Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘emphase’

LES FENÊTRES (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 26 novembre 2018



    

LES FENÊTRES

1
Il suffit que, sur un balcon
ou dans l’encadrement d’une fenêtre,
une femme hésite…, pour être
celle que nous perdons
en l’ayant vue apparaître.

Et si elle lève les bras tendre vase
pour nouer ses cheveux,
combien notre perte par là
gagne soudain d’emphase
et notre malheur d’éclat!

2
Tu me proposes, fenêtre étrange, d’attendre ;
déjà presque bouge ton rideau beige.
Devrais-je, ô fenêtre, à ton invite me rendre ?
Ou me défendre, fenêtre ? Qui attendrais-je ?

Ne suis-je intact, avec cette vie qui écoute,
avec ce coeur tout plein que la perte complète ?
Avec cette route qui passe devant, et le doute
que tu puisses donner ce trop dont le rêve m’arrête ?

3
N’es-tu pas notre géométrie,
fenêtre, très simple forme
qui sans effort circonscris
notre vie énorme ?

Celle qu’on aime n’est jamais plus belle
que lorsqu’on la voit apparaître
encadrée de toi; c’est, ô fenêtre,
que tu la rends presque éternelle.

Tous les hasards sont abolis. L’être
se tient au milieu de l’amour,
avec ce peu d’espace autour
dont on est maître.

4
Fenêtre, toi, ô mesure d’attente,
tant de fois remplie,
quand une vie se verse et s’impatiente
vers une autre vie.

Toi qui sépares et qui attires,
changeante comme la mer, —
glace, soudain, où notre figure se mire
mêlée à ce qu’on voit à travers;

échantillon d’une liberté compromise
par la présence du sort;
prise par laquelle parmi nous s’égalise
le grand trop du dehors.

5
Comme tu ajoutes à tout,
fenêtre, le sens de nos rites :
Quelqu’un qui ne serait que debout, .
dans ton cadre attend ou médite.

Tel distrait, tel paresseux,
c’est toi qui le mets en page :
il se ressemble un peu,
il devient son image.

Perdu dans un vague ennui,
l’enfant s’y appuie et reste;
il rêve… Ce n’est pas lui,
c’est le temps qui use sa veste.

Et les amantes, les y voit-on,
immobiles et frêles,
percées comme les papillons
pour la beauté de leurs ailes.

6
Du fond de la chambre, du lit, ce n’était que pâleur qui sépare,
la fenêtre stellaire cédant à la fenêtre avare
qui proclame le jour.
Mais la voici qui accourt, qui se penche, qui reste :
après l’abandon de la nuit, cette neuve jeunesse céleste
consent à son tour !

Rien dans le ciel matinal que la tendre amante contemple,
rien que lui-même, ce ciel, immense exemple :
profondeur et hauteur!

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Laisse les molécules se déchaîner (Christian Morgenstern)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2017



Laisse les molécules se déchaîner,
et jouer le sort du monde aux dés!
Laisse aussi sophistication et emphase,
ne préserve que l’extase!

***

Laß die Moleküle rasen,
was sie auch zusammenknobeln!
Laß das Tüfteln, laß das Hobeln,
heilig halte die Ekstasen!

(Christian Morgenstern)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

L’ampoule (Laurent Albarracin)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2017


 


L’ampoule pend au bout de son fil
dénudée dans son emphase
jaune d’un pus simple
comme un vase qui aurait
tout son or dehors
et sa face toute
de crème

(Laurent Albarracin)

 

 

Posted in humour, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Expression (Rachel)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2016



 

Expression

Je connais tant d’adages, de formules précieuses,
De tournures pompeuses,
Martelant leur passage dans la phrase,
Pleins d’emphase.

Mais mon coeur me porte vers l’expression naïve
Comme l’enfant nouveau né,
Humble comme poussière.
J’ai connu des mots par milliers –
J’ai choisi de me taire.

Sauras-tu discerner même au sein du silence
Ma parole éloquente?
La capter, la garder, en compagnon, en frère,
La blottir en ton sein comme ferait une mère?

(Rachel)

Illustration: Giovanni Dalessi

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Il suffit que (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2016



Il suffit que, sur un balcon
ou dans l’encadrement d’une fenêtre,
une femme hésite…, pour être
celle que nous perdons
en l’ayant vue apparaître.

Et si elle lève les bras
pour nouer ses cheveux, tendre vase :
combien notre perte par là
gagne soudain d’emphase
et notre malheur d’éclat!

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Harry Weisburd

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Expression (Rachel Bluwstein)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2015



Expression

Je connais tant d’adages, de formules précieuses,
De tournures pompeuses,
Martelant leur passage dans la phrase,
Pleins d’emphase.

Mais mon coeur me porte vers l’expression naïve
Comme l’enfant nouveau né,
Humble comme poussière.
J’ai connu des mots par milliers —
J’ai choisi de me taire.

Sauras-tu discerner même au sein du silence
Ma parole éloquente ?
La capter, la garder, en compagnon, en frère,
La blottir en ton sein comme ferait une mère ?

(Rachel Bluwstein)

Illustration: Francine Van Hove

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

 
%d blogueurs aiment cette page :