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Posts Tagged ‘enchanteur’

Le beau navire (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



 

Le beau navire

Je veux te raconter, ô molle enchanteresse !
Les diverses beautés qui parent ta jeunesse ;
Je veux te peindre ta beauté,
Où l’enfance s’allie à la maturité.

Quand tu vas balayant l’air de ta jupe large,
Tu fais l’effet d’un beau vaisseau qui prend le large,
Chargé de toile, et va roulant
Suivant un rythme doux, et paresseux, et lent.

Sur ton cou large et rond, sur tes épaules grasses,
Ta tête se pavane avec d’étranges grâces ;
D’un air placide et triomphant
Tu passes ton chemin, majestueuse enfant.

Je veux te raconter, ô molle enchanteresse !
Les diverses beautés qui parent ta jeunesse ;
Je veux te peindre ta beauté,
Où l’enfance s’allie à la maturité.

Ta gorge qui s’avance et qui pousse la moire,
Ta gorge triomphante est une belle armoire
Dont les panneaux bombés et clairs
Comme les boucliers accrochent des éclairs,

Boucliers provoquants, armés de pointes roses !
Armoire à doux secrets, pleine de bonnes choses,
De vins, de parfums, de liqueurs
Qui feraient délirer les cerveaux et les coeurs !

Quand tu vas balayant l’air de ta jupe large,
Tu fais l’effet d’un beau vaisseau qui prend le large,
Chargé de toile, et va roulant
Suivant un rythme doux, et paresseux, et lent.

Tes nobles jambes, sous les volants qu’elles chassent,
Tourmentent les désirs obscurs et les agacent,
Comme deux sorcières qui font
Tourner un philtre noir dans un vase profond.

Tes bras, qui se joueraient des précoces hercules,
Sont des boas luisants les solides émules,
Faits pour serrer obstinément,
Comme pour l’imprimer dans ton coeur, ton amant.

Sur ton cou large et rond, sur tes épaules grasses,
Ta tête se pavane avec d’étranges grâces ;
D’un air placide et triomphant
Tu passes ton chemin, majestueuse enfant.

(Charles Baudelaire)

Illustration: John William Waterhouse

 

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Ne chantez pas! (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2018




    
Ne chantez pas!
Ne chantez pas!
Votre voix enchanteresse
Me laisse
Las,
Ému.
Autrefois, dans une autre vie,
J’ai eu peut-être
Une fenêtre
Ouverte sur la nostalgie.

(Fernando Pessoa)

 

Recueil: Poèmes français
Traduction:
Editions: de la Différence

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Irrésolu (Pier Paolo Pasolini)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2018



Illustration: Edward Hopper
    
Irrésolu j’écoute en me levant
le son clair de mes pas; puis j’hésite
devant les sinistres volets clos.
(Dans quelle merveilleuse atmosphère se glisse
la lumière immaculée ? Et avec tant de tristesse ?).
Incertain j’ouvre le balcon : le ciel imprime
un silence sidéral sur les champs.

Et… si nos sens avaient raison, puis au loin
un chaste autocar déflore à peine
le silence, du côté des contreforts désolés.
Et le vrombissement enchanteur se dissipe.
Et moi je suis toujours là, penché sur mes feuilles ?
Ah images désespérantes, ah certitude
de n’être rien d’autre qu’une apparition
à la lumière…

***

Sospeso allora ascolto dei miei passi
il fresco suono, alzandomi; ma indugio
aile squallide imposte suggellate.
(In quell’aria meravigliosa il vergine
lume trapela? e con tale tristezza?).
Apro incerto il balcone: il cielo imprime
un silenzio sidereo sopra i campi.

Poi… se i sensi non errano, è un remoto
casto autocarro che disfiora appena,
ai desolati margini, il silenzio.
E il rombo incantevole dilegua.
Ed io mi trovo ancora chino sui miei fogli?
Ah disperante immagine, ah certezza
di non essere altri che un apparso
alla luce…

(Pier Paolo Pasolini)

 

Recueil: Je suis vivant
Traduction: Olivier Apert et Ivan Messac
Editions: NOUS

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Tout être jeune (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2018



 

Aron Wiesenfeld Snow_as_a_Girl

Tout être jeune est un enchanteur qui s’ignore

(François Mauriac)

Illustration: Aron Wiesenfeld

 

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Tel l’enfant (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



Illustration
    
Tel l’enfant animé d’un espoir enchanteur,
Si je croyais que l’âme, après mille douleurs,
Emportait, échappant à la chair qui empeste,
La mémoire et l’amour vers l’abîme céleste,
J’aurais depuis longtemps quitté ce monde-ci,
J’aurais brisé la vie, idole sans merci,
Volant vers un pays de liberté, de fête,
Vers un pays sans mort, sans forme toute faite,
Où la pure pensée luit dans l’azur bleuté…
Mais je m’abuse en vain de ce rêve exalté,
Ma raison me poursuit, méprise toute ivresse :
A la mort, le néant est la seule promesse.
Quoi, rien ? ni la pensée, ni le premier amour ?
J’ai peur ! Et je retourne, avide, vers le jour,
Et je veux vivre, et vivre, et qu’une image chère
Se cache, vibre et brûle en mon âme éphémère.

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: Le soleil d’Alexandre Le Cercle de Pouchkine
Traduction: André Markowicz
Editions: Actes Sud

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Le poète et la Muse (Constantin Cavàfis)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



Illustration: Eoghan de Leastar
    
Le poète et la Muse

LE POÈTE

Dans quel but le destin a-t-il voulu m’élire
poète, moi si faible, avec tous mes défauts ?
Car ma parole est vaine et les sons de ma lyre,
même les plus chantants, sonnent creux, semblent faux.

J’ai beau chercher à dire un sentiment sublime,
gloire et vertu ne sont qu’un rêve, je le sens.
Dans la désillusion mon oeil toujours s’abîme,
dans les ronces partout mon pied s’en va glissant.

Le monde est une froide et sombre comédie.
Mes chants non moins que lui se révèlent menteurs.
Chanter l’amour, la joie ? Infâme parodie,
infâme lyre, proie de spectacles trompeurs !

LA MUSE

Poète, tu n’es pas menteur. Ton monde à toi
est le seul vrai. Seules les cordes de ta lyre
savent la vérité ; elles seules, crois-moi,
au long de notre vie ont l’art de nous conduire.

Serviteur du divin, apprends quel est ton sort :
la beauté, le printemps. Une ode enchanteresse
est issue de ta bouche, et tu es un trésor
de parfums — une voix d’en haut, riche en promesses.

Si la nuit règne sur la terre, n’aie point peur.
Ne crois pas que cette ombre va durer encore.
Tu es près des plaisirs, des vallons et des fleurs ;
courage, et en avant ! Vois se lever l’aurore !

Seule une faible brume effarouche tes yeux.
Sous son voile, pour toi, la Nature accueillante
tresse roses, violettes, narcisses précieux,
couronne pour tes chants, récompense odorante.

(Constantin Cavàfis)

 

Recueil: Tous les poèmes
Traduction: Michel Volkovitch
Editions: Le miel des Anges

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En attendant une femme près d’une statue de femme (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



En attendant une femme près d’une statue de femme

Je rêve d’une femme, ah, qu’elle est sensuelle!
Brûlantes, ses si belles mains
Labourent mes cheveux et me soudent contre elle.

Femme à la peau qui luit dans le jour en déclin
Comme cette autre: la statue,
Que la lune salue de son rayon si fin.

Sa lèvre veut s’offrir comme celle, ingénue,
De pierre… offrant à la lueur,
A la lune en émoi, sa belle forme nue.

Sainte et lointaine femme au baiser enchanteur!
Sainte bouche enflammant ma bouche
Et s’y collant comme une pieuvre avec fureur!

Son parfum flotte, épais, m’étouffe sur sa couche,
Et mon cœur tremble en l’adorant
Tel un palmier haut et touffu que le vent touche.

Je montre la statue. Elle se met devant.
0 toi, statue incandescente,
Tu changerais la lune en un baiser fervent.

Près de toi, j’imagine une femme vivante.
Que la statue est froide! Oui, mais…
Ses seins luisants et fiers, dans ma bouche béante…

Amplement, je les mets.

(Attila Jozsef)


Illustration

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Non, madame (Voltaire)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2018



vases japonais

[…]

Non, madame, tous ces tapis
Qu’a tissus la Savonnerie,
Ceux que les Persans ont ourdis,
Et toute votre orfèvrerie,
Et ces plats si chers que Germain
A gravés de sa main divine,
Et ces cabinets où Martin
A surpassé l’art de la Chine ;
Vos vases japonais et blancs,
Toutes ces fragiles merveilles ;
Ces deux lustres de diamants
Qui pendent à vos deux oreilles ;
Ces riches carcans, ces colliers,
Et cette pompe enchanteresse,
Ne valent pas un des baisers
Que tu donnais dans ta jeunesse.

(Voltaire)

 

 

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L’adieu a une dame (Jules Verne)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2018




    
L’adieu a une dame

Lorsqu’Adam fut chassé de l’Eden enchanteur,
Il s’arrêta devant son entrée interdite,
Puis il maudit son sort, sa faiblesse séduite :
Ce qu’il voyait alors pressentait le malheur.

En promenant au loin sa misère et sa fuite,
Il apprit à porter son fardeau de douleur !
Il soupire un instant, puis il vit et s’agite :
Le mouvement pour lui devient consolateur !…

Vous, dont je n’aurai plus ni l’amour, ni les charmes,
Tel serai-je ! avec vous, je n’avais que des larmes,
Pour ce que je connus, je n’avais que soupirs !

Sans doute, en mon ciel, je me ferai plus sage ;
De la tentation je fuirai le naufrage !…
Pourtant je ne puis voir mon
Eden sans désirs !

(Jules Verne)

 

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Fantasme de Mambo (Elsie Suréna)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2018



Francis Picabia

 

Fantasme de Mambo

Esquisser de ma langue
Autour de ton nombril
Un vêvê pour Erzulie et
Dans un nuage d’encens brut
Chevaucher nue
Ton enchanteur poto-mitan
Au gré du lascif yanvalou
De ma croupe
Jusqu’à l’arc-en-ciel
De la transe

(Elsie Suréna)

Illustration: Francis Picabia

 

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