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Posts Tagged ‘encensoir’

Les Djinns (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2018



 

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Les Djinns

Murs, ville,
Et port,
Asile
De mort,
Mer grise
Où brise
La brise,
Tout dort.

Dans la plaine
Naît un bruit.
C’est l’haleine
De la nuit.
Elle brame
Comme une âme
Qu’une flamme
Toujours suit !

La voix plus haute
Semble un grelot.
D’un nain qui saute
C’est le galop.
Il fuit, s’élance,
Puis en cadence
Sur un pied danse
Au bout d’un flot.

La rumeur approche.
L’écho la redit.
C’est comme la cloche
D’un couvent maudit ;
Comme un bruit de foule,
Qui tonne et qui roule,
Et tantôt s’écroule,
Et tantôt grandit,

Dieu ! la voix sépulcrale
Des Djinns !… Quel bruit ils font !
Fuyons sous la spirale
De l’escalier profond.
Déjà s’éteint ma lampe,
Et l’ombre de la rampe,
Qui le long du mur rampe,
Monte jusqu’au plafond.

C’est l’essaim des Djinns qui passe,
Et tourbillonne en sifflant !
Les ifs, que leur vol fracasse,
Craquent comme un pin brûlant.
Leur troupeau, lourd et rapide,
Volant dans l’espace vide,
Semble un nuage livide
Qui porte un éclair au flanc.

Ils sont tout près ! – Tenons fermée
Cette salle, où nous les narguons.
Quel bruit dehors ! Hideuse armée
De vampires et de dragons !
La poutre du toit descellée
Ploie ainsi qu’une herbe mouillée,
Et la vieille porte rouillée
Tremble, à déraciner ses gonds !

Cris de l’enfer! voix qui hurle et qui pleure !
L’horrible essaim, poussé par l’aquilon,
Sans doute, ô ciel ! s’abat sur ma demeure.
Le mur fléchit sous le noir bataillon.
La maison crie et chancelle penchée,
Et l’on dirait que, du sol arrachée,
Ainsi qu’il chasse une feuille séchée,
Le vent la roule avec leur tourbillon !

Prophète ! si ta main me sauve
De ces impurs démons des soirs,
J’irai prosterner mon front chauve
Devant tes sacrés encensoirs !
Fais que sur ces portes fidèles
Meure leur souffle d’étincelles,
Et qu’en vain l’ongle de leurs ailes
Grince et crie à ces vitraux noirs !

Ils sont passés ! – Leur cohorte
S’envole, et fuit, et leurs pieds
Cessent de battre ma porte
De leurs coups multipliés.
L’air est plein d’un bruit de chaînes,
Et dans les forêts prochaines
Frissonnent tous les grands chênes,
Sous leur vol de feu pliés !

De leurs ailes lointaines
Le battement décroît,
Si confus dans les plaines,
Si faible, que l’on croit
Ouïr la sauterelle
Crier d’une voix grêle,
Ou pétiller la grêle
Sur le plomb d’un vieux toit.

D’étranges syllabes
Nous viennent encor ;
Ainsi, des arabes
Quand sonne le cor,
Un chant sur la grève
Par instants s’élève,
Et l’enfant qui rêve
Fait des rêves d’or.

Les Djinns funèbres,
Fils du trépas,
Dans les ténèbres
Pressent leurs pas ;
Leur essaim gronde :
Ainsi, profonde,
Murmure une onde
Qu’on ne voit pas.

Ce bruit vague
Qui s’endort,
C’est la vague
Sur le bord ;
C’est la plainte,
Presque éteinte,
D’une sainte
Pour un mort.

On doute
La nuit…
J’écoute : –
Tout fuit,
Tout passe
L’espace
Efface
Le bruit.

(Victor Hugo)

Illustration

 

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Sieste éternelle (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2018



Sieste éternelle

Le blanc soleil de juin amollit les trottoirs.
Sur mon lit, seul, prostré comme en ma sépulture
(Close de rideaux blancs, oeuvre d’une main pure),
Je râle doucement aux extases des soirs.

Un relent énervant expire d’un mouchoir
Et promène sur mes lèvres sa chevelure
Et comme un piano voisin rêve en mesure,
Je tournoie au concert rythmé des encensoirs.

Tout est un songe. Oh! viens, corps soyeux que j’adore,
Fondons-nous, et sans but, plus oublieux encore;
Et tiédis longuement ainsi mes yeux fermés.

Depuis l’éternité, croyez-le bien, Madame,
L’Archet qui sur nos nerfs pince ses tristes gammes
Appelait pour ce jour nos atomes charmés.

(Jules Laforgue)


Illustration: Vladimir Kush

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Le soleil… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
Le soleil…

Le soleil, une braise en un sombre encensoir
Dont la sanglante flamme aux bords des gués s’allume;
Le pâquis submergé jusqu’à l’horizon fume,
La rivière galope à travers les prés noirs.

Et partout, cette odeur d’herbe morte et d’écume,
D’inconnu s’enfuyant dans la brume du soir,
Comme un souffle d’amour si douce à percevoir
Parmi les joncs courbés que sa lqngueur parfume.

Mais le lointain soleil insensiblement meurt,
A peine reflétée à l’eau trouble qui vire,
La dernière clarté en frissons lents expire.

Tel un errant baiser, plus rien que cette odeur
Voluptueuse autant qu’un appel de chair nue
Qui monte dans la nuit où la clarté s’est tue.

(Marie Dauguet)

 

 

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L’Iris noir (Paule Riversdale)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2017




Illustration: Georgia O’Keeffe
    
L’Iris noir

DANS tes pétales de ténèbres
S’attristent les songes funèbres
Et les pressentiments du soir,
Long iris noir.

La Nuit aux mains prodigues verse
Des lueurs de lune perverse
Sur ton calice d’encensoir,
Long iris noir.

Tu fleuris à l’ombre rougie
D’une mélancolique orgie
Que l’aurore vient décevoir,
Long iris noir.

Tu meurs parmi les lassitudes
Abandonnant aux solitudes
Leurs frêles mains de désespoir,
Long iris noir.

(Paule Riversdale)

 

 

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«Aujourd’hui!» (Herman Melville)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2017



Adore les Roses sans retard,
Avant la chute de l’église de la rose,
Ou leurs encensoirs cessent d’osciller :
«Aujourd’hui!» invitent les prêtres de la rose.

(Herman Melville)

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Soirs d’automne (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2016



Soirs d’automne

Sentez-vous la douceur et la paix des longs soirs
Entre la lampe claire et la page du livre,
Pendant que sur la table, en achevant de vivre,
Quelques fleurs vers nos fronts penchent leurs encensoirs ?

Sentez-vous tout ce calme et ce profond silence,
Que l’horloge accentue avec son petit bruit
Qu’un autre petit bruit pareil imite et suit
Sur une interminable et parfaite cadence ?

C’est le charme infini de l’automne opérant
Sur l’esprit et le cœur de l’homme et sur les choses ;
Prodigieux effet né de divines causes
Que l’âme ne saurait définir, mais comprend.

Ce soir est fait de quiétude, et la confère.
Dans l’air que l’on respire il est une vertu
Qui vient subtilement, poète, penses-tu,
D’un peu de paradis épars en l’atmosphère…

(Albert Lozeau)

Illustration: Marie-Christine Thiercelin 

 

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Le Lis (I) (José-Maria de Heredia)

Posted by arbrealettres sur 11 septembre 2016



Splendide honneur de Mai, j’aime le Lis royal!
Sa tige est haute afin que rien ne le salisse;
Il s’exhale, la nuit, de son large calice,
Comme d’un encensoir, un parfum virginal.

Lorsque sur la nature a souri Floréal,
Il ouvre au bord des eaux sa robe blanche et lisse;
Malheur au criocère imprudent qui s’y glisse!
Il meurt, ivre d’amour. O fleur de l’Idéal!

O lis immaculé! Couronnant ta corolle,
Tes pistils d’or te font une fière auréole,
Et l’honneur pour emblème a choisi ta blancheur.

Dieu t’aimait, car il fit la Vierge à ton image,
Et mit sur la beauté de son jeune visage
Ta pudique noblesse et ta pâle fraîcheur.

(José-Maria de Heredia)

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BÉGUINAGE FLAMAND (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2016



BÉGUINAGE FLAMAND

I
Au loin, le Béguinage avec ses clochers noirs,
Avec son rouge enclos, ses toits d’ardoises bleues
Reflétant tout le ciel comme de grands miroirs,
S’étend dans la verdure et la paix des banlieues.

Les pignons dentelés étagent leurs gradins
Par où monte le Rêve aux lointains qui brunissent,
Et des branches parfois, sur le mur des jardins,
Ont le geste très doux des prêtres qui bénissent.

En fines lettres d’or, chaque nom des couvents
Sur les portes s’enroule autour des banderoles,
Noms charmants chuchotés par la lèvre des vents :
La maison de l’Amour, la maison des Corolles.

Les fenêtres surtout sont comme des autels
Où fleurissent toujours des géraniums roses,
Qui mettent, combinant leurs couleurs de pastels,
Comme un rêve de fleurs dans les fenêtres closes.

Fenêtres des couvents ! attirantes le soir
Avec leurs rideaux blancs, voiles de mariées
Qu’on voudrait soulever dans un bruit d’encensoir
Pour goûter vos baisers, lèvres appariées !

Mais ces femmes sont là, le coeur pacifié,
La chair morte, cousant dans l’exil de leurs chambres;
Elles n’aiment que toi, pâle Crucifié,
Et regardent le Ciel par les trous de tes membres !

Oh ! le silence heureux de l’ouvroir aux grands murs,
Où l’on entend à peine un bruit de banc qui bouge,
Tandis qu’elles sont là, suivant, de leurs yeux purs,
Le sable en ruisseaux blonds sur le pavement rouge.

Oh ! le bonheur muet des vierges s’assemblant !
Et comme si leurs mains étaient de candeur telle
Qu’elles ne peuvent plus manier que du blanc,
Elles brodent du linge ou font de la dentelle.

C’est un charme imprévu de leur dire « ma soeur »
Et de voir la pâleur de leur teint diaphane
Avec un pointillé de taches de rousseur
Comme un camélia d’un blanc mat qui se fane.

Rien d’impur n’a flétri leurs flancs immaculés,
Car la source de vie est enfermée en elles
Comme un vin rare et doux dans des vases scellés
Qui veulent, pour s’ouvrir, des lèvres éternelles !

II
Cependant, quand le soir douloureux est défunt,
La cloche lentement les appelle à complies
Comme si leur prière était le seul parfum
Qui pût consoler Dieu dans ses mélancolies !

Tout est doux, tout est calme au milieu de l’enclos;
Aux offices du soir la cloche les exhorte,
Et chacune s’y rend, mains jointes, les yeux clos,
Avec des glissements de cygne dans l’eau morte.

Elles mettent un voile à longs plis; le secret
De leur âme s’épanche à la lueur des cierges
Et quand passe un vieux prêtre en étole, on croirait
Voir le Seigneur marcher dans un jardin de Vierges !

III
Et l’élan de l’extase est si contagieux,
Et le coeur, à prier, si bien se tranquillise,
Que plus d’une, pendant les soirs religieux,
L’été répète encore les Ave de l’église.

Debout à sa fenêtre ouverte au vent joyeux
Plus d’une, sans ôter sa cornette et ses voiles,
Bien avant dans la nuit, égrène avec ses yeux
Le rosaire aux grains d’or des priantes étoiles !

(Georges Rodenbach)

Illustration: Winston Churchill

 

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ANALYSE (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2016



ANALYSE

Hélas ! c’est bien fini les anciennes candeurs,
Candeur d’aimer, candeur de croire,
Et candeur d’espérer en son âme d’ivoire
Immortaliser les odeurs.

C’est bien fini l’orgueil de dominer les foules
Comme une église, le clocher !
Et d’être un grand Poète ardent pour chevaucher
Le vents, les nuages, les houles !

C’est bien fini l’espoir d’un long amour, pareil
A la marche en fleur d’une allée
Qui pèlerine au loin et qui s’en est allée
Jusqu’au seuil rouge du soleil.

Fini! c’est bien fini, ma simple Ame fervente,
Ma belle Ame du temps défunt,
Qui savait aspirer la douceur d’un parfum
Sans avoir peur qu’il ne s’évente,

Qui se penchait, ravie et libre de remords,
Sur un plant de roses voisines
Sans se dire que leurs invisibles racines
Percent la terre où sont les morts.

On s’éprend désormais d’étranges nostalgies :
Haïr le noir, tacher l’azur,
Car tandis qu’on s’excite à séduire un coeur pur
On est chaste dans les orgies.

Oh ! l’âme inconséquente et les nerfs détraqués !
Marins rêvant de longs voyages
Et qui. sitôt en mer, parmi les blancs sillages
Ont le rappel des anciens quais.

On croit ne plus souffrir que sa Foi soit éteinte,
Encensoir qui n’a plus de feu,
Mais on sent tout à coup le grand regret d’un Dieu
Quand une cloche, le soir, tinte !

(Georges Rodenbach)

 

 

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BROUILLARD (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2016



BROUILLARD

Mon Ame, je voudrais te faire souvenir
Du beau soir vaporeux, du soir de l’autre année,
Du soir dont nous aimions la verdure fanée
Avec l’amour qu’on a pour ce qui va finir.

Rappelle-toi l’étang du parc avec son île
Formant comme un navire à l’ancre, enguirlandé
De feuillage, où le clair de lune avait brodé
Toute une floraison diaphane et mobile.

Rappelle-toi ce clair de lune si troublant !
On eût dit dans le ciel un visage d’aïeule
Qui te disait d’aimer, de ne pas vivre seule
Et qui te souriait de son sourire blanc.

O soir d’automne ! ô nuit d’amour ! heure divine !
Au parc seigneurial, l’évanouissement
Des arbres s’achevait mélancoliquement
Dans le brouillard subtil comme une cendre fine.

Paysage alangui ! Sentimental décor !
Dont le vague évoquait ta Féerie, ô Shakespeare !
Et le Robin des Bois de Weber où soupire
Toute une douleur d’âme en des appels de cor !

Dans l’air, s’éparpillait l’humide éclaboussure
D’un jet d’eau qui laissait, sous le grand ciel blafard,
S’égoutter son sang pâle à travers le brouillard
Comme si l’ombre blanche avait une blessure.

On ne sait quel encens d’occultes encensoirs
Traînait sous le feuillage une vapeur bleuâtre,
Et l’on eût dit qu’au loin des escaliers d’albâtre
Entraînaient un cortège à de blancs reposoirs.

Les chemins s’emplissaient de vagues mousselines,
Les arbres n’étaient plus qu’un rêve aérien;
On voyait tout se fondre, on n’entendait plus rien
Que des bruits de musique arrivant des collines,

De musique très lente et d’un rythme affligeant,
Comme si l’on chantait des absoutes de vierges
Où tout, le catafalque et la cire des cierges,
Serait d’un blanc de neige avec des pleurs d’argent.

Et cette impression funèbre était si forte
Dans le vent automnal et dans l’air indistinct
Qu’à voir la Lune pâle et son regard éteint,
O mon Ame, j’ai cru que la Lune était morte !

(Georges Rodenbach)

 

 

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