Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘emplir’

La Douleur (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2018



La Douleur – dilate le Temps –
Des Âges s’enroulent
Dans la Sphère minuscule
D’un simple Cerveau –

La Douleur contracte – le Temps –
L’Explosion l’emplit
Des gammes d’Éternités
Sont comme anéanties –

***

Pain – expands the Time –
Ages coil within
The minute Circumference
Of a single Brain –

Pain contracts – the Time –
Occupied with Shot
Gammuts of Eternities
Are as they were not –

(Emily Dickinson)


Illustration: Odilon Redon

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Echo (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2018




De la creuse sphère d’espace
Echo
D’une voix solitaire
Qui crie, mon amour, mon amour :
Je ne sais
Si j’ai parlé ou entendu
Le mot
Qui emplit tout silence.

***

From the hollow sphere of space
Echo
Of a lonely voice
That cries, my love, my love :
I do not know
Whether I spoke or heard
The word
That fills all silence.

(Kathleen Raine)

Illustration: Alexandre Cabanel

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

INVENTAIRE GALANT (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



INVENTAIRE GALANT

Tes yeux me rappellent
les nuits d’été,
nuits noires sans lune,
sur le bord de la mer salée,
et le scintillement des étoiles
dans le ciel noir et bas.
Tes yeux me rappellent
les nuits d’été.
Et ta chair brune,
les blés brûlés,
et le soupir de feu
des champs mûrs.

Ta soeur est claire et faible
comme les joncs languides,
comme les saules tristes,
comme les lins glauques.
Ta soeur est une étoile
dans l’azur lointain…
Une aube, une brise froide
sur les pauvres peupliers
qui tremblent sur la rive
de l’humble et douce rivière.
Ta soeur est une étoile
dans l’azur lointain.

De ta grâce brune,
de ton songe gitan,
de ton regard d’ombre
je veux emplir mon verre.
Je m’enivrerai une nuit
de ciel noir et bas,
pour chanter avec toi,
au bord de la mer salée,
une chanson qui laissera
des cendres sur les lèvres…
De ton regard d’ombre
je veux emplir mon verre.

Pour ta soeur jolie
j’arracherai les branches
pleines de fleurs nouvelles
des blancs amandiers,
en une aube tranquille
et triste de mars.
Je les arroserai de l’eau
des clairs ruisseaux,
je les enlacerai des joncs
verts qui poussent dans l’eau…
Pour ta soeur jolie
Je ferai un bouquet tout blanc.

(Antonio Machado)

Illustration: Anne-Marie Zylberman

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Quête (Esther Granek)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018



 

Audrey Kawasaki Flutter-Away-by-Audrey-Kawasaki_3-e1268431163411

Quête

J’ai faim
d’un moment d’attention
m’ouvrant un horizon
que je mendie sans fin.

J’ai faim
de ce regard d’autrui
m’offrant comme un crédit
lorsque tout tourne à rien

J’ai faim
J’ai faim et je m’emplis
d’un rêve inaccompli.
Mon espoir est-il vain ?

J’ai faim
Et ma faim ne s’apaise.
Et mon air très à l’aise
ne me trahira point.

(Esther Granek)

Illustration: Audrey Kawasaki

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

ANGELA ADONICA (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2018




ANGELA ADONICA

Aujourd’hui je me suis étendu près d’une jeune fille pure
comme sur le bord d’un océan blanc,
comme au centre d’une ardente étoile
d’espace lent.

De son regard longuement vert
la lumière tombait comme une eau sèche,
en de transparents et de profonds cercles
de force fraîche.

Ses seins dressés comme un feu à deux flammes
flambaient au-dessus de deux régions,
et en un double fleuve arrivaient à ses pieds
grands et clairs.

Un climat d’or commençait à mûrir
les longitudes diurnes de son corps
l’emplissant de fruits débordants,
d’un feu occulte.

(Pablo Neruda)

Illustration: Paul Sieffert

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Si j’étais un poète galant (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2018



Illustration: William Adolphe Bouguereau
    
Si j’étais un poète
galant, je chanterais
pour vos yeux un chant aussi pur
que l’eau limpide dans le marbre blanc.

En une strophe d’eau
tout mon chant vous dirait :

 » A mes yeux qui voient et ne demandent rien
quand ils regardent,
je sais que ne répondent pas
vos yeux clairs, vos yeux qu’emplit
cette bonne lumière tranquille,
la bonne lumière du monde en fleurs
que j’ai vu un jour dans les bras de ma mère. »

(Antonio Machado)

 

Recueil: Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre
Traduction: Sylvie Léger et Bernard Sesé
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La place et les orangers flamboyants (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2018



    

La place et les orangers flamboyants
avec leurs fruits ronds et rieurs.

Tumulte de petits collégiens
qui sortent de l’école, en désordre,
emplissant l’air de la place ombragée
du tintamarre de leurs voix neuves.

Allégresse enfantine dans les recoins
des villes mortes!…

Et une part de nous, d’hier,
que nous voyons errer encore
dans ces vieilles rues!

(Antonio Machado)

 

Recueil: Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre
Traduction: Sylvie Léger et Bernard Sesé
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Tu captes les départs immobiles (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2018



 

 Brendan Monroe Observer__before_sleep_

Tu captes les départs immobiles
au fond d’un rêve où tu laves tes sensations

Tu emplis la rue de ta solitude tendue
et les femmes qui auraient pu t’arrêter
ont déjà emprisonné leurs corps

Tu épuises dans des rencontres sans attente
les biceps que tu allonges dans les stades
et les murs tendres de ta prison
— tu tends des velours pour masquer les pièces —
ne cassent pas souvent ta tête
quand tu la jettes
dans des départs qui ne seront pas réalisés

C’est bien — on le sait que tu as des élans
mais tu retombes assis dans ton aventure assise
enfant
qui par sursaut t’aperçois
que les grains de ta vie tombent tombent
et que se vide ta puissance
et que s’alourdit la moitié basse de ton sablier

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Brendan Monroe

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’AMIE COMPLAISANTE (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018



Illustration: Toulouse Lautrec
    
L’AMIE COMPLAISANTE

L’orage a duré toute la nuit. Sélénis aux beaux cheveux était venue filer avec moi.
Elle est restée de peur de la boue et serrées l’une contre l’autre, nous avons empli mon petit lit.

Quand les filles couchent à deux, le sommeil reste à la porte.
« Bilitis, dis-moi, dis-moi qui tu aimes. »
Elle faisait glisser sa jambe sur la mienne pour me caresser doucement.

Et elle a dit, devant ma bouche : « Je sais, Bilitis, qui tu aimes. Ferme les yeux, je suis Lykas. »
Je répondis en la touchant : « Ne vois-je pas bien que tu es fille ? Tu plaisantes mal à propos. »

Mais elle reprit : « En vérité, je suis Lykas, si tu fermes les paupières. Voilà ses bras, voilà ses mains… »
Et tendrement, dans le silence, elle enchanta ma rêverie d’une illusion singulière.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Albert – Maria Correspondance 1944-1959 (Albert Camus)(Maria Casarès)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2018




    
Je me sens si gauche, si maladroit,
avec cette sorte d’amour inemployé qui me reste sur la poitrine
et qui m’oppresse sans me donner de joie.

*

Entre des êtres qui s’aiment,
n’y a-t-il pas une place
où ils peuvent toujours se rencontrer ?

*

Tout d’un coup j’ai concentré sur un seul être
une force de passion qu’auparavant
je déversais un peu partout, au hasard,
et à toutes les occasions.

*

Aimer un être, ce n’est pas seulement le dire ni même le sentir
c’est faire les mouvements que cela commande.
Et je sais bien que le mouvement de cet amour qui m’emplit
me ferait traverser deux mers et trois continents pour être près de toi.

*

Qu’est-ce que je vais devenir si tu ne m’aimes pas comme j’ai besoin que tu m’aimes,
Je n’ai pas besoin que tu me trouves « attachant », ou compréhensif ou n’importe quoi.
J’ai besoin que tu m’aimes et je te jure que ce n’est pas la même chose.

*

Mon seul désir serait de me taire près de toi,
comme à certaines heures, ou de me réveiller, toi encore endormie,
de te regarder longuement, attendant ton réveil.
C’était cela, mon amour, c’était cela le bonheur !
Et c’est lui que j’attends encore.

*

Tout à l’heure, la nuit était pleine d’étoiles filantes.
Comme tu m’as rendu superstitieux,
je leur ai accroché quelques voeux qui ont disparu derrière elles.
Qu’ils retombent en pluie sur ton beau visage, là-bas,
si seulement, tu lèves les yeux vers le ciel, cette nuit.
Qu’ils te disent le feu, le froid, les flèches, les velours,
qu’ils te disent l’amour, pour que tu restes toute droite,
immobile, figée jusqu’à mon retour, endormie toute entière,
sauf au coeur, et je te réveillerai une fois de plus …

*

Moi aussi, je pense à toi, en chair, trépidante.
Ton air de frégate, les cordages noirs de tes cheveux

*

J’étouffe, la bouche ouverte, comme un poisson hors de l’eau.
J’attends que vienne la vague, l’odeur de nuit et de sel de tes cheveux.

*

Il fait lourd et chaud.
C’est une journée pour le silence, les corps nus,
les pièces ombreuses et l’abandon
Ma pensée a la couleur de tes cheveux.

*

Comme je t’attends.
L’eau monte dans mon coeur.

*

Il est faux que l’amour aveugle.
Il rend perceptible au contraire ce qui sans lui ne viendrait pas à l’existence
et qui est pourtant ce qu’il y a de plus réel en ce monde:
la douleur de celui qu’on aime.

*

Moi aussi je m’ennuie, je ne guéris pas de toi.
Je te cherche la nuit, je pense à toi le jour. Je suis seul.
Ah! Mon cher amour, ma désirable,
ne me laisse pas en chemin, ne te refroidis pas toute entière.
Laisse une braise, une toute petite braise,
et je saurai la ranimer jusqu’à ce que tu sois à nouveau crépitante entre mes bras.
J’embrasse ta bouche, étroitement.

*

Le plaisir qui finit en gratitude, c’est la fleur humide des jours.

*

Je t’embrasse, en orage, et aussi avec des sources inépuisables de tendresse.

*

Quand donc ma veste et ta jupe seront accrochées au même clou ?

*

Ma jeunesse c’est toi. Mon ardeur, ma force de désir et d’amour,
mon amour de la vie, c’est toi.
Bientôt, n’est-ce pas ? Bientôt mes bras frais, ton corps tiède, l’eau de ta bouche.
Je t’aime, ma chérie, ma bien-aimée. Et si mi madre me pregunta…
Au revoir, rose noire, où je boirai toute ma vie.
Je t’embrasse, je t’embrasse encore.
Le vent hurle à nouveau, je te désire.

*

Je t’embrasse, je t’habille de mes baisers.

Albert

(Albert Camus)(Maria Casarès)

 

Recueil: Correspondance 1944-1959
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :