Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘émouvoir’

Je cherche de l’étrange et du neuf (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



 

Illustration: Julia Perret
    
Je cherche de l’étrange et du neuf dans les pages
Des vieux livres lus et relus.
Je rêve de grands oiseaux blancs disparus,
Je pressens l’instant arraché.

La rumeur de la vie m’émeut et me brise,
Les murmures, les cris me remuent.
Un rêve blanc m’a cloué, immobile,
Au rivage des temps retenus.

Blanche, dans l’abîme Tu es inflexible,
Dans la vie — sévère et coléreuse.
Inquiète en secret, en secret adorée,
Vierge, Lueur, Buisson Ardent.

Mais pâlissent les joues des Vierges aux cheveux d’or,
Les lueurs, comme songes, s’éteignent.
Et la flamme blanche du Buisson Ardent
Couronne d’épines les humbles et les sages.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

Publicités

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Au dehors l’arbre est là (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2017


arbre

Au dehors l’arbre est là et c’est bon qu’il soit là,
Signe constant des choses qui plongent dans l’argile.

Il est vert, il est grand, il a des bras puissants.

Ses feuilles comme des mains d’enfant qui dort
S’émeuvent et clignent

(Guillevic)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

QUEL SECOURS FAUT-IL QUE J’ATENDE (Didier Le Blanc)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2017



    

Illustration: Edmund Blair Leighton

QUEL SECOURS FAUT-IL QUE J’ATENDE

Quel secours faut-il plus que j’atende à ma peine,
Si ce n’est par la mort qui m’est toute certaine,
Puis que mes longs soupirs, ma foy, mon amitié
Le brasier de mon cœur, l’éfroy de mon visage,
Ne peuvent esmouvoir vostre obstiné courage
A se laisser toucher d’un seul trait de pitié.

O que le feu d’Amour est d’estrange nature !
Mon cœur sans defaillir luy sert de nourriture.
Je n’ay sang ny poulmon qui n’en soit consommé,
Mais differant et tout de la commune flame,
Encor que je vous touche il n’émeut point vostre ame,
Et rien qui soit en vous n’en peut être allumé.

***

What further help must I await for my suffering,
If it is not by death that is quite certain for me,
Since my long sighs, my faith, my friendship
My heart ablaze, the fright of my face
Cannot move your obstinate spirit
To let itself be touched by a single act of pity.

O how strange is the fre of Love!
Without flinching, my heart serves as sustenance.
I have neither blood nor lung that not be consumed by it,
But different and all of the common flame,
Even though I touch you, it does not move your soul,
And nothing in you can be lit.

***

Welch‘ Hilfe muss ich noch erwarten meiner Pein,
Wenn nicht durch den Tod, der mir ist gewiss.
Da doch meine langen Seufzer, meine Treue‘ und meine Freundschaft,
Die Glut mein‘s Herzens, die Furcht auf meinem Antlitz
Nicht erweichen können Euer störrisch‘ Herz,
Sich von auch nur einer Gest‘ des Mitleids rühren zu lassen?

Oh, wie das Liebesfeuer seltsam ist!
Mein Herze dient ihm voll & ganz als Speise.
Blut und Lunge all werden so verzehrt.
Aber anders ist‘s als die gemeine Flamme,
Auch wenn mein Berühren Euch nicht die Seele rührt,
Und nichts in Euch sich dadurch kann entzünden.

(Didier Le Blanc)

0:00:00 – Hélas Que Me Faut-il Faire?
0:02:36 – Passepieds De Bretagne
0:05:19 – Que Feray-Je?
0:11:36 – Allons Vielle Imperfaite
0:15:18 – Bien Qu’un Cruel Martire
0:21:51 – Spagnolette
0:25:26 – Sus! Mon Lut D’un Accord Pitoyable
0:28:45 – Les Mariniers Adorent Un Beau Jour
0:33:25 – Quel Secours Faut-Il Que J’Atende
0:38:34 – Tant Et Tant Il M’Ennuye Tant
0:42:24 – Mai Voyez Mon Cher Esmoy
0:46:43 – Fantaisie
0:49:53 – J’Ayme Trop Mieux Souffrir La Mort
0:52:04 – Ô Combien Est Heureuse
0:59:06 – Belle Qui M’Avez Blessé

Cœur – Airs De Cour Français De La Fin Du XVIe Siècle
Vincent Dumestre, Le Poème Harmonique

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Petite lyre romantique (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2017



Petite lyre romantique

Pourquoi me refuser
tes yeux et ton souris
et venir m’arracher
ainsi au paradis?

Pourquoi ne veux-tu pas
laissant là les alarmes
(ah, Dieu : ce que sont femmes !)
me prendre dans tes bras ?

Pourquoi as-tu choisi
la fleur sans odeur
l’agressive fleur
de la jalousie?

Est-ce que tu ne saurais
que je t’aime à un tel point
à toute heure que Dieu fait
que je ne sais plus combien ?

Attendu qu’à la fin
tout entier il est tien
nulle autre ne le tient
ce cœur qui est le mien ?

Ange sans foi
en mes serments,
mais pourquoi, pourquoi
me causer tourment?

Mon âme pleut
du froid, tout blême.
Et il ne t’émeut
ce petit poème.

(Carlos Drummond de Andrade)


Illustration: Alexander Sulimov

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Toute la splendeur d’un soir (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2017



Illustration: Alphonse Osbert
    
Toute la splendeur d’un soir
Captée ici par un oeil…
Est-ce nous qui cherchons à la voir?
Est-ce elle qui cherche a être vue ?
Toute la splendeur de l’univers,
Espace d’un soir, a ému.

Nous qui voyons, sommes-nous vus ?
Quelque chose a donc ébloui,
Et quelqu’un a vu.

L’univers en nous s’est ému,
Espace d’un bref soir.
Ce don suffit-il pour nous combler?
Cet instant a-t-il suffi

Pour combler enfin l’in-fini ?

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La nuit autour de moi se fait plus obscure (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2017



neige 6 [800x600]

La nuit autour de moi se fait plus obscure,
Les vents sauvages soufflent, plus froids,
Mais un charme tout puissant me lie,
Et partir, partir, je ne le peux.

Les arbres géants abaissent
Leurs branches nues, pesantes de neige,
Et la tempête va grande erre,
Et cependant je ne puis partir.

Nuages au-delà, nuages au-dessus de moi,
Solitudes au-delà, solitudes plus bas,
Mais nulle désolation ne peut m’émouvoir,
Je ne veux pas, je ne peux pas partir.

(Emily Brontë)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Surprise (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 21 juin 2017



Surprise

Je méditais; soudain le jardin se révèle
Et frappe d’un seul jet mon ardente prunelle.
Je le regarde avec un plaisir éclaté;
Rire, fraîcheur, candeur, idylle de l’été!
Tout m’émeut, tout me plaît, une extase me noie,
J’avance et je m’arrête; il semble que la joie
Etait sur cet arbuste et saute dans mon coeur!
Je suis pleine d’élan, d’amour, de bonne odeur,
Et l’azur à mon corps mêle si bien sa trame
Qu’il semble brusquement, à mon regard surpris,
Que ce n’est pas ce pré, mais mon oeil qui fleurit
Et que, si je voulais, sous ma paupière close
Je pourrais voir encor le soleil et la rose.

(Anna de Noailles)

Illustration: Gustave Caillebotte

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Vers vagues (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2017



Vers vagues

Le fébrile frisson des murmures d’amour
M’émeut ce soir les nerfs et vieillit ma mémoire.
La voix d’un violon sous la soie et la moire
Me miaule des mots d’inéluctable amour.

La verveine se pâme en les vases de jade :
Un fantôme de femme en l’alcôve circule.
Mais ma mémoire est morte avec le crépuscule,
Et j’ai perdu mon âme en les vases de jade.

Oh ! mol est mon amour, vague est le violon !
Un arôme d’horreur rôde en l’air délétère,
Et je rêve de rêve en l’ombre du mystère

Mais oh ! la volupté veule du violon !

(Stuart Merrill)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ô doux parler (Pierre de Ronsard)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2017



Ô doux parler, dont l’appât doucereux
Nourrit encore la faim de ma mémoire,
Ô front, d’Amour le Trophée et la gloire,
Ô ris sucrés, ô baisers savoureux ;

Ô cheveux d’or, ô côteaux plantureux
De lis, d’oeillets, de porphyre et d’ivoire,
Ô feux jumeaux dont le ciel me fit boire
Ô si longs traits le venin amoureux ;

Ô vermillons, ô perlettes encloses,
Ô diamants, ô lis pourprés de roses,
Ô chant qui peut les plus durs émouvoir,

Et dont l’accent dans les âmes demeure.
Et des beautés, reviendra jamais l’heure
Qu’entre mes bras je vous puisse r’avoir ?

(Pierre de Ronsard)

Illustration: Fritz Zuber-Buhler

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Aimons-nous tranquillement (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2017




Aimons-nous tranquillement, en pensant que nous pourrions,
Si nous le voulions, échanger baisers, étreintes et caresses,
Mais qu’il vaut mieux rester assis l’un près de l’autre
A écouter le cours du fleuve et à le voir.

Cueillons des fleurs, et toi prends-les puis garde-les
Entre tes bras, que le parfum rende ce moment doux –
Ce moment-ci où en toute quiétude nous ne croyons en rien,
Païens innocents de la décadence.

Au moins, si avant toi je suis une ombre, lors tu te souviendras de moi
Sans que mon souvenir te brûle ou te blesse ou t’émeuve,
Pour ce que nous n’avons jamais uni nos mains, ni joint nos lèvres,
N’ayant jamais été que des enfants.

Que si me devançant tu apportes l’obole au passeur ténébreux,
A nulle douleur ton souvenir ne me vouera. Douce,
Tu seras douce en ma mémoire, évoquée ainsi – au bord du fleuve,
Païenne triste et des fleurs sur le sein.

(Fernando Pessoa)

Illustration: Edouard Manet

 

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :