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Posts Tagged ‘enclore’

L’ILE (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2019



 

Hameau de la Reine Versailles [1280x768]

L’ILE

L’île basse, parmi les eaux, isole en elle,
Sous les pleurs du vieux saule et le frisson du tremble,
Le pavillon carré dont la tristesse semble
Enclore en son secret un silence fidèle.

Par les vitres, on voit, qui se décharne, l’aile
D’une harpe tendre ses cordes où il tremble
Un peu du frôlement des doigts qui l’ont ensemble
Fait vibrer doucement jadis, sonore et grêle.

Et le blanc pavillon de marbre et de cristal
S’est endormi, avec en lui l’accord final
Que le silence embaume en son ombre engourdie;

Et qui sait si le chant, par la fenêtre close,
N’en filtre pas encor pour charmer l’eau verdie,
Faire trembler le tremble et sangloter le saule?

(Henri De Régnier)

Illustration

 

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Le nom ne sert qu’a nommer (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 3 mai 2019


 


 

Pierre Marcel

Le nom ne sert qu’a nommer.
Dé-nommer les choses
les rejoindre en deçà du nom.
Dans le nom même qui les biffe,
les rature, les gomme,
le nom blesse la chose.
La chose blessée s’ouvre déjà
dans le nom, qui, dès lors, ne l’enclôt plus.

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Pierre Marcel

 

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Berceuse (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2018



    
Berceuse

Si un jour je te perds,
pourras-tu donc dormir
sans qu’au-dessus de toi
— couronne de tilleul —
je m’épande en soupirs ?

Sans que je veille et pose,
pareils à des paupières,
tant de mots sur tes seins,
tes membres et tes lèvres.

Ni sans que je t’enclose
seule avec tes secrets :
jardin plein de mélisse
et d’anis étoilé ?

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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L’horloge (Louis Mercier)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



horloge

L’horloge

Elle a l’air vaguement humaine
Avec sa face d’émail blanc,
Et sa robe couleur de chêne
Où bat son coeur rythmique et lent.

Elle habite un coin solitaire
Où l’araignée a son réduit,
Et fait son oeuvre de mystère
Sans se hâter, le jour, la nuit :

Elle vit à l’écart, étrange
Et respectée ; on la défend
Du heurt des chaises qu’on dérange
Et des gambades des enfants.

L’horloge valétudinaire
Craint les caprices des saisons ;
Elle vibre aux coups de tonnerre,
Le vent lui donne le frisson.

Elle a peur du cahot des roues,
Des portes qu’on ferme trop fort ;
Les jours de pluie, elle s’enroue,
Et le gel des grands froids l’endort.

Un souffle, un rien la contrarie,
Souvent même, on ne sait pourquoi,
S’arrête la fragile vie
Dont palpite son coeur de bois.

*

Tout dort. Rompus de lassitude,
Les hommes sont ensevelis
Entre leurs draps de toile rude,
Dans les ténèbres des grands lits.

Les troupeaux gisent près des crèches ;
Les boeufs, dans la paille affaissés,
Rêvent des prés, de l’herbe fraîche,
Et des sillons qu’ils ont tracés.

Le chien dort, et le coq sonore
Se tient muet sur son perchoir,
Car le jour n’est pas près d’éclore
Et le côté de l’aube est noir.

Le sommeil tient aussi les choses :
Les outils qui vivent dehors,
Les meubles que les murs enclosent
Et la maison même, tout dort.

Seule, dans l’anxieux silence,
Seule vivante en l’ombre immense,
L’horloge obscure ne dort pas,
Comme un pas lent, mais jamais las,

Ou comme le pouls d’une artère,
Ou le battement d’un coeur sourd,
Elle fait son brait solitaire,
Toujours, toujours, toujours, toujours.

(Louis Mercier)

 

 

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La rose épouse le silence (Gilles Baudry)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    

La rose épouse le silence qui l’enclôt.
Le vent. Les îles.
La hanche tiède et odorante des collines.
Tant de couleurs
dans l’éblouissement du jour présent
qu’on en oublie
de lever haut la tête pour mieux évaluer
l’état du ciel.

(Gilles Baudry)

 

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Tu tiens au doigt la lumière du monde (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2017



Ébranche ton orgueil, réduis le geste, ne t’emploie
qu’au brisement des terres les plus noires
et n’oublie pas d’enclore, d’irriguer.

Que ta main fasse voeu de connivence,
que la racine ait ta complicité
et le feuillage aux cimes ta louange.

Ta pauvreté se vêt de transparence,
ton ombre suit l’ombre de toute sève.
Muet, tu cries. Pesant, tu te délivres.
Seul, te voici de ruches habité.
Tu tiens au doigt la lumière du monde.

(Jean Joubert)

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Né pour toi (Xhevahir Spahiu)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2016



Né pour toi

L’amour loge partout, tout entier,
en nos yeux,
sur nos lèvres,
en leurs moindres silences, ils enclosent l’amour.

Tout comme dès avant nos deux naissances,
je t’attendais,
je t’attendais,
je t’attendais !

***

Për ty

Dashuria është e gjitha këtu,
tek këta sy,
tek këto buzë,
tek paksa heshtje midis tyre është dashuria.

Edhe atëherë kur të dy s’kishim lindur,
të prisja,
të prisja,
të prisja !

***

For You

Love is present in full.

In these eyes
In these words
In the brief silence between them is love.
And even before the two of us were born,
I was waiting for you! Waiting for you!
Waiting for you!

(Xhevahir Spahiu)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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MER (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2016



MER

J’AI voulu, sur un coquillage,
Graver tous les noms de la mer
Il n’en est qu’un, sur ce rivage,
Qui puisse enclore mon désert.

(Louis Emié)

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Les peupliers d’argent (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2015


Les peupliers d’argent
Qui s’inclinent sur l’eau
Savent tout, mais ne parleront jamais.
Le lys de la fontaine
Tait sa tristesse.
Tout est plus digne que l’humanité!

Face au ciel étoilé, la science du silence
Appartient à la fleur tout autant qu’à l’insecte.
La science du chant pour le chant
Habite les bois murmurants
Et les flots de la mer.
Le silence profond de la terre qui vit,
C’est la rose qui nous l’enseigne
Au rosier épanouie.

Il faut répandre le parfum
Que nos âmes enclosent!
Il faut être musique,
Tout lumière et bonté.
Il faut s’ouvrir entier
A l’obscur de la nuit
Pour nous emplir d’immortelle rosée!

Il faut coucher le corps
Dans notre âme inquiète!
Aveugler nos regards du jour de l’au-delà.
Nous devons nous pencher
Sur l’ombre de nos coeurs
Et jeter à Satan l’astre qu’il nous tendit.

Il faut imiter l’arbre
Constamment en prière
Et l’eau de la rivière
Fixe en l’éternité!

Il faut blesser son âme aux griffes des douleurs
Pour qu’y entrent les flammes
De l’horizon astral!

Alors dans l’ombre de l’amour défait
Jaillirait une aurore
Tranquille et maternelle.
Des cités dans le vent disparaîtraient
Et sur un nuage Dieu même
Viendrait nous visiter.

(Federico Garcia Lorca)

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En toi ces amours que les morts ont laissées (Jean-François Mathé)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2015



en toi ces amours que les morts ont laissées
tu les enclos pour que le ciel ne les gagne
et les tue avec le bleu terrible des
saisons tu es seul
la pluie froide épaule
se charge de tous les toits tuiles oublis
laissant le vent des rues errer dans notre sang
alors nous crions de la douce douleur
d’être vivants avec des corps et des sommeils
toi tu es là dans la pire des nuits
préservant contre tout un éclat d’étoiles

(Jean-François Mathé)


Illustration: Sabin Balasa

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