Avant de s’envoler dans l’air.

Dieu, qui ne garde pas rancune
Aux méchants tours que tu m’as faits,
Ne refusera pas la lune
A nos baisers sous les bosquets.
Tu retrouveras la nature
Toujours aussi belle, et toujours,
Ô ma charmante créature,
Prête à sourire à nos amours.

Musette qui s’est souvenue,
Le carnaval étant fini,
Un beau matin est revenue,
Oiseau volage, à l’ancien nid ;
Mais en embrassant l’infidèle,
Mon cœur n’a plus senti d’émoi,
Et Musette, qui n’est plus elle,
Disait que je n’étais plus moi.

Adieu, va-t’en, chère adorée,
Bien morte avec l’amour dernier ;
Notre jeunesse est enterrée
Au fond du vieux calendrier.
Ce n’est plus qu’en fouillant la cendre
Des beaux jours qu’il a contenus,
Qu’un souvenir pourra nous rendre
La clef des paradis perdus.

(Henri Murger)

 

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Cristal de douceur (Lord Byron)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2020



 

Carlo Maria Mariani 118_XL

Cristal de douceur

L’oubli s’emparerait-il en mon coeur
Des visions libres qui font son émoi,
Je briserais le cristal de douceur
Qui ne noierait qu’un seul penser pour toi.

(Lord Byron)

Illustration: Carlo Maria Mariani

 

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Rondeau de la guerre de Cent Ans (Jacques Roubaud)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2020



Illustration  
    
Rondeau de la guerre de Cent Ans

Vous partez, chevalier, pourquoi ?
« Mais, pour la guerre de Cent Ans ! »
Ça vous fera bien cent vingt mois
Sans retourner en Vendômois
Où votre épouse vous attend

Elle vous attend sans émoi
Écartant tous ses prétendants
Filant, jouant au jeu de l’oie
Vous partez, chevalier, pourquoi ?

Les années passent, il fait froid
Votre épouse a les cheveux blancs
Ses os brinquebalent, sa voix
Se casse, toujours elle attend
Mais pourquoi, chevalier, pourquoi ?

(Jacques Roubaud)

 

Recueil: Rondeaux poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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À fleur de peau (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2019




Illustration: Egon Schiele

    
À fleur de peau

Les pétales mouillés s’agitent sur les tempes
dans les rameaux secrets des coquilles intimes
du clignement de l’oeil aux chemins de halage
les courbes discourent dans les épis de la neige

La rosée

Le calice tendre frémit
délicieusement entre le cuivre et l’orangé
dans l’écrin des paupières vertes
baisers de seins clairs
germent avec les ongles sombres
sur les nuques saupoudrées de pollen

L’étamine
le parfum brille
je t’aime

La corolle striée grandit chante
les roues marbrées des veines caressantes
le duvet des lueurs les liqueurs d’émoi
rouillent dans les ruines où tremblent nos brumes

Le pistil
rosée de fièvre
la neige de soie tombe
respire

Tout autour de nous
tout proche
le scintillement des découvertes

Respire encore

Le sang vif perle
autour du fard dans les coquilles
caressantes entre le bronze et les rameaux
charmeurs de soies passagères
valsent en lèvres
niellées dans la lueur des pétales

(Michel Butor)

 

Recueil: Collation précédé de HORS-D’OEUVRE scandés par les SOUVENIRS ILLUSOIRES D’UN JAPON TRES ANCIEN
Traduction:
Editions: Seghers

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À fleur de peau (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2019




    
À fleur de peau

La sueur des ailes tourne
délicate vertigineuse intime
tourbillonne entre le jade séducteur
et la sombre goutte brûlante
mûrit parmi les pédoncules sensibles
improvise en émois de cristaux de sang

Les pétales

Les bijoux grandissent et s’agitent mouillés
des rameaux du café aux coques de la vigne
des clignements lointains aux chemins des nervures
les rubans se faufilent parmi les vagues des écailles

Le calice
la rosée des ailes
je t’aime

Le sexe oscille entre le fauve et le roux
les baisers des truites glissent dans leurs dentelles
entre les pépiements des rives et les galets ocellés
tandis que les cheveux se nouent dans les bijoux

La corolle
viens avec moi
vitrail d’aube
le parfum brille entre les roses
respire

Tout autour de nous
tout proche
le bonheur des sommeils

Respire encore

L’émail tourne entre le rose et le jaune
du sursaut vert aux volets doucement
lentement la mésange explore les remblais
lissant ses plumes dans les flaques de sueur

(Michel Butor)

 

Recueil: Collation précédé de HORS-D’OEUVRE scandés par les SOUVENIRS ILLUSOIRES D’UN JAPON TRES ANCIEN
Traduction:
Editions: Seghers

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Le jour éclot (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2019



Le jour éclot
Sur la tige du matin
Pétales et heures
Secouent les cloches
De la rosée
En un joyeux carillon
De renouveau

Le soleil hâtif
D’un été pressé
Met l’émoi
Dans les plantations
Sur des ailes de chaleur
Cet été plane
Car le temps falsifie les saisons

Le jardin te joue
Une partition de parfums.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Vladimir Kush

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