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Posts Tagged ‘empoisonné’

OBSCURCISSEMENT (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2019



Illustration: Abanindranath Tagore   
    
OBSCURCISSEMENT

Une sombre appréhension servant de linceul
Enveloppe le monde,
En son centre demeure par-delà l’appréhension
Une ferme conviction.

Au milieu d’un orage de mots et la poussière de débats
L’ intelligence aveuglée tâtonne désespérément,
La conviction reste inébranlable, au fond,
Sans une ombre de peur.

Des centaines d’épreuves sur le chemin de la vie
Errent en un tourbillon,
Tandis qu’au centre règne la paix imperturbable
Sous l’ombre d’un arbre immortel.

Des flèches empoisonnées fusent sans relâche —
La censure, la perte, la mort et la séparation —
Éternelle, la Joie reste calme dans sa transe :
Elle ne connaît nulle destruction.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt dièse tantôt bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: La Différence

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COLLOQUE DE SOURDS (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019




    
COLLOQUE DE SOURDS

Je sortirai de moi-même. Oui
je partirai. Je porterai secours.
Je me sacrifierai.

Si tu choisis (même le bien,
même la paix) tu engendres le
massacre.

Vois ce visage de femme
Écoute la musique Réjouis-toi
des couleurs !

La mort est dans nos racines ;
sans elle, rien ne vit.

J’aime la vérité. J’irai au bout
du vrai.

Es-tu bien sûr de toi?
Une goutte de mensonge au
fond du verre et toute l’eau est
empoisonnée.

Pourtant j’exerce la parole :
elle est mouvement pur, par elle
je m’envole.

L’univers est sourd, aveugle,
muet. Son silence est intradui-
sible.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Aveugle et sourde (Gérard Macé)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018




    
Aveugle et sourde,
la nature ne voit pas les châteaux
que nous bâtissons en paroles,
ni la bête à l’écart du troupeau
qui broute la fleur empoisonnée.

Elle n’entend pas les têtes chantantes
qui flottent au-dessus de nos rivières,
ni les tambours en peau de chagrin
qui nous servent à compter les jours.

(Gérard Macé)

 

Recueil: Filles de la mémoire
Traduction:
Editions: Gallimard

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« L’enfer c’est les autres » (Jean-Paul Sartre)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2018



« l’enfer c’est les autres » a été toujours mal compris.
On a cru que je voulais dire par là
que nos rapports avec les autres étaient toujours empoisonnés,
que c’était toujours des rapports infernaux.
Or, c’est tout autre chose que je veux dire.

Je veux dire que si les rapports avec autrui sont tordus, viciés,
alors l’autre ne peut être que l’enfer.
Pourquoi ?
Parce que les autres sont, au fond, ce qu’il y a de plus important en nous-mêmes,
pour notre propre connaissance de nous-mêmes.

Quand nous pensons sur nous, quand nous essayons de nous connaître,
au fond nous usons des connaissances que les autres ont déjà sur nous,
nous nous jugeons avec les moyens que les autres ont,
nous ont donné, de nous juger.

Quoi que je dise sur moi,
toujours le jugement d’autrui entre dedans.
Quoi que je sente de moi,
le jugement d’autrui entre dedans.

Ce qui veut dire que, si mes rapports sont mauvais,
je me mets dans la totale dépendance d’autrui et alors, en effet, je suis en enfer.
Et il existe une quantité de gens dans le monde qui sont en enfer
parce qu’ils dépendent trop du jugement d’autrui.
Mais cela ne veut nullement dire qu’on ne puisse avoir d’autres rapports avec les autres,
ça marque simplement l’importance capitale de tous les autres pour chacun de nous.

[…]

C’est une mort vivante que d’être entouré par le souci perpétuel de jugements
et d’actions que l’on ne veut pas changer.
De sorte que, en vérité, comme nous sommes vivants,
j’ai voulu montrer par l’absurde, l’importance chez nous de la liberté,
c’est à dire l’importance de changer les actes par d’autres actes.

Quel que soit le cercle d’enfer dans lequel nous vivons,
je pense que nous sommes libres de le briser.
Et si les gens ne le brisent pas, c’est encore librement qu’ils y restent.
de sorte qu’ils se mettent librement en enfer.

(Jean-Paul Sartre)

Illustration: Bernard Buffet

 

 

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Et j’ai gravi tous les sommets (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



Illustration: Renaud Baltzinger
    
Et j’ai gravi tous les sommets,
J’ai contemplé les autres cieux,
Ma torche était l’oeil du hibou,
Et la rosée céleste du matin.

Suis-moi! Ton regard me supplie,
Tu crois aux paroles semées,
Comme si je devais deux fois
Boire la coupe empoisonnée !

Oh! non, j’ai détruit mes indices,
Et mes pas ne sont plus que cendre !
Tout demeurera inchanté,
Jusqu’au retour de cette Etoile —

L’Étoile, dont je saurai l’approche —
Il me faudra rendre au centuple
Et la grandeur et la bassesse
Que je traîne comme un fardeau!

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Comment s’est-elle glissée (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 26 avril 2017



Comment s’est-elle glissée dans mes nattes sombres
Cette douce mèche d’argent —
Toi seul, rossignol sans voix,
Sauras comprendre ce tourment.

Tu tends l’oreille vers le lointain
Tout hérissé tu scrutes
Les fines branches du cytise, et si s’élève la chanson d’un autre,
Tu retiens ton souffle.

Il y a peu, si peu de temps encore,
Les peupliers, alentour, se taisaient,
Et ta joie éclatait,
Chantait, empoisonnée.

(Anna Akhmatova)

 

 

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Conclusion (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2016



Conclusion

Les impacts de l’amour ne sont pas poésie
(ils ont tenté de l’être: aspiration nocturne).
Mémoire enfantine et pauvreté automnale
se déversent dans le vers de notre urne diurne.

Qu’est la poésie? le beau? Il n’est poésie,
et ce qui n’est poésie n’a pas la parole.
Le mystère en soi non plus que les mots anciens
ne sont pas poésie: cuisse, furie, cabale.

Alors vient le découragement. Adieu, tout!
La valise prête, notre corps détaché,
il nous reste la joie d’être seul, et muet.

De quoi nos poèmes se forment-ils? Où? Quel
rêvé empoisonné leur répond, si le poète
est un ressenti, et tout le reste, nuages?

(Carlos Drummond de Andrade)


Illustration: René Magritte

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UN ARBRE EMPOISONNÉ (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 17 octobre 2015




UN ARBRE EMPOISONNÉ

Contre mon ami j’étais en colère,
Je dis ma colère, et elle prit fin.
L’étant aussi contre mon ennemi,
Je n’en dis rien, ma colère poussa.

Et je l’arrosai, elle et ses alarmes,
Matin et soir la baignai de mes larmes,
Je l’exposai au soleil de sourires,
La réchauffai de simagrées douceâtres.

Et elle poussa, poussa jour et nuit,
Jusqu’à porter une pomme splendide —
Et mon ennemi la vit qui brillait.
Et il savait qu’elle m’appartenait,

Et donc, quand la nuit eut voilé le pôle,
Il se faufila dedans mon jardin.
Et j’ai la joie de trouver, au matin,
Mon ennemi dessous l’arbre gisant.

***

A POISON TREE

I was angry with my friend:
I told my wrath, my wrath did end.
I was angry with my foe;
I told it not, my wrath did grow.

And I watered it in fears,
Night and morning with my tears;
And I sunned it with smiles,
And with soft deceitful wiles.

And it grew both day and night
Till it bore an apple bright—
And my foe beheld it shine.
And he knew that it was mine,

And into my garden stole,
When the night had veiled the pole.
In the morning glad I see
My foe outstretched beneath the tree.

(William Blake)

Illustration: Sophie Ainardi

 

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FEU DE GRÈVE (Jean-Pierre Schlunegger)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2015



FEU DE GRÈVE

Je l’ai trouvé sur la grève
Mordu par le vent de la nuit
Sifflant de sèves
Troué de pluie

Il brûlait là comme une pauvre étoile
Rousse et malsaine
Nourrie de joncs
Parmi les pierres

Je l’ai trouvé près des vagues
Empoisonné par leur noire lumière
Je l’ai trouvé solitaire
Triste et rêvant

Étoile sans cause
Musique perdue
Son haleine abattait les papillons de nuit

(Jean-Pierre Schlunegger)

Illustration

 

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