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Poésie

Posts Tagged ‘emporter’

Le Désert (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017



Illustration: Douanier Rousseau

    

Le Désert

Le désert ! le désert dans son immensité,
Avec sa grande voix, sa sauvage beauté ;
Ses pics touchant les deux, ses savanes, ses ondes,
Cataractes roulant sous des forêts profondes ;
Ses mille bruits, ses cris, ses sourds rugissements,
Gigantesque concert de tous les éléments !

Le désert ! le désert ! quand l’aube orientale
Se lève, et fait briller les trésors qu’il étale :
Quand du magnolia le bouton parfumé
S’ouvre sous les baisers de quelque insecte aimé ;
Quand la liane en fleurs, odorant labyrinthe,
Enlace le palmier d’une amoureuse étreinte ;
Et que, s’éjouissant sous ces légers lambris,
Escarboucles vivants chantent les colibris !

Le désert d’Amérique avec toutes ses grâces,
Lorsque d’aucun mortel il ne gardait les traces,
Et qu’avec ses grands bois, ses eaux, ses mines d’or
Aux regards de Colomb il s’offrit vierge encore.

Ah ! qui ne la rêva cette belle nature ;
Qui n’eût voulu quitter ce monde d’imposture,
Ce monde où tout grand cœur finit par s’avilir,
Pour courir au désert, vivant, s’ensevelir ?
Pour chercher dans l’Éden de Paul et Virginie
L’ineffable bonheur que la terre dénie,
Vœu de paix et d’amour par chaque cœur conçu,
Et qui s’évanouit, hélas! toujours déçu !

Voilà souvent quel est mon rêve
Dans ces instants d’ennui profond.
Où le désespoir comme un glaive
Reste suspendu sur mon front.

Le désert, le désert m’appelle,
Pourquoi ces chaînes à mes pas ?
Oiseaux voyageurs, sur votre aile
Pourquoi ne m’emportez-vous pas ?

Il faut à mon âme engourdie
Un nouveau monde à parcourir ;
Il faut une sphère agrandie
Au poète qui va mourir !…

(Louise Colet)

 

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Ils sont morts à plusieurs (Nadia Tueni)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2017



Illustration: Diana Zeineddine Al Hourani
    
Ils sont morts à plusieurs
C’est-à-dire chacun seul
sur une même potence qu’on nomme territoire
leurs yeux argiles ou cendres emportent la montagne
en otage de vie.

Alors la nuit
la nuit jusqu’au matin
puis de nouveau la mort
et leur souffle dernier dépose dans l’espace la fin du mot.
Quatre soleils montent la garde pour empêcher
le temps d’inventer une histoire.

Ils sont morts à plusieurs
sans se toucher
sans fleur à l’oreille
sans faire exprès
une voix tombe: c’est le bruit du jour sur le pavé.

Crois-tu que la terre s’habitue à tourner?
Pour plus de précision ils sont morts à plusieurs
par besoin de mourir
comme on ferme une porte lorsque le vent se lève
ou que la mer vous rentre par la bouche…

Alors
ils sont bien morts ensemble
c’est-à-dire chacun seul comme ils avaient vécu.

(Nadia Tueni)

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Mémoire (Hédi Kaddour)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2017



mémoire

nue une fois encore
dans la pénombre à meubles lourds
elle se souvient des voix de fête
et tandis que se saigne à blanc
la mémoire d’un corps réel
elle s’étend pour n’être plus
face au miroir ancien
que le défilement des heures
qui pourrait l’emporter

(Hédi Kaddour)


Illustration

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Chant du rêve des tonnerres (Chants Chippewa)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017




    
Chant du rêve des tonnerres

Parfois
Je vais m’apitoyant
Sur moi-même
Tandis que le vent m’emporte
A travers ciel.

(Chants Chippewa)

 

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Quand le vent noir (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2017




    
Quand le vent noir du grand savoir
emportera la dernière plume du dernier oiseau
la Terre éclatera en sanglots.

L’OISEAU-TONNERRE

(Jacques Prévert)

 

Recueil: Fatras
Editions: Le Point du Jour

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BELLE QUI M’AVEZ BLESSÉ (Pierre Guédron)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2017



Illustration: Anne-Marie Zilberman
    
BELLE QUI M’AVEZ BLESSÉ

Belle qui m’avez blessé d’un trait si doux,
Helas ! pour – quoy me laissez vous ?
Moy qui languis d’un cruel désespoir
Quand je suis sans vous voir.

Las ! vous emportez en ce triste départ
De mon cœur la meilleure part,
Et vous laissez l’autre en proye aux douleurs
Aux soupirs et aux pleurs.

Ou me rendez l’une, ou belle par pitié
Ne laissez pas l’autre moytié :
On bien donnez d’un pitoyable effort
A toutes deux la mort.

Le ciel se troublant et changeant de couleur
M’assiste à plaindre mon malheur,
Et de ses eaux mon deuil accompagnant,
Ces déserts va baignant.

Si de mes ennuis que je ne puis cacher
Quelque regret vous peut toucher,
Consolez-moy belle d’un doux espoir
De bien tost vous revoir.

***

Fair lady who had wounded me with so sweet an arrow,
Alas! why are you leaving me?
I who languish in cruel despair
When I do not see you.

Alas! In this sad departure you carry away
The best part of my heart
And leave the other in the grip of suffering
With sighs and tears.

Either give me back one half or, my beauty,
For pity’s sake, do not leave the other:
Or else, with a pitiful effort,
Give death to both.

The sky, becoming cloudy and changing colour,
Helps me lament my misfortune,
And with its waters accompanying my mourning,
Bathes these deserts.

If, of my worries, which I cannot hide,
Some regret might touch you,
Console me, fair lady, with the sweet hope
Of seeing you again soon.

***

Ihr Schöne, die so zart verletzt‘t mich,
Ach! Warum verlasst ihr mich?
Ich, der ich mich gar verzehre vor grausamer Verzweiflung,
Wenn ich kann nicht Euch seh‘n.

Ach weh, bei Eurem tristen Abschied
Mein bestes Herz Ihr mit Euch nehmt,
Und übereignet so den andren der Qual,
Den Seufzern und dem Tränental.

So gebet mir entweder die eine oder, meine Schönste, aus Mitleide
Lasset nicht die andre Hälfte.
Oder aber mit erbarmender Bemühung
Gebt beiden dann den Tod!

Der Himmel in sein‘ Verwirrung und Wechsel der Couleur
Mir hilft beklagen also mein eigenes Malheur,
Und mit seinen Wassern begleitet meinen Kummer
Und auch dies Elend er benetzt.

Wenn von mein‘ Nöten, die ich nicht kann verhehlen,
Bedauern Euch mag doch berühr‘n,
Dann, Schönste, tröstet mich gar sanfte mit Hoffnung
Auf ein zeitig‘ Wiederseh‘n.

(Pierre Guédron)

 

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Un galet en témoigne (Pierre Dhainaut)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2017




    
Un galet en témoigne.
nous n’emportons que le vertige

(Pierre Dhainaut)

 

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Extrême-Orient (Albert Samain)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017




    
Extrême-Orient

I

Le fleuve au vent du soir fait chanter ses roseaux.
Seul je m’en suis allé. – J’ai dénoué l’amarre,
Puis je me suis couché dans ma jonque bizarre,
Sans bruit, de peur de faire envoler les oiseaux.

Et nous sommes partis, tous deux, au fil de l’eau,
Sans savoir où, très lentement. – O charme rare,
Que donne un inconnu fluide où l’on s’égare !…
Par instants, j’arrêtais quelque frêle rameau.

Et je restais, bercé sur un flot d’indolence,
A respirer ton âme, ô beau soir de silence…
Car j’ai l’amour subtil du crépuscule fin ;

L’eau musicale et triste est la soeur de mon rêve
Ma tasse est diaphane, et je porte, sans fin,
Un coeur mélancolique où la lune se lève.

II

La vie est une fleur que je respire à peine,
Car tout parfum terrestre est douloureux au fond.
J’ignore l’heure vaine, et les hommes qui vont,
Et dans 1’Ile d’Émail ma fantaisie est reine.

Mes bonheurs délicats sont faits de porcelaine,
Je n’y touche jamais qu’avec un soin profond ;
Et l’azur fin, qu’exhale en fumant mon thé blond,
En sa fuite odorante emporte au loin ma peine.

J’habite un kiosque rose au fond du merveilleux.
J’y passe tout le jour à voir de ma fenêtre
Les fleuves d’or parmi les paysages bleus ;

Et, poète royal en robe vermillon,
Autour de l’éventail fleuri qui l’a fait naître,
Je regarde voler mon rêve, papillon.

(Albert Samain)

 

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Emporte-moi (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2017




    
Emporte-moi

Emporte-moi, langage, emporte-moi.
Si je suis nu, le mot se fait navire.
Au loin cette île offre-t-elle un asile
ou le point fixe où rêve ma statue ?

Je marcherai s’il le faut sur la mer
pour te trouver, pour adorer tes lettres
et pour scander tes syllabes d’azur,
à tout jamais pour me mêler à toi

car je t’habite en te logeant moi-même,
soleil issu du corps dont je caresse
la chevelure. Et ta bouche salée
vient se poser sur celle qui te nomme.

Le chant du mot danse dans le visible,
le mouvement dessine le silence
où tu parais tel un roi sans couronne
pour te nommer tout en parlant d’un autre.

Emporte-moi langage en tes naufrages,
glissons unis, glissons dans les abysses.
Nous renaîtrons à la faveur d’un signe
de la voix neuve inscrite sur nos fronts.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Editions: Albin Michel

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On n’emporte rien avec soi (Marilyse Leroux)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2017



On n’emporte rien avec soi
qu’une image en viatique

Un iris de Van Gogh
bleu sur bleu
au pied de la montagne

On suit la découpe d’un jardin
sous un porche

A travers la fenêtre haut perchée
passe encore l’éclair d’un visage

On prend par les yeux
tout ce qui fut son regard
et par le corps
la douleur d’un amour
trop grand pour cette vie

Hier est si proche
qu’il nous attrape la main

On s’étonne d’un outil oublié
d’un escargot baignant
dans une rigole
sûr de presser contre soi
tout le poids du présent.

(Marilyse Leroux)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration: Vincent Van Gogh

 

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