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Posts Tagged ‘emprisonné’

Mais dis-moi, Blaise (Béatrice Bastiani-Helbig)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2018



Mais dis-moi,
Blaise,
réponds,
ne t’en déplaise,
à ma petite question :
ton oiseau magique
au beau plumage,
Monsieur Cendrars,
n’était-il pas,
par hasard,
enfermé dans une cage ?

Elle est si tragique,
la beauté,
quand elle est emprisonnée…

Et le cri dont tu parles,
comme le « sifflement d’un petit jet de vapeur »,
n’était-il pas simplement
chant de désespoir
plutôt que de bonheur?

Prévert, lui,
après que l’oiseau
est entré dans la cage,
en efface les barreaux.

Il faut libérer les oiseaux
et tous les animaux.
Et les humains aussi,
de la prison de leurs préjugés.
« Effacer un à un tous les barreaux ».

Et que Jacques Prévert
prête à Paul Eluard
le pinceau de son poème
pour qu’il puisse calligraphier
sur les murs de la cité
Le doux nom de
« LIBERTĖ » !

(Béatrice Bastiani-Helbig)

 

 

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CINABRE (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2018



CINABRE

Soleil emprisonné dans les macles du soir,
blessure d’où suinte le mercure,
tu dis l’ultime cri du sang avant qu’il ne se fige
la grande paix des cicatrices et la convalescence
de la terre.

(Jacques Lacarrière)


Illustration

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GREGORIEN (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2018



 

Chant-gregorien

GREGORIEN

Des vols fixes d’oiseaux parfaits qui sont sans air
Profondément nus
Ne retombent jamais sur le sein de la terre
Mais se meurent de joie se meurent de lumière

Ces oiseaux sont des mots et sur des lèvres nés
Pur ornement de la voix fraîche entre les vents
Du haut du bas et tout l’imprévisible temps
Ils se tournent pour adorer, et se demandent

S’ils sont toujours du corps ou peut-être de l’âme
A la fin, et s’ils ont gravi les échelons
Qui déplacent le mot de la voix au silence
Et du silence à la terreur de l’âme

Ils se demandent, venus de coeurs emprisonnés
Tous, ils se demandent et ne savent
Vocalises de durable vocation
Ils sont et triomphalement pénitence.

(Pierre Jean Jouve)

 

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L’ÉPITAPHE (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2018



Robert Desnos
    
L’ÉPITAPHE

J’ai vécu dans ces temps et depuis mille années
Je suis mort. Je vivais, non déchu mais traqué.
Toute noblesse humaine étant emprisonnée
J’étais libre parmi les esclaves masqués.

J’ai vécu dans ces temps et pourtant j’étais libre.
Je regardais le fleuve et la terre et le ciel
Tourner autour de moi, garder leur équilibre
Et les saisons fournir leurs oiseaux et leur miel.

Vous qui vivez qu’avez-vous fait de ces fortunes ?
Regrettez-vous les temps où je me débattais ?
Avez-vous cultivé pour des moissons communes ?
Avez-vous enrichi la ville où j’habitais ?

Vivants, ne craignez rien de moi, car je suis mort.
Rien ne survit de mon esprit ni de mon corps.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Contrée suivi de Calixto
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ce qui est à moi (Aimé Césaire)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2018



 

Toussaint Louverture

Ce qui est à moi
c’est un homme seul emprisonné de blanc
c’est un homme seul qui défie les cris blancs de la mort blanche
(TOUSSAINT, TOUSSAINT LOUVERTURE)
c’est un homme seul qui fascine l’épervier blanc de la mort blanche
c’est un homme seul dans la mer inféconde de sable blanc
c’est un moricaud vieux dressé contre les eaux du ciel
La mort décrit un cercle brillant au-dessus de cet homme
la mort étoile doucement au-dessus de sa tête
la mort souffle, folle, dans la cannaie mûre de ses bras
la mort galope dans la prison comme un cheval blanc
la mort luit dans l’ombre comme des yeux de chat
la mort hoquette comme l’eau sous les Cayes
la mort est un oiseau blessé
la mort décroît
la mort vacille
la mort est un patyura ombrageux
la mort expire dans une blanche mare de silence.

(Aimé Césaire)

 

 

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La pluie obscurcit le jour (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018




La pluie obscurcit le jour.
De furieux éclairs traversent les nuages en lambeaux,
et la forêt est comme un lion emprisonné
secouant sa crinière avec désespoir.
Un tel jour, au milieu des vents battant des ailes,
laisse-moi trouver l’apaisement en ta présence,
car le ciel affligé a empli d’ombre ma solitude,
rendant plus profond le sens de ton divin toucher sur mon coeur.

(Rabindranath Tagore)

Illustration

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Ah mon rire (Janine Tavernier)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2017



 

Ah mon rire
mon rire gigantesque
mon rire silencieux
mon rire emprisonné derrière mes lèvres
ah ah mon rire
emmuré dans son linceul de glace
je t’entends rugir en moi comme un fauve
je te sens qui ballottes en moi
sur le remous tourmenté de ma colère
ah ah ah mon rire
je t’écoute et j’ai peur
mon rire qui n’es pas à moi
mon rire étranger à ma vie
mon rire que les forces de l’inconscient
projettent sur l’écran fragile de ma sensibilité
je te crains plus que mourir
je te crains plus que vivre
ah ah ah ah mon rire
quand tu briseras tes liens
et que hors de moi tu t’enfuyeras
dans l’explosion de tes accords déchaînés
que vas-tu prendre à ma vie t’en iras-tu seul
vers les sphères abolies d’où l’on ne revient pas
J’ai plongé mes deux mains au-delà du présent
et j’ai cueilli la joie qui m’était refusée
Mon désespoir était debout enveloppant ma gauche
coulée de glace tournant avec mon sang
mon désespoir était debout avec sa chevelure noire
et ses voiles noirs éclaboussés de son ombre
et le regard mort de ses yeux sur des nuits sans limite
Mais j’ai cueilli la joie qui m’était refusée
Une joie douce et vraie comme un sourire d’enfant
comme un soupir d’oiseau dans l’aube silencieuse
comme un baiser d’ami posé au bord des cils
et par la seule splendeur d’une joie opaline
prise à la certitude des bonheurs à venir
mon désespoir s’est irisé de mille reflets d’azur

(Janine Tavernier)

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C’était dans cette impénétrable retraite (Herman Melville)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2017




    
[…]

C’était dans cette impénétrable retraite
que dormait,

entouré par l’univers,
ceinturé par le zodiaque,
environné par l’horizon,
enveloppé par l’océan,
enclos dans le récif,
emprisonné dans les montagnes,
niché dans sa chambre,
ceint de l’insigne royal,
serré entre des bras,
replié sur lui-même,

l’indivisible Donjalolo,
monarque absolu de Juam

– amande au coeur de sa triple écorce,
étincelle au plus secret du rubis,
pépin blotti dans la pulpe juteuse d’une orange dorée,
royal noyau de pourpre dans la pêche efféminée,
sphère encapsulée au centre des sphères.

(Herman Melville)

 

Recueil: Mardi et le voyage qui y mena

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Je voudrais qu’on m’aime (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017




    
Je voudrais qu’on m’aime

Je voudrais qu’on m’aime avec de belles paroles
Palpitantes comme au ciel bleu des banderoles,
Avec des mots qui soient d’un métal précieux:
Des carillons d’argent dans un beffroi pieux;

D’un mystique métal rendant le son d’une âme
Où beaucoup d’infini se trouve emprisonné,
D’un métal fulgurant, la pointe d’une lame
Qui lentement pénètre en mon coeur forcené.

Très-pâle théorie emmy des bouleaux frêles,
Je voudrais écouter des mots comme envolés,
Musique d’ailes d’ange où l’inconnu révèle
Les lointains paradis dont je suis exilé.

(Marie Dauguet)

 

 

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LES RUINES DE MEXICO (ÉLÉGIE DU RETOUR) (José Emilio Pacheco)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2017



 

LES RUINES DE MEXICO
(ÉLÉGIE DU RETOUR)

1
Absurde est la matière qui s’écroule,
la matière pénétrée de vide, la creuse.
Non : la matière ne se détruit pas,
la forme que nous lui donnons se désagrège,
nos oeuvres se réduisent en miettes.

2
La terre tourne, entretenue par le feu.
Elle dort sur une poudrière.
Elle porte en son sein un bûcher
un enfer solide
qui soudain se transforme en abîme.

3
La pierre profonde bat dans son gouffre.
En se dépétrifiant, elle rompt son pacte
avec l’immobilité et se transforme
en bélier de la mort.

4
De l’intérieur vient le coup,
la morne cavalcade,
l’éclatement de l’invisible, l’explosion
de ce que nous supposons immobile
et qui pourtant bouillonne sans cesse.

5
L’enfer se dresse pour noyer la terre.
Le Vésuve éclate de l’intérieur.
La bombe monte au lieu de descendre.
L’éclair jaillit d’un puits de ténèbres.

6
Il monte du fond, le vent de la mort.
Le monde tressaille en fracas de mort.
La terre sort de ses gonds de mort.
Comme une fumée secrète avance la mort.
De sa prison profonde s’échappe la mort.
Du plus profond et du plus trouble jaillit la mort.

7
Le jour devient nuit,
la poussière est soleil
et le fracas remplit tout.

8
Ainsi soudain se casse ce qui est ferme,
béton et fer deviennent mouvants,
l’asphalte se déchire, la ville et la vie
s’écroulent. La planète triomphe
contre les projets de ses envahisseurs.

9
La maison qui protégeait contre la nuit et le froid,
la violence et l’intempérie,
le désamour, la faim et la soif
se transforme en gibet et en cercueil.
Le survivant reste emprisonné
dans le sable et les filets de la profonde asphyxie.

10
C’est seulement quand il nous manque, qu’on apprécie l’air.
Seulement quand nous sommes attrapés comme le poisson
dans les filets de l’asphyxie. Il n’y a pas de trous
pour retourner à la mer d’oxygène
où nous nous déplacions en liberté.
Le double poids de l’horreur et de la terreur
nous a sortis
de l’eau de la vie.

Seulement dans le confinement nous comprenons
que vivre c’est avoir de l’espace.
Il fut un temps
heureux où nous pouvions bouger,
sortir, entrer, nous lever, nous asseoir.

Maintenant tout s’est écroulé. Le monde
a fermé ses accès, ses fenêtres.
Aujourd’hui nous comprenons ce que signifie
cette terrible expression : enterrés vivants.

11
Le séisme arrive et devant lui plus rien
ne valent les prières et les supplications.
Il naît de son sein pour détruire
tout ce que nous avons mis à sa portée.
Il jaillit et se fait reconnaître à son oeuvre atroce.
La destruction est son unique langage.
Il veut être vénéré parmi les ruines.

12
Cosmos est chaos, mais nous ne le savions pas
ou nous n’arrivions pas à le comprendre.
La planète descend-elle en tournant
dans les abîmes de feu glacé ?
Tourne-t-elle ou tombe-t-elle cette terre ?
Le destin de la matière est-il dans cette chute infinie ?

Nous sommes nature et rêve. C’est pourquoi
nous sommes ce qui descend toujours :
poussière dans les airs.

(José Emilio Pacheco)

Illustration

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