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Poésie

Posts Tagged ‘encercler’

VIEILLE MÉLODIE (Amir Or)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2019



 

Illustration: Luc Thébault
    
VIEILLE MÉLODIE

Même la séparation la plus légère est chargée de tristesse :
la vue de ce que nous étions s’est effacée,
elle choit de nos yeux et n’est plus,
accumule un automne de plus sur nos poitrines.

Même la séparation la plus légère est chargée de tristesse :
mais quand deux amants s’en vont, chacun son chemin
le cœur brûle sans se consumer, déraciné mais non sans racines,
le cœur trop lourd à porter.

Même si nous avons partagé l’ombre d’un arbre en chemin,
ces vies à nous ont passé comme des ombres ;
et si sous un coucher de soleil, nous avons partagé du bonheur
notre soleil s’est couché avec lui
dans une mer sombre.

Mais dans l’enveloppe du crépuscule, dans l’apaisement du vent
là, au-delà de la lumière qui noircit,
quand ils auront encerclé l’horizon du ciel,
nos yeux s’ouvriront sous des paupières de brume :

l’esprit souffle encore dans la forêt, l’ombre dans le feuillage,
et dans le paysage du coucher de soleil qui n’en finit pas
nous nous séparons vers un amour infini.

(Amir Or)

 

Recueil: Dédale
Traduction: Isabelle Dotan
Editions: MAËLSTROM

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UNE invasion de paroles (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2019




    
UNE invasion de paroles
tente d’assiéger le silence,
mais, comme toujours, échoue.

Elle essaie alors de coincer les choses
qui habitent le silence,
mais n’y arrive pas davantage.
Elle va finalement encercler les paroles
qui cohabitent avec le silence,
alors se produit l’imprévu :
le silence se convertit en paroles
pour mieux protéger les paroles
qui cohabitent avec lui.

Et pendant que l’invasion des autres paroles
se dissipe comme un souffle furtif,
l’insolite s’accomplit :
les paroles qui restent
ressemblent alors beaucoup plus au silence
qu’aux autres paroles.

(pour René Char)

***

UNA invasión de palabras
trata de acorralar al silencio,
pero, como siempre, fracasa.

Intenta luego arrinconar a las cosas
que habitan et silencio,
pero tampoco lo consigue.
Y va por fin a cercar a las palabras
que conviven con el silencio,
pero entonces se produce lo imprevisto :
et silencio se convierte en palabra
para proteger mejor a las palabras
que conviven con él.

Y mientras la invasión de las otras palabras
se desvanece como un soplo furtivo,
se completa lo insólito
las palabras que quedan
se asemejan ahora mucho mas al silencio
que a las otras palabras.

(para René Char)

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Onzième Poésie Verticale
Traduction: Fernand Verhesen
Editions: Lettres Vives

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PAROLE FAITE CHAIR (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018



Illustration: Josephine Wall 
    
PAROLE FAITE CHAIR

Parole dont le souffle est l’atmosphère qui encercle le monde,
Parole qui profère le monde qui fait tourner le vent,
Parole qui prononce l’oiseau qui s’élance dans les airs,

Parole qui efface la fanfare du soleil,
Dont le silence est le violon des étoiles,
Dont la mélodie est l’aube, et l’harmonie la nuit,

Parole tracée sur l’eau des lacs, et la lumière sur l’eau,
La lumière sur l’eau calme, l’eau mouvante, la cascade
Et les aquarelles du nuage, de la rosée, de la pluie spectrale,

Parole inscrite sur la pierre, ligne de crêtes sur fond de pierre,
Parole qui est feu du soleil et feu à l’intérieur
De l’ordre des atomes, symétrie cristalline,

Grammaire de la rose à cinq pétales et du lys à six pétales,
Spirale des feuilles sur une branche, hélice des coquillages,
Rotation des plantes qui s’enroulent sur des axes d’ombre et de lumière,

Sagesse instinctive du poisson, du lion et du bélier,
Rythme de la génération dans la stolonifère et la fougère,
Éclat d’aileron, battement d’aile, battement du coeur, mesure de la danse,

Hiéroglyphe exact où est dessinée
La plume, ou l’aile de l’insecte, réfraction des yeux multiples,
Les yeux des créatures, oh vision innombrable du monde,

Affirmation du mystère, comment nommer
Un esprit incarné en un monde, un monde fait homme?

***

WORD MADE FLESH

Word Whose breath is the world-circling atmosphere,
Word that utters the world that turns the wind,
Word that articulates the bird that speeds upon the air,

Word that blazes out the trumpet of the sun,
Whose silence is the violin-music of the stars,
Whose melody is the dawn, and harmony the night,

Word traced in water of lakes, and light on water,
Light on still water, moving water, waterfall
And water colours of cloud, of dew, of spectral raie,

Word inscribed on stone, mountain range upon range of stone,
Word that is fire of the sun and fire within
Order of atoms, cristalline simmetry,

Grammar of fave fold rose and six-fold lily,
Spiral of leaves on a bough, helix of shells,
Rotation of twining plants on axes of darkness and light,

Instinctive wisdom of fish and lion and ram,
Rhythm of generation in flagellate and fern,
Flash of fin, beat of wing, heartbeat, beat of the dance,

Hieroglyph in whose exact precision is defined
Feather and insect-wing, refraction of multiple eyes,
Eyes of the creatures, oh myriadfold vision of the world,

Statement of mystery, how shall we name
A spirit clothed in world, a world made man?

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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Tes doigts (Patrick Le Divenah)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2018




    
Tes doigts

c’est sur les touches d’un clavier de bel ivoire
que je les ai frôlés croisés enlacés même
avant d’encercler l’un d’entre eux disant je t’aime
sachant qu’il aurait la sagesse de me croire

cinq branches cinq ramures cinq indissociables
qui se doublent à dix pour couvrir mon visage
cinq chemins qui me composent un paysage
et me guident au creux d’une paume ineffable

j’avoue une faiblesse pour l’auriculaire
si frêle que l’on ose à peine l’effleurer
voilà peut-être pourquoi c’est ce petit frère

que j’ai adopté le premier ; sur le clavier
s’il s’égare c’est en sachant que je préfère
à celui de notre partition son doigté

(Patrick Le Divenah)

 

Recueil: Blasons du corps féminin
Traduction:
Editions: L’Échappée Belle

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Elle se concentre dans l’eau et lui dans l’air (Charles Dobzynski)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2018


sirene_Munch

Elle se concentre dans l’eau
Et lui dans l’air
Ils se rejoignent par le trouble
et se résorbent
par évaporation de l’aube
La source qui les encercle négocie
la rançon de l’ordre
Elle défie et délie les filets
de l’impossible
Toute reconnaissance
exige d’eux
la suspension des prothèses
du raisonnement.

(Charles Dobzynski)

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L’amitié au bout du monde (Dong Qiang)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



printemps

 

Les murs m’encerclaient de toutes parts,
les tombeaux s’égrenaient le long du chemin.
Accrochée aux branches de pins et de sophoras,
la lune si froide,
le monde au bout du monde si glacial!
Vous vous promeniez contre mon épaule,
et soudain le printemps me revint.

(Dong Qiang)

Illustration: Sandro Botticelli

 

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Huitième élégie (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
De tous ses yeux la créature voit l’Ouvert.
Seuls nos yeux sont comme retournés et posés autour d’elle
tels des pièges pour encercler sa libre issue.

Ce qui est au-dehors nous ne le connaissons
que par les yeux de l’animal.
Car dès l’enfance on nous retourne
et nous contraint à voir l’envers,
les apparences, non l’ouvert,
qui dans la vue de l’animal est si profond.
Libre de mort.

Nous qui ne voyons qu’elle, alors que l’animal
libre est toujours au-delà de sa fin:
il va vers Dieu; et quand il marche,
c’est dans l’éternité, comme coule une source.

Mais nous autres, jamais nous n’avons un seul jour
le pur espace devant nous, où les fleurs s’ouvrent
à l’infini. Toujours le monde, jamais le
Nulle part sans le Non, la pureté
insurveillée que l’on respire,
que l’on sait infinie et jamais ne désire.

Il arrive qu’enfant l’on s’y perde en silence,
on vous secoue. Ou tel mourant devient cela.
Car tout près de la mort on ne voit plus la mort
mais au-delà, avec le grand regard de l’animal,
peut-être. Les amants, n’était l’autre qui masque
la vue, en sont tout proches et s’étonnent…

Il se fait comme par mégarde, pour chacun,
une ouverture derrière l’autre…
Mais l’autre, on ne peut le franchir, et il redevient monde.
Toujours tournés vers le créé nous ne voyons
en lui que le reflet de cette liberté
par nous-même assombri.
A moins qu’un animal, muet, levant les yeux,
calmement nous transperce.

Ce qu’on nomme destin, c’est cela: être en face,
rien d’autre que cela, et à jamais en face.

S’il y avait chez l’animal plein d’assurance
qui vient à nous dans l’autre sens une conscience
analogue à la nôtre –, il nous ferait alors
rebrousser chemin et le suivre. Mais son être
est pour lui infini, sans frein, sans un regard
sur son état, pur, aussi pur que sa vision.
Car là où nous voyons l’avenir, il voit tout
et se voit dans le Tout, et guéri pour toujours.

Et pourtant dans l’animal chaud et vigilant
sont le poids, le souci d’une immense tristesse.
Car en lui comme en nous reste gravé sans cesse
ce qui souvent nous écrase, – le souvenir,
comme si une fois déjà ce vers quoi nous tendons avait été plus proche,
plus fidèle et son abord d’une infinie douceur.

Ici tout est distance, qui là-bas était souffle.
Après cette première patrie, l’autre lui semble équivoque et venteuse.
Oh! bienheureuse la petite créature
qui toujours reste dans le sein dont elle est née;
bonheur du moucheron qui au-dedans de lui,
même à ses noces, saute encore: car le sein
est tout. Et vois l’oiseau, dans sa demi-sécurité:
d’origine il sait presque l’une et l’autre chose,
comme s’il était l’âme d’un Etrusque
issue d’un mort qui fut reçu dans un espace,
mais avec le gisant en guise de couvercle.

Et comme il est troublé, celui qui, né d’un sein,
doit se mettre à voler!

Comme effrayé de soi,
il sillonne le ciel ainsi que la fêlure à travers une tasse,
ou la chauve-souris qui de sa trace raie le soir en porcelaine.

Et nous: spectateurs, en tous temps, en tous lieux,
tournés vers tout cela, jamais vers le large!
Débordés. Nous mettons le l’ordre. Tout s’écroule.
Nous remettons de l’ordre et nous-mêmes croulons.

Qui nous a bien retournés que de la sorte
nous soyons, quoi que nous fassions, dans l’attitude du départ?
Tel celui qui, s’en allant, fait halte sur le dernier coteau
d’où sa vallée entière s’offre une fois encor, se retourne et s’attarde,
tels nous vivons en prenant congé sans cesse.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Élégies de Duino
Traduction: François-René Daillie
Editions: La Différence

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CIMETIÈRE DE SINERA (Salvador Espriu)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018



Illustration: Jean-Claude Bourgeois
    
CIMETIÈRE DE SINERA

I
Par les ravines descend le char
du soleil, venant de crêtes
de fenouils et de vignes
que j’ai toujours en mémoire.
Je vais parcourir l’ordre
de verts cyprès immobiles
dominant la mer calme.

II
Quelle petite patrie
encercle le cimetière !
Cette mer, Sinera,
collines de pins et de vignes
poussière de ravines. Je n’aime
rien d’autre, si ce n’est l’ombre
voyageuse d’un nuage.
Le lent souvenir des jours
qui sont passés à jamais.

***

CEMENTIRI DE SINERA

I
Pels rials baixa el carro
del sol, des de carenes
de fonollars i vinyes
que jo sempre recordo.
Passejaré per l’ordre
de verds xiprers immòbils
damunt la mar en calma.

II
Quina petita pàtria
encercla el cementiri !
Aquesta mar, Sinera,
turons de pins i vinya,
pots de rials. No estimo
res mes, excepte l’ombra
viatgera d’un núvol.
El lent record deis dies
que són passats per sempre.

(Salvador Espriu)

 

Recueil: Cimetière de Sinera
Traduction: Mathilde et Albert Bensoussan et Denise Boyer
Editions: Ibériques

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Je cherche autour de moi (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018



 

Illustration: Karen L’Hémeury
    
Je cherche autour de moi plus d’ombre et de douceur
Qu’il n’en faut pour noyer un homme au fond d’un puits.

Encore un peu de noir, d’étoiles, de fraîcheur,
Versez, mains, et vous, cils, votre restant de nuit.
Il est place pour vous
Dans ces rumeurs obscures
Encerclant à la fois
Le vivre et le mourir.

Il est place pour vous,
Approchez, tendre ami, aux lèvres étonnées,
Gardiennes du plaisir
Qui tourne loin de nous.

(Jules Supervielle)

 

Recueil: Le forçat innocent suivi de Les amis inconnus
Traduction:
Editions: Gallimard

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Laisse laisse se taire (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018




    
laisse
laisse se taire
la mélodie trop claire de tes jambes
étends-toi le mouvement terrestre
ivre à force de veiller
t’accueille au creux de sa paume
la mer hisse les fanions des nuages
et ta nudité t’abrite
de tout ce qui n’est pas nu
humons dans la coupe du soir
le balbutiement des parfums

soudain nous apprenons que dans les feux de brousse
avec les mêmes yeux traqués
fuient les plus forts comme les plus craintifs
réconciliés par l’issue qui les happe
courant dansant galopant
devant le cheval aux sabots de cendre
dont ils ne voient qu’il les encercle
que dans leur folle volte-face

même endormis seuls dans ces lits trop vastes
ou dans l’eau murmurante toujours de l’étreinte
nous dérivons ainsi nativement
naufragés
sans pouvoir retrouver le nom
de l’orage
qui va plus vite

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Entre Flèche et Cri
Traduction:
Editions: Obsidiane

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