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Poésie

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CONSEILS À UN AMANT (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018



 

Illustration: Egon Schiele
    
CONSEILS À UN AMANT

Si tu veux être aimé d’une femme, ô jeune ami, quelle qu’elle soit,
ne lui dis pas que tu la veux, mais fais qu’elle te voie tous les jours,
puis disparais, pour revenir.

Si elle t’adresse la parole, sois amoureux sans empressement.
Elle viendra d’elle-même à toi.
Sache alors la prendre de force, le jour où elle entend se donner.

Quand tu la recevras dans ton lit, néglige ton propre plaisir.
Les mains d’une femme amoureuse sont tremblantes et sans caresses.
Dispense-les d’être zélées.

Mais toi, ne prends pas de repos.
Prolonge les baisers à perte d’haleine.
Ne la laisse pas dormir, même si elle t’en prie.
Baise toujours la partie de son corps vers laquelle elle tourne les yeux.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’HOMME DE LA RUE (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017



Illustration: Joan Miro

    

L’HOMME DE LA RUE

Je suis allé à la maison de l’homme de la rue,
j’y ai trouvé sa compagne.
Je lui ai demandé : Où est l’homme de la rue ?
Elle a dit : L’air libre est son chez-soi.

Je lui ai demandé : À quoi ressemble-t-il ?
Elle a dit : Aucune femme ne sait.
Il pleurnichait un peu quand
sous mes draps il s’est glissé.

Il s’est couché sur moi tel un oiseau,
dit-elle avec un brin de dérision.
Bon, dans l’empressement de ses ailes
à peine s’il a prononcé mon nom !

Et lorsqu’il est parti, étiez-vous triste ?
Oh non, à peine si j’en ai eu conscience…
Elle s’est levée, est allée à la fenêtre,
indolente et immense…

Puis tout à coup, son corps s’est brisé
Comme une pierre, en deux parties,
et quand l’oiseau sauvage s’est échappé :
C’est l’homme de la rue, a-t-elle gémi.

***

EVERYMAN

I went to the house of Everyman,
I found his woman there.
I asked her, Where is Everyman?
She said, His home is air.

I asked her, then, What is he like?
She said, No woman knows.
He moaned a little as he crept
beneath my linen clothes.

He lay upon me as a bird,
she said with half disdain.
Why, in the hurry of his wings
he scarcely spoke my name!

And when he left you, did you grieve?
Oh, no, I scarcely knew…
She rose, and to the window moved,
indolent and huge…

Then all at once her body broke
in two parts, like a stone,
and as the savage bird escaped,
It’s Everyman, she moaned.

(Tennessee Williams)

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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