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Pour vos beaux yeux qui me vont consumant (Vincent Voiture)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018



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Pour vos beaux yeux qui me vont consumant,
L’Amour n’a point de peine et de tourment,
De feu cuisant, ny de cruel martyre,
Que de bon coeur je ne voulusse élire,
Et qu’on ne doive endurer doucement.

Tout l’Univers n’a rien de si charmant,
Et s’il estoit sous mon commandement,
Je quitterois volontiers son empire
Pour vos beaux yeux.

Toute la cour vous sert également ;
Mais quant à moy, si je vous vais aimant,
Ne croyez pas que par là je desire
Cette faveur où tout le monde aspire
Car je vous ayme et vous sers seulement
Pour vos beaux yeux.

(Vincent Voiture)

Illustration: Loetitia Pillault

 

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A une femme (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018



 

Albert Lynch _A_Young_Beauty_With_Flowers_In_Her_Hair

A une femme

Enfant ! si j’étais roi, je donnerais l’empire,
Et mon char, et mon sceptre, et mon peuple à genoux
Et ma couronne d’or, et mes bains de porphyre,
Et mes flottes, à qui la mer ne peut suffire,
Pour un regard de vous !

Si j’étais Dieu, la terre et l’air avec les ondes,
Les anges, les démons courbés devant ma loi,
Et le profond chaos aux entrailles fécondes,
L’éternité, l’espace, et les cieux, et les mondes,
Pour un baiser de toi !

(Victor Hugo)

Illustration: Albert Lynch

 

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L’EMPEREUR DE CHINE (Norge)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2018



L’EMPEREUR DE CHINE

Mais oui, on sait bien que vous êtes l’empereur de Chine.
Mais pourquoi le crier à tue-tête ?
Il serait plus profond, plus rare, plus distingué
de ne le dire à personne.
Les vrais empires sont secrets.
Et quel plaisir de régner à l’insu de tous !

(Norge)


Illustration

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Où est l’ombre (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2018




    
Où est l’ombre
d’un objet appuyé contre le mur ?
Où est l’image
d’un miroir appuyé contre la nuit?
Оù est la vie
d’une créature appuyée contre elle-même ?
Оù est l’empire
d’un homme appuyé contre la mort?
Où est la lumière
d’un dieu appuyé contre le néant ?

Dans ces espaces sаns espace
est peut-être ce que nous cherchons.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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Néant (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2018



    

Néant

Vous, qui vivez heureux, vous ne sauriez comprendre
L’empire que sur moi ces songes pouvaient prendre ;
Mais lorsque je tombais de leur enchantement
A la réalité qui toujours les dément,
Si je voulais, luttant contre ma destinée,
Me dépouiller des fers qui m’ont environnée,
Une voix me disait : « Puisque tu dois mourir,
Qu’importe ce bonheur auquel tu veux courir ! »

Néant, que nos grandeurs ! néant, que nos merveilles
Néant ! toujours ce mot tintait à mes oreilles…

Après avoir sondé tout penser jusqu’au fond,
Comme un fruit desséché dont la liqueur se fond,
Et qui ne garde plus qu’une stérile écorce,
Aliment sans saveur et décevante amorce,
Ainsi tous les objets, au bonheur m’engageant,
Cachaient, sous leurs dehors, ce mot hideux : NEANT !

Ah ! que nous passons vite au milieu de la vie,
Et que de peu de bruit notre mort est suivie !
On dirait que le poids de son adversité,
Endurcit au malheur la triste humanité.
A-t-elle assez de pleurs pour l’hécatombe immense
Que la mort fait sans cesse, et toujours recommence ?
A-t-elle assez de voix pour dire les combats
Des misérables jours qu’elle traîne ici-bas ?
A-t-elle assez de cris pour rendre sa souffrance !

Non, l’excès de nos maux produit l’indifférence :
Eh! pourtant quel mortel ne se prit à pleurer,
En voyant près de lui tour à tour expirer
Tous ceux qu’il chérissait, êtres en petit nombre,
Unis à notre sort, qu’il soit riant ou sombre ;
Fractions de notre âme, où nous avions placé
L’espoir de l’avenir, le charme du passé ;
Amis, parents, objets de nos idolâtries,
Que la mort vient faucher comme des fleurs flétries !

Quel désespoir profond et quel amer dégoût,
Quand l’âme qui s’éveille entrevoit tout-à-coup
Que tout sera néant, que tout sera poussière,
Que la terre elle-même, aride nourricière.
Après avoir mêlé ses fils à son limon.
Deviendra dans l’espace une chose sans nom…

Ce vide de la mort, qui navre et désespère,
Hélas ! je l’ai compris, quand j’ai perdu mon père
Le temps fuit, entraînant mes rêves sur ses pas ;
Mais ce tableau de deuil ne s’effacera pas.

(Louise Colet)

 

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ÉCRITURES (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2018



 

Jacek Yerka  b

ÉCRITURES

Le temps n’est plus de se lever pour dire
Les mots sacrés enflammant les tribus.
Je suis le fou, je me donne un empire
Où je peux vivre un vieux rêve perdu.
Autour de moi, des machines qui grondent
Et mangent l’homme en détruisant sa voix,
Un univers écrasé par le nombre
Qui s’est vengé de ne plus être roi.

Il me fallait Bernard de Ventadour
Et ce Thibaut de Champagne mon prince
Pour m’élever vers le plus haut amour,
Bien loin de moi, plus haut que nos provinces.
Il me fallait offrir à vos futurs
Le bonheur fou des paroles lumières
Et tous les mots qui délivrent les purs
En les rendant à leur ferveur première.

Seul et penché sur l’âge de la terre,
Devant le siècle où mon nom périra,
J’explore un monde où le chant fut mystère
Et la foi l’ombre où se cachent les croix.
J’invoque en songe une femme qui chante
Et c’est Marie avec son Oiseau Bleu,
Et c’est mon âme auprès du feu des anges
Qui chante l’homme éternel et ses dieux.

Astre, mon astre où la clarté se mire,
Es-tu le seul à ne pas me trahir ?
S’il faut nommer la splendeur pour en vivre,
Eloigne-toi. L’oiseau n’a plus de sol.
Icare dit ses grâces au soleil.
Le laboureur toujours se porte en terre
Et ne voit rien du drame car il vit
Sur l’aile morte au fond d’un autre temps.

(Robert Sabatier)

Illustration: Jacek Yerka

 

 

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Le sommeil (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 10 mai 2018



 

Le sommeil

La nuit nous dicte sa tâche magique.
Détisser les mailles de l’univers,
les ramifications inépuisables
des effets et des causes, qui se perdent
dans ce vertige insondable, le temps.
La nuit exige que cette nuit même
tu oublies ton nom, ton sang, tes ancêtres,
chaque parole humaine et chaque larme,
ce que la veille a pu te révéler,
le point illusoire des géomètres,
la ligne, le cube, la pyramide,
et plan, sphère, cylindre, mer et vagues,
ta joue sur l’oreiller et la fraîcheur
du drap neuf…
les empires, les César et Shakespeare
et, plus difficile, ce que tu aimes.
Étrangement un comprimé pourra
gommer le cosmos, créer le chaos.

(Jorge Luis Borges)

 

 

 

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La mémoire du temps (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2018


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La mémoire du temps
est pleine d’épées et de navires
et de poussières d’empires
et de rumeurs d’hexamètres
et de grands chevaux de guerre
et de clameurs et de Shakespeare.
Moi je veux me rappeler ce baiser
que tu me donnais en Islande.

(Jorge Luis Borges)

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Paysage d’après-midi (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018




    
Paysage d’après-midi

Unique objet dans le grand azur vide
le seul soleil peuple l’après-midi.
Les toits terrés sous sa clarté livide
n’ont qu’à rêver comme un pâtre endormi.

Autour du bourg les labours nus s’étirent
jusqu’aux forêts dont l’ombre est si sauvage.
Ô bénie soit cette ombre en son empire
quand l’âme aussi est l’ombre du visage.

(Jean Grosjean)

 

Recueil: Les parvis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Japoneries (Paul Morin)

Posted by arbrealettres sur 26 avril 2018



 

Abraxsis Der Jen 21 [1280x768]

Japoneries

J’ai peint ces vers sur la soierie
D’un frêle éventail japonais,
Où courait une broderie
De fils d’or, de nacre et de jais:

Nid de polychromes mousmées
Dont les silhouettes s’en vont,
Grêles, mignardes et grimées,
Se perdre au clair de lune blond;

Fantasque pays d’hippogriffes
Dont les temples d’ocre vêtus
Et flanqués de monstres à griffes
Jaillissent, bulbeux ou pointus,

Et se reflètent dans la moire
Azuréenne d’un bassin
D’onyx rose ou de pâle ivoire,
De granit rouge ou de succin;

Rafales nippones, fleuries
De la neige des fleurs de thé
Que moissonne aux branches meurtries
Le vent nocturne de l’été;

Pagodes bizarres, dieux blêmes,
Geishas en robe de crépon,
Jardins gemmés de chrysanthèmes
D’iris, de jonquilles… Japon!

Pays où la brise sans trêve
Berce les lotus et les lis,
Pays secret d’extrême rêve
Peuplé de flamants et d’ibis;

Petit empire aux vertes rives,
Sensuel, bigarré, charmant,
Tu me déplais et me captives,
Tout chez toi me semble alarmant,

Et le vif carmin de ta lèvre,
Et tes masques et tes chansons…
Petit empire des frissons,
Des frissons d’angoisse et de fièvre
Dont meurent, au matin pâli,
Tes mille et une Butterfly…

(Paul Morin)

Illustration: Abraxsis Der Jen

 

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