Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘empressé’

Les empressés (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2019



 

Maggie Taylor - Garden

Les empressés nous sommes,
Mais la marche du temps,
tenez-là comme rien
au sein du permanent toujours.

tout ce qui est vitesse
ne sera que déjà passé ;
car c’est ce qui séjourne
qui seul nous initie.

Jeunesse, oh ! ne le jette pas
ton cœur dans la rapidité
pas aux tentatives du vol.

L’obscur et la clarté,
la fleur comme le livre :
tout est repos.

***

Wir sind die Treibenden.
Aber den Schritt der Zeit,
nehmt ihn als Kleinigkeit
im immer Bleibenden.

Alles das Eilende
wird schon vorüber sein ;
denn das Verweilende
erst weiht uns ein.

Knaben, o werft den Mut
nicht in die Schnelligkeit,
nicht in den Flugversuch.

Alles ist ausgeruht :
Dunkel und Helligkeit,
Blume und Buch.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Maggie Taylor

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le beau jour (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



Brenda Burke 7 

Le beau jour

J’eus en ma vie un si beau jour,
Qu’il éclaire encore mon âme.
Sur mes nuits il répand sa flamme ;
Il était tout brillant d’amour,
Ce jour plus beau qu’un autre jour ;
Partout, je lui donne un sourire,
Mêlé de joie et de langueur ;
C’est encor lui que je respire,
C’est l’air pur qui nourrit mon coeur.

Ah ! que je vis dans ses rayons,
Une image riante et claire ?
Qu’elle était faite pour me plaire !
Qu’elle apporta d’illusions,
Au milieu de ses doux rayons !
L’instinct, plus prompt que la pensée,
Me dit : « Le voilà ton vainqueur. »
Et la vive image empressée,
Passa de mes yeux à mon coeur.

Quand je l’emporte au fond des bois,
Hélas ! qu’elle m’y trouble encore :
Que je l’aime ! que je l’adore !
Comme elle fait trembler ma voix
Quand je l’emporte au fond des bois !
J’entends son nom, je vois ses charmes,
Dans l’eau qui roule avec lenteur ;
Et j’y laisse tomber les larmes,
Dont l’amour a baigné mon coeur.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Brenda Burke

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Fraises (Edwin Morgan)

Posted by arbrealettres sur 29 septembre 2016



Il n’y a plus jamais eu de fraises
comme celles que nous avons mangées
cet après-midi étouffant
où nous étions assis sur les marches
de la porte-fenêtre
face à face
tes genoux entre les miens
les assiettes bleues sur nos cuisses
les fraises luisantes
dans le chaud soleil
nous les trempions dans le sucre
en nous regardant l’un l’autre
sans presser notre banquet
pour un autre à venir
les assiettes vides
déposées sur les pierres
les deux fourchettes croisées
et je me suis penché vers toi
doux dans cet air
dans mes bras
abandonné comme un enfant
dans ta bouche empressée
le goût des fraises
dans ma mémoire
appuie-toi encore
laisse-moi t’aimer

laisse que le soleil frappe
notre oubli
ne serait-ce qu’une heure
la chaleur intense
et les éclairs d’été
sur les collines Kilpatrick
laisse que la tempête lave les assiettes.

(Edwin Morgan)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Temps au soleil (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 25 avril 2015



Temps au soleil

Assis sur leur seuil prennent le soleil
de vieux commerçants sans clients.
C’est un soleil fait pour eux: mitigé,
peu empressé de brûler. Le soleil des vieux.

Il n’entre plus personne dans la boutique obscure
ou si l’on y entre, on n’y achète rien. Tout est cher
ou bien les marchandises ont oublié
de se montrer. Les vieux commerçants
ne veulent-ils plus les vendre? Une araignée
commence à tisser sur la pendule
murale. Et cette poussière sacrée sur les rayons.

Le soleil vient leur rendre visite. Le chapeau
sur la tête ils le reçoivent. S’il surgit
un acheteur inhabituel, quelle corvée.
Devoir se lever, prendre le mètre,
les ciseaux, déballer la pièce de toile,
répondre, informer, faire l’article.

Assis sur leur seuil, simples statues,
en savates et la barbe non rasée,
leur blanche tête ils remuent lentement
quand passe une connaissance. Qu’il ne s’arrête pas
pour parler des choses du temps. Le temps
est une chaise au soleil, et rien de plus.

(Carlos Drummond de Andrade)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :