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QUEEN ANN’S LACE (William Carlos Williams)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2018



 

Queen_Anne's_lace_on_Prince_Edward_Island

QUEEN ANN’S LACE

SON corps n’est pas si blanc
que les pétales d’anémone, ni si doux — ni
quelque chose d’aussi vague. C’est un champ
de carottes sauvages, qui s’empare
du champ ; l’herbe
ne le domine pas.
Il n’est pas question, ici, de blancheur,
aussi blanc que cela soit, avec un grain de beauté pourpre
au coeur de chaque fleur.
Chaque fleur est un empan
de blancheur. Partout
où sa main s’est posée il y a
une petite tache pourpre. Chaque partie
fleurit sous son toucher
vers où les fibres de son être
rayonnent une à une, chacune vers son but,
jusqu’à ce que le champ entier soit
un blanc désir désert, une seule et même tige,
un massif, fleur à fleur,
un pieux souhait à la blancheur passée —
ou rien.

***

QUEEN ANN’S LACE

HER body is not no so white as
anemone petals nor so smooth — nor
so remote a thing. It is a field
of the wild carrot taking
the field by force; the grass
does not raise above it.
Here is no question of whiteness,
white as can be, with a purple mole
at the center of each flower.
Each flower is a hand’s span
of her whiteness. Wherever
his hand has lain there is
a tiny purple blemish. Each part
is a blossom under his touch
to which the fibers of her being
stem one by one, each to its end,
until the whole field is a
white desire, empty, a single stem,
a cluster, flower by flower,
a pious wish to whiteness gone over
or nothing.

(William Carlos Williams)

 

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J’ai connu beaucoup de chemins (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2018



Illustration: Louis-Philippe Kamm
    

J’ai connu beaucoup de chemins,
j’ai tracé beaucoup de sentiers,
navigué sur cent océans,
et accosté à cent rivages.

Partout j’ai vu
des caravanes de tristesse,
de fiers et mélancoliques
ivrognes à l’ombre noire

et des cuistres, dans les coulisses,
qui regardent, se taisent et se croient
savants, car ils ne boivent pas
le vin des tavernes.

Sale engeance qui va cheminant
et empeste la terre…

Et partout j’ai vu
des gens qui dansent ou qui jouent,
quand ils le peuvent, et qui labourent
leurs quatre empans de terre.

Arrivent-ils quelque part,
jamais ne demandent où ils sont.
Quand ils vont cheminant, ils vont
sur le dos d’une vieille mule;

ils ne connaissent point la hâte,
pas même quand c’est jour de fête.
S’il y a du vin, ils en boivent,
sinon ils boivent de l’eau fraîche.

Ce sont de braves gens qui vivent,
qui travaillent, passent et rêvent,
et qui un jour comme tant d’autres
reposent sous la terre.

(Antonio Machado)

 

Recueil: Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre
Traduction: Sylvie Léger et Bernard Sesé
Editions: Gallimard

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