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Choses qui émeuvent profondément (Sei Shōnagon)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2021



 poule poussins 2

Choses qui émeuvent profondément.

A la fin du neuvième mois ou au début du dixième,
la musique des grillons qui vous parvient, si faible qu’on ne sait dire si on l’entend ou non.
Une poule étalée sur ses poussins, pour les protéger.
Tard en automne, les gouttes de rosée qui brillent comme des perles de toutes sortes sur les roseaux du jardin.
Le soir, quand le vent souffle dans les bambous, au bord de la rivière.
S’éveiller à l’aube, et aussi s’éveiller la nuit, c’est toujours émouvant.
Un village dans la montagne, sous la neige.

(Sei Shōnagon)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration

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Au pied de mon lit (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2021




    
Au pied de mon lit,
une Vierge négresse fut mise par ma mère.
Et j’aime cette Vierge
d’une religion un peu italienne.
Virgo Lauretana, debout dans un fond d’or,
qui me faites penser à mille fruits de mer
que l’on vend sur des quais
où pas un souffle d’air n’émeut les pavillons
qui lourdement s’endorment,
Virgo Lauretana, vous savez qu’en ces heures
où je ne me sens pas digne d’être aimé d’elle,
c’est vous dont le parfum me rafraîchit le coeur.

(Francis Jammes)

 

Recueil: Clairières dans le Ciel
Traduction:
Editions: Gallimard

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Quand tu te tiens dans la proximité du centre (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2021



Illustration: Josephine Wall
    
Quand tu te tiens
dans la proximité du centre
la moindre parcelle de vie
est intégrée à la sphère

Avoir la force de t’arracher
aux joies plaisirs émotions
que te donnent tes semblables

Pour boire à cette source
où capiteuse se fait la vie

Combien seul
combien étranger à ce monde
celui que le manque
contraint à chercher
une vie plus haute

Instants
de folle ébriété

Quand un même flux
mêle en son torrent
la lumière et les eaux

Ce feu doux
de l’amour
quand l’oeil
a clarifié la flamme

Femme
c’est de toi
que me vient la vie
et je n’en finirai pas
de te louer te célébrer

que comprendre

comment rendre compte

parfois c’est le dégoût
la détresse

cette fureur du sang
parce que tout avorte

que chaque effort est vain

que rien n’échappe à la faux

ou parfois
c’est cette vénération cette joie
jubilante cette suffocante
lumière

et chaque visage m’émeut
alors jusqu’aux larmes

je déambule
dans la rue
parmi la foule

désobstrué
transparent
anonyme

avec
oui
avec
comme une lumière invaincue
qui pétille
et bat dans mes veines

minutieusement
goulûment
je vois les visages
happe cette vie
qui déferle

je me livre à chacun
je me love en chacun

en moi
s’enlacent des regards
se nouent des étreintes
s’ébauchent des nuits d’amour

et soudain me saisit
le sentiment suffocant
du mystère de la vie

hautes lames
de l’immense

dévotion éperdue

spacieux vertige

(Charles Juliet)

 

Recueil: Moisson
Traduction:
Editions: P.O.L.

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Narcisse charmeur (Hâfez Shirâzi)(Hafiz)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2020



Illustration: John William Waterhouse
    
Narcisse charmeur

Dors-tu, mon narcisse charmeur ?
Ce n’est certes pas sans raison.
Ta chevelure est en désordre ?
Ce n’est pas non plus sans raison.
Que dire du lait de tes lèvres,
De leur sel et de leur douceur ?
Ce n’est pas non plus sans raison.
Ta bouche est source de jouvence,
Mais tes cils me percent le coeur :
Ce n’est pas non plus sans raison.
Ton absence me fait souffrir.
Si j’éprouve tant de douleur,
ce n’est pas non plus sans raison.
Le vent du soir émeut les roses.
S’il effeuille toutes les fleurs,
ce n’est pas non plus sans raison.

Même si tu caches ta peine, ô Hâfez,
quand je vois tes pleurs,
ce n’est pas non plus sans raison.

***

(Hâfez Shirâzi)(Hafiz)

 

Recueil: L’amour, l’amant, l’aimé
Traduction: Vincent-Masour Monteil
Editions: Actes Sud

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Que comprendre (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 26 novembre 2020



    
que comprendre

comment rendre compte

parfois c’est le dégoût
la détresse

cette fureur du sang
parce que tout avorte

que chaque effort est vain

que rien n’échappe à la faux

ou parfois
c’est cette vénération cette joie
jubilante cette suffocante
lumière

et chaque visage m’émeut
alors jusqu’aux larmes

(Charles Juliet)

 

Recueil: Moisson
Traduction:
Editions: P.O.L.

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Ce fut l’amour de l’amour (William Carlos Williams)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2020




Ce fut l’amour de l’amour,
l’amour qui englobe tout le reste,
un amour reconnaissant,
amour de la nature, des êtres,
des animaux,
un amour engendrant
douceur et bonté
qui m’émut,
et cela je le vis en toi.

(William Carlos Williams)

 

 

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A chacun de tes retours (Paula Ludwig)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2020



Illustration
    
A chacun de tes retours
il me semble
que c’est la première fois que je te vois :

Une poussière d’argent s’envole de mon âme
semblable aux chatons de saule
lorsque le vent printanier
les émeut pour la première fois.

*

Quand le froid devient trop vif
eux aussi
les oiseaux résignés
poussent un dernier cri
avant que leur cœur ne s’arrête.

***

Immer wenn du zurückkommst
ist mirs
als sähe ich dich zum erstenmale;
Silbern stäubt es aus meiner Seele
wie aus den Weidenkätzchen
wenn der Frühlingswind
sie zum erstenmale berührt.

*

Wenn die Kälte zu groß wird
dann stoßen auch sie
die geduldigen Vögel
einen Schrei aus
eh das Herz ihnen still steht.

***

每次你回来
在我看来
就像我第一次见到你:
银色的它像柳絮一样
从我的灵魂飞出
当春风第一次
触摸它们的时候

*

当寒冷变得太严酷时
那么生病的鸟儿也
要在心脏
停跳之前大叫一声

***

Each time you come back
It seems to me
as if I see you for the first time:
Silvery it flies up from my soul
like willow catkins
when the spring breeze
touches them for the first time.

*

When the cold becomes too big
then the patient birds also
raise a cry
before the heart stops.

***

Cada vez que vuelvas
me parece
como si te viera por primera vez:
Plateado cae por mi alma.
como candelillas de sauce
cuando la brisa de primavera
las roza por primera vez.
***
Cuando el frío se hace demasiado grande
entonces también chillan
las aves pacientes
un grito
antes de que pare el corazón

***

Telkens als je terugkomt
lijkt het mij
alsof ik je voor de eerste keer zie:
Zilverig stuift het uit mijn ziel
zoals uit de wilgenkatjes
als de voorjaarswind
ze voor het eerst beroert.

*

Als de koude te groot wordt
dan stoten ook zij
de geduldige vogels
een kreet uit
alvorens hun hart stilstaat

***

Each time you come back
It seems to me
as if I see you for the first time:
Silvery it flies up from my soul
like willow catkins
when the spring breeze
touches them for the first time.

*

When the cold becomes too big
then the patient birds also
raise a cry
before the heart stops.

***

Ogni volta che torni
mi sembra
come ti vedessi per la prima volta:
Si libra d’argento dalla mia anima
come amenti
quando la brezza di primavera
li tocca per la prima volta.
***
Quando il freddo si fa insopportabile
allora anche gli uccelli pazienti
alzano un grido
prima che il cuore si fermi.

***

Cada vez que voltas
me parece a primeira vez:

Cor de prata cai na minha alma.
como lágrimas de salgueiro
quando a brisa da primavera
toca-as pela primeira vez.

*

Quando o frio se faz demasiado
também, então, chilreiam
as aves pacientes
um grito
antes que pare o coração.

(Paula Ludwig)

 

Recueil: ITHACA 589
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Allemand original / Chinois William Zhou / Français Germain Droogenbroodt / Espagnol Germain Droogenbroodt – Rafael Carcelén / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Anglais Stanley Barkan / Italien Luca Benassi / Portugais José Eduardo Degrazia
Editions: POINTS

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Le poème nous émeut. (Jeanne Benameur)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2020




    
Le poème nous émeut.
L’émotion, cette force vive.
Celle qui, au sens étymologique du terme, nous met en mouvement.
Nous l’accueillons.
Nous la réfléchissons.
Dans le silence que génèrent les mots du poème, quelque chose a lieu.
Au plus profond de nous.
De ces plongées nos vies sortent changées.

Comment penser qu’un mot peut changer une vie?
Il faut imaginer.
Il n’y a pire fou que celui qui n’imagine pas.
Celui qui conduit à la mort des cortèges d’êtres humains parce qu’il en a reçu l’ordre.
Celui qui peut ouvrir et fermer la porte d’une chambre à gaz.
Celui qui appuie sur le bouton qui envoie le missile.
Celui qui appuie le canon sur la tempe de l’autre.
Tous ceux-là n’imaginent pas.
Ils sont coupés de cette part humaine si profonde si fertile : l’imaginaire.
Il est beaucoup plus facile d’imposer lois et décrets iniques
à des êtres à qui on a retiré la faculté d’imaginer.
C’est un temps que les humains connaissent.
C’est ainsi que toutes les formes de pouvoir totalitaire se sont maintenues.
Partout.
Et de tout temps.

Alors plus que jamais, le poème a sa place.
Parce que nos vies, mouvantes dans le temps, éphémères et fragiles, valent leur poème.
Chacune.
Et ce n’est pas, comme la littérature aux yeux de qui cela arrange, la «cerise sur le gâteau ».
Non, c’est le pain.
Le seul le vrai qui nourrisse au plus profond notre être.

(Jeanne Benameur)

 

Recueil: Notre nom est une île
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Redonnez-leur ce qui n’est plus présent en eux (René Char)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2019



 

Redonnez-leur ce qui n’est plus présent en eux,
Ils reverront le grain de la moisson s’enfermer dans l’épi et s’agiter sur l’herbe.
Apprenez-leur, de la chute à l’essor, les douze mois de leur visage,
Ils chériront le vide de leur coeur jusqu’au désir suivant ;
Car rien ne fait naufrage ou ne se plaît aux cendres ;
Et qui sait voir la terre aboutir à des fruits,
Point ne l’émeut l’échec quoiqu’il ait tout perdu.

***

Restore to them what they have no longer.
They will see again the harvest grain enclosed in the stalk and swaying on the
grass.
Teach them, from the fall to the soaring, the twelve months of their face,
They will cherish their emptiness until their heart’s next desire;
For nothing is shipwrecked or delights in ashes;
And for the one who can see the earth’s fruitful end,
Failure is of no moment, even if all is lost.

(René Char)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 Illustration: Peyton Sawyer

 

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Vers vagues (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2019



 

Alexandru Darida c4 [1280x768]

Vers vagues

Le fébrile frisson des murmures d’amour
M’émeut ce soir les nerfs et vieillit ma mémoire.
La voix d’un violon sous la soie et la moire
Me miaule des mots d’inéluctable amour.

La verveine se pâme en les vases de jade :
Un fantôme de femme en l’alcôve circule.
Mais ma mémoire est morte avec le crépuscule,
Et j’ai perdu mon âme en les vases de jade.

Oh ! mol est mon amour, vague est le violon !
Un arôme d’horreur rôde en l’air délétère,
Et je rêve de rêve en l’ombre du mystère

Mais oh ! la volupté veule du violon !

(Stuart Merrill)

Illustration: Alexandru Darida

 

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