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Posts Tagged ‘en partance’

Au cri d’un navire en partance (Jean de la Ville de Mirmont)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2019



Vaste comme l’appel des mers et des espaces
Où des mouettes frappant les flots,
Perdu comme la voix du navire qui passe
Sur les horizons sans écho,

Un navire en partance a jeté dans la rade
Un cri qu’il n’avait jamais eu,
Ouvrant parmi le ciel où le soir se dégrade
Tout un monde ailleurs inconnu.

Ce jour était un jour des chaudes colonies,
Un jour implacable et sanglant
Et je laissais tanguer ma lourde rêverie
Au bruit des flots, au bruit du vent.

Etais-je des Grieux en habit de naguère
Tenant entre ses bras Manon,
Alors qu’il s’enfuyait vers la rive étrangère,
Oubliant tout dans son pardon ?

Etais-je l’inconnu qui partait pour les îles,
Ainsi que l’on disait alors,
N’emportant avec lui que la vie inutile
Et les rêves de poudre d’or ?

Je connaissais les noms des agrès et des mâts,
Ces mots de la marine ancienne
Qu’on entendait sonner les jours de branle-bas
Et les jurons du capitaine.

On avait déployé les voiles de fortune
Après l’orage tropical,
Et le vent chantonnait, en haut, parmi les hunes,
Ûn vieil air du pays natal.

Ce ne fut qu’un instant de rêve sur le port,
Mais j’ai senti cette existence
Qui revenait en moi d’aussi loin que la mort
Au cri d’un navire en partance.

(Jean de la Ville de Mirmont)

 

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SUR LES QUAIS (Roselyne Parisot)

Posted by arbrealettres sur 11 septembre 2018



 

Wilhelm Hammershoi 3_3 [1280x768]

SUR LES QUAIS

J’ai tant vu des bateaux au ventre plein de rêves
Qui décrochaient la grève et l’emmenaient radeau
J’ai tant vu des bateaux qui faisaient tour du monde
Qui faisaient mappemonde et se noyaient dans l’eau

Mais moi je suis resté sur les quais en partance
Entre foule qui danse
Et voyageurs pressés
Et moi je suis resté sur les quais sur les quais

J’ai tant vu de ces trains aux fumées qui s’échappent
Accrochées en écharpe pour tenir chaud au loin
J’ai tant vu de ces trains qui faisaient tour de gare
Qui faisaient pas d’histoires mais se perdaient lointains

Mais moi je suis resté sur les quais en partance
Entre foule qui danse
Et voyageurs pressés
Et moi je suis resté sur les quais sur les quais

J’ai tant vu des avions aux ailes de promesses
Qui s’envolaient sans cesse vers des pays vision
J’ai tant vu des avions qui crevaient les nuages
Qui faisaient des orages et tombaient sans raison

Mais moi je suis resté à rêver de partance
Entre foule qui danse
Et voyageurs pressés
Et moi je suis resté
Et moi je suis resté
Et moi je suis resté
A rêver de m’en aller, de m’en aller.

(Roselyne Parisot)

Illustration: Wilhelm Hammershoi

 

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LE PATOIS DE CHEZ NOUS (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2018




    
LE PATOIS DE CHEZ NOUS

Dans mon pays, dès ma naissance
Les premiers mots que j’entendis
Au travers de mon «innocence »
Semblaient venir du paradis
C’était ma mère, toute heureuse,
Qui me fredonnait à mi-voix
Une simple et vieille berceuse,
En patois…

Le joli patois de chez nous
Est très doux !
Et mon oreille aime à l’entendre.
Mais mon cœur le trouve plus doux,
Et plus tendre !

Dans mon pays, au temps des sèves,
A l’âge où d’instant en instant,
L’amour entrevu dans nos rêves
Se précise dans le Printemps.
Cueillant les fleurs que l’avril sème
Un jour, pour la première fois,
Une fille m’a dit : « Je t’aime »
En patois…

De mon pays blond et tranquille
Quand je suis parti « déviré »
Par le vent soufflant vers la Ville,
Mes vieux et ma mie ont pleuré.
Pourtant, jusqu’au train en partance
M’ont accompagné tous les trois
Et m’ont souhaité bonne chance
En patois…

Loin du pays, dans la tourmente
Hurlante et folle, de Paris,
Où ma pauvre âme se lamente
Un bonheur tantôt m’a surpris !
Des paroles fraîches et gaies
Ont apaisé mes noirs émois :
J’ai croisé des gens qui causaient
Mon patois…

(Gaston Couté)

 

 

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Notre parole a-t-elle assez de soir (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
notre parole a-t-elle assez de soir
pour apprendre les cris retenus
des lieux accablés de durée
le silence toujours en partance
sur les couleurs pose un dernier glacis
une seule gorgée nous enivre
au bord des larmes se risque le sourire
les mains prononcent leurs voeux
définitif l’air bénit

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Joies escarpées
Traduction:
Editions: Obsidiane

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LES POUVOIRS DE L’AMOUR (X) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 11 septembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
LES POUVOIRS DE L’AMOUR (X)

Enfermé dans un horizon sans altitude,
je n’ai devant moi que chemins en fuite
vers un lointain de plus en plus illisible,
de plus en plus tourné sur ton absence.

J’attends en vain que vienne à ma rencontre
un arbre qui marcherait sur ses racines,
mais c’est à peine s’il me fait signe
en remuant un bras d’où quelques feuilles tombent.

Les fleurs sourient d’une façon si banale
qu’il me tarde quand je reviens à la nature
de la quitter pour la ville où je suis sûr
qu’un seul de tes baisers me bouleversera jusqu’à la moelle.

Il reste les couchants dont je ne puis me déprendre
parce qu’ils ont brillé au-dessus de mon enfance
comme mille mains levées sur un navire en partance
pour un pays que tu es seule à savoir me rendre.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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