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LA MERE A SON FILS (Langston Hughes)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2020



 

Christian Carrette  infinity-stairs- [1280x768]

LA MERE A SON FILS

Eh bien mon fils, je vais te dire quelque chose :
La vie ça n’a pas été pour moi un escalier de verre.
Il y a eu des clous,
Des échardes,
Et des planches défoncées,
Et des endroits sans moquettes,
A nu.
Mais quand même,
Je grimpais toujours,
Je passais les paliers,
Je prenais les tournants,
Et quelquefois j’allais dans le noir
Quand y avait pas de lumière.
Alors mon garçon faut pas retourner en arrière.
Faut pas t’asseoir sur les marches
Parce que tu trouves que c’est un peu dur.
Et ne va pas tomber maintenant…
Parce que, mon fils, moi je vais toujours,
Je grimpe toujours,
Et la vie ça n’a pas été pour moi un escalier de verre.

***

Mother to Son

Well, son, I’ll tell you:
Life for me ain’t been no crystal stair.
It’s had tacks in it,
And splinters,
And boards torn up,
And places with no carpet on the floor—
Bare.
But all the time
I’se been a-climbin’ on,
And reachin’ landin’s,
And turnin’ corners,
And sometimes goin’ in the dark
Where there ain’t been no light.
So, boy, don’t you turn back.
Don’t you set down on the steps.
‘Cause you finds it’s kinder hard.
Don’t you fall now—
For I’se still goin’, honey,
I’se still climbin’,
And life for me ain’t been no crystal stair.

(Langston Hughes)

Illustration: Christian Carrette

 

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Le fer à repasser veut voir du pays (Catherine Cahard)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2020



 

fer à repasser volant

Le fer à repasser veut voir du pays

Ah! J’aimerais tant prendre mon envol
Voir plus loin que le bout de ma planche!

Pourtant, jadis, j’ai franchi un col
Et j’ai déjà traversé la Manche…
Mais je ne fais plus maintenant
Que passer et repasser
En arrière, en avant
Sans jamais m’arrêter.

Assez! Assez de cette vie!
ça ne fait pas un pli:
Je suis vraiment trop sédentaire.
Qui m’a parlé du chemin de fer?

(Catherine Cahard)

Illustration

 

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Si là maintenant (Yosano Akiko)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2020




Illustration
    
Si là maintenant,
Je regarde en arrière
La passion vécue,
Je ne craignais pas le noir
Car mes yeux ne voyaient plus

(Yosano Akiko)

 

Recueil: Cheveux emmêlés
Traduction: Claire Dodane
Editions: Les Belles Lettres

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Instructions pour lire mes poèmes (Hervé Le Tellier)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2020




    
Instructions pour lire mes poèmes

pour lire mes poèmes tu dois
être seule au calme dans le presque noir

chaque poème il faut le lire à voix douce lentement
tu dois bien respecter les pauses
que le poète a indiquées
il fait son métier de poème le poème
il ne faut pas l’en empêcher
il accomplit sa destinée
alors si écoute bien si
au détour d’un mot d’une rime ou d’un rien
tu perçois quelque chose en toi
qui bouge
une couleur rouge
quelque chose qui fait un peu mal
aussi un petit peu de bien
ne touche à rien n’arrête pas
le poème fait son travail
c’est tout à fait normal
tu peux retourner en arrière
relire plusieurs fois les mots
le poème est à toi aussi
car c’est pour toi qu’on l’a écrit
tu as le droit d’y revenir d’y poser tes silences à toi
mais mais si tu sens qu’il faudrait t’arrêter
parce que ça te remue fort déjà
et qu’il se passe quelque chose à l’intérieur
cette chose dont tu ne voulais pas
il faut pourtant continuer encore et encore et encore
tant pis pour l’eau qui mouille ta joue
laisse lui faire son métier au poème
parce qu’il veut tellement tellement que tu l’aimes
le poème

(Hervé Le Tellier)

 

Recueil: Les poèmes ont des oreilles
Traduction:
Editions: Rue du Monde

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Sur le banc devant la maison (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2019




    
Sur le banc devant la maison

Viens t’asseoir à côté de moi sur le banc devant la maison,
femme, tu en as bien le droit,
voici quarante ans que nous sommes ensemble.

Cette fin d’après-midi, alors qu’il fait si beau,
c’est aussi le soir de notre vie.
Tu as bien mérité, vois-tu, un peu de repos.

Maintenant, les enfants sont placés.
Ils sont allés chacun de son côté et nous sommes de nouveau rien que les deux,
comme quand nous avons commencé.

Femme, te souviens-tu?
Nous n’avions rien pour commencer, tout était à faire.
Et nous nous sommes mis à l’ouvrage.

Ça n’allait pas tout seul, il nous en a fallu du courage !
Il nous en a fallu de l’amour,
et l’amour n’est pas ce qu’on croit au commencement.

Se serrer l’un contre l’autre, s’embrasser, se parler tout doux à l’oreille.
Ça, c’est bon pour le jour de la noce !
Le temps de la vie est grand, mais le jour de la noce ne dure qu’un jour.

C’est seulement après, qu’a commencé la vie.
Les enfants viennent; il leur faut quelque chose à manger,
des vêtements et des souliers, ça n’a pas de fin.

Il est aussi arrivé qu’ils étaient malades, alors tu devais passer toute la nuit à veiller
et moi, j’étais à l’ouvrage d’avant le jour jusqu’à la nuit tombée.
Nous croyions être arrivés à quelque chose, puis après, tout était en bas et à recommencer.

Des fois, nous étions tout dépités de voir que nous avions beau faire,
nous piétinions sur place et même, nous repartions en arrière.
Te souviens-tu, femme, de tous ces soucis ?

Mais nous sommes restés fidèles l’un à l’autre,
et ainsi, j’ai pu m’appuyer sur toi, et toi la même chose sur moi.
Nous avons eu de la chance d’être ensemble, les deux.

On s’est mis à l’ouvrage, nous avons duré et tenu le coup.
Le véritable amour n’est pas pour un jour.
C’est toute la vie que nous devons nous aimer, s’aider et se comprendre.

Puis, les affaires sont allées du bon côté, les enfants ont tous bien tourné.
Mais aussi, on leur avait appris à partir sur le bon chemin.
Nous avons un petit quelque chose au soleil et dans le bas de laine.

C’est pourquoi, cette fin d’après-midi, alors qu’il fait si beau,
assieds-toi à côté de moi.
On veut pas parler, nous n’avons plus rien à nous dire.

Nous n’avons besoin que d’être les deux
et laisser venir la nuit,
bienheureux d’avoir bien rempli notre vie.

(Traduction du texte patois)

(Charles-Ferdinand Ramuz)

 

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T’appartient-il, Seigneur (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



    

T’appartient-il, Seigneur, de participer à la félicité de ce rythme?
d’être lancé, perdu, brisé dans le tourbillon de cette formidable joie?

Toute chose se précipite, sans arrêt, sans regard en arrière,
sans qu’aucun pouvoir puisse bien retenir,
toutes les choses se précipitent.

Emboîtant le pas au rythme de cette musique inlassée,
chaque saison accourt en dansant, puis passe outre
— couleurs, tons et parfums déversent d’infinies cascades
dans cette surabondante joie qui s’éparpille
et se renonce et meurt à tout moment.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’offrande lyrique
Traduction: André Gide
Editions: Gallimard

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ETUDE D’AME (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



 

Clara Lieu

ETUDE D’AME

Je suis la maison hantée, croulante
Qui se tient ici comme une plante et se penche au-delà.

Demeure pour âmes anciennes, domicile pour revenants
J’existe, je suis
Comme si j’ignorais
Que cette bâtisse
Est comme un fil
Un coup d’air froid et vide
Entre moi-même
Et la mort.

J’existe, je sens mon poids
Ma lourdeur m’effraie.

Des actes lourds, pesants, vains,
Des objets écrasants, ainsi qu’un vieux sac de pierres.

Comment viendraient-ils me soulever, me porter
Une charge pénible remplie de son essence.

(En arrière, mon Dieu, en arrière, à recommencer…)

(Georges Themelis)

Illustration: Clara Lieu

 

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Du fond du rêve (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2018




    
Du fond du rêve,
comme un poing illuminé
émergeant de la créature solitaire endormie,
surgit la volonté irrésistible
de continuer la narration.

Il ne s’agit pas de conter ceci ou cela,
ni de copier ou de traduire
ou d’enjôler le jour aux abois.
Il s’agit d’une pulsion bien plus forte
et qui ne peut s’interrompre :
poursuivre simplement la narration.

Narration qui n’a pas de début ni de fin,
narration qui n’est pas un genre,
qui nе lie pas une intrigue.
Images qui coulent comme un fleuve,
se prennent et se dessaisissent,
étrange manière de dire et de dédire
en arrière et en avant des choses.

Volonté de poursuivre la narration,
énergie éparse dans l’ici de partout,
qui ne distingue pas les vies des morts
ni l’homme d’autre chose

C’est l’histoire qui s’écoule tout au fond,
l’histoire sans et avec histoire
qui joint dans un bouquet délié
l’arôme de l’être
et le parfum du néant.

Le service demandé à l’homme
n’est que poursuite de la narration
quel que soit l’argument.

Et même sans aucun.

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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Ton image douloureuse et mouvante (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2018



Ton image douloureuse et mouvante,
Je n’ai pu dans la brume la toucher.
« Seigneur ! » — ai-je dit par mégarde,
Ne voulant pas dire cela.

Le nom divin comme un oiseau
S’est échappé de ma poitrine !
Devant, le brouillard s’épaissit,
En arrière : une cage vide…

(Ossip Mandelstam)


Illustration

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Au coeur même du labyrinthe (Franck André Jamme)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2018



Illustration: Salvador Dali
    
« Au coeur même du labyrinthe,
Il est des jours où le désir finit par suinter de nos doigts.
Alors on peut sombrer sans désespoir.
Obscur, ô flamme bleue ! »
Elle était ainsi.

Par les chambres de l’oeil,
les signes allaient et venaient,
visitaient le bol renversé.
Derrière eux, semées, les questions :

« Quand donc s’enfuiront les spectres ?
Pourquoi l’effroi dans le filet ?
Peut-on revenir en arrière ? »

(Franck André Jamme)

 

Recueil: La récitation de l’oubli
Traduction:
Editions: Flammarion

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