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Poésie

Posts Tagged ‘encombrer’

J’avais pensé partir… (Stéphane Bataillon)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2019



Illustration
    
J’avais pensé partir…

J’avais pensé partir
avant la fin du jour

Éviter les remous
pour m’en aller léger
et n’encombrer personne

Mais je dois me résoudre
à rattacher la barque
aux lourds anneaux du port
car ce soir il est tard

Trop pour prendre la mer.

*

Je n’ai pas la douleur
Je n’ai pas le besoin
et je n’ai pas l’exil

J’ai juste perdu
Celle que j’aimais.

**

Je t’avais promis une caresse chaque soir
désormais ce sera un poème.

(Stéphane Bataillon)

 

Recueil: Quand on n’a que l’amour
Editions: Bruno Doucey

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A ma femme endormie (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2018



 

Felix Mas -   (55) [1280x768]

A ma femme endormie

Tu dors en croyant que mes vers
Vont encombrer tout l’univers
De désastres et d’incendies ;
Elles sont si rares pourtant
Mes chansons au soleil couchant
Et mes lointaines mélodies.

Mais si je dérange parfois
La sérénité des cieux froids,
Si des sons d’acier ou de cuivre
Ou d’or, vibrent dans mes chansons,
Pardonne ces hautes façons,
C’est que je me hâte de vivre.

Et puis tu m’aimeras toujours.
Éternelles sont les amours
Dont ma mémoire est le repaire ;
Nos enfants seront de fiers gas
Qui répareront les dégâts,
Oue dans ta vie a faits leur père.

Ils dorment sans rêver à rien,
Dans le nuage aérien
Des cheveux sur leurs fines têtes ;
Et toi, près d’eux, tu dors aussi,
Ayant oublié, le souci
De tout travail, de toutes dettes.

Moi je veille et je fais ces vers
Qui laisseront tout l’univers
Sans désastre et sans incendie ;
Et demain, au soleil montant
Tu souriras en écoutant
Cette tranquille mélodie.

(Charles Cros)

Illustration: Felix Mas

 

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Ne crie pas… (Vénus Khoury-Ghata)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2018



 Illustration: Pascal Renoux
    
Ne crie pas…

Ne crie pas
sollicite à voix basse la sueur écarlate
traîne-la par les cheveux hors du mur circulaire
et de sa rouge meurtrière

Humecte la ligne de partage entre aine et plaine
là où guette l’abeille
celle qui perce le vide
étourdit le sang
enfume labyrinthe et gosier

Ne crie pas te dis-je si tu veux entraîner le monde dans ta noyade
nage en amont en abysses dans un bruit de vagues et de vasques

Refoule l’écume
elle encombre le seuil
obstrue la voûte
réveille par son clapotis barque et timonier

À main basse te dis-je

(Vénus Khoury-Ghata)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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LA RETRAITE (La Flûte de Jade)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2018



Shitao -autoportrait

 

LA RETRAITE

Comme je ne sors plus d’ici, le monde ne s’occupe plus de moi.
Je vis en paix. Depuis combien de temps, au juste?
Il doit y avoir deux ou trois ans,
puisque tant de feuilles noircies de mes poèmes encombrent ma table,
et puisque mon petit garçon parle déjà.

Je considère avec pitié mes semblables
qui se fatiguent à la recherche de la fortune ou de la gloire.
Je me demande ce qu’ils en auront, dans la tombe.

Le sourire de mon petit garçon a, pour moi,
plus de prix que tous les trésors du monde.
Et quand j’ai composé quelques bons vers,
j’éprouve une satisfaction
que n’a jamais connue l’Empereur des Cinq Fleuves.

(La Flûte de Jade)

 Illustration: Shitao

 

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Comme les hirondelles (Gabriel Cousin)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2018



Comme les hirondelles

Le temps avait passé.
La maison s’était assoupie.

Les filles étaient parties.
Des gendres barbus
étaient venus s’installer à notre table.

Et voici les chambres se recouvrent de linge blanc.
Les langes encombrent les baignoires.
Les placards s’entrouvrent
libérant les cris et les rires
que nous venions de ranger.

Dans la maison vieillissante,
avec le printemps,
les hirondelles sont revenues.

(Gabriel Cousin)


Illustration

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Avec un cheval… (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018




    
Avec un cheval…

Avec un cheval
Ou bien un chameau
On peut aller jusqu’au Sénégal
Avec dix chevaux
Par monts et par vaux
On peut aller jusqu’à l’hôpital
On peut même aller jusqu’au tombeau
Mais le plus beau
C’est qu’on a une contravention
Désolation
Pour avoir
Sans savoir
Encombré
Le pavé
Et maculé
L’asphalte avec son sang.
C’est inique
Agaçant
Pathétique
Et mécanique
Ce n’est plus dix chevaux
Mais plutôt dix chameaux
Moins la sobriété,
Car à votre santé,
Ça boit l’essence à flots
C’est inique
Agaçant
Pathétique
Épuisant
La dix chevaux
C’est une dix chameaux.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Guérison (Odilon-Jean Périer)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



Illustration: Theodore Chassériau
    
Guérison

Le gazon nourri des vertes banlieues,
Ma forêt d’amour aux chemins vernis,
Sont tout pénétrés d’une pâte bleue
– D’un azur solide où planter des nids.

Fuyons les pays que leur gloire encombre
(Quel désert superbe on ferait ici)
Nous irons au bois fouler le décombre
De tout ce laurier cher à mes amis

Il faut mettre au vert notre poétique.
Ne te grise plus de métaphysique,
Laisse épanouir ton corps triomphant.

Tout s’arrangera si tu es bien ivre !
Muse des taillis qui ris de mes livres,
Allons dans les bois te faire un enfant.

(Odilon-Jean Périer)

 

 

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Dépouille-toi (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 21 janvier 2018



Dépouille-toi
Retire de toi
tout ce qui
t’encombre
te restreint

Puis abandonne-toi

Entre dans la passivité
l’état où tu connais
la plus haute densité
la plus vaste extension

(Charles Juliet)


Illustration: Odilon Redon

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Comme un jardin à l’abandon (Aurélia Lassaque)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2017



Illustration: Céline Decubber
    
Comme un jardin à l’abandon

Comme un jardin à l’abandon
Ta peau
Comme un jardin à l’abandon
Avec beaucoup de fleurs dedans.

Tu dis — J’aime tes longs cheveux —

Dans le creux de ta main
La clé d’une maison inconnue;
Celle de tes ancêtres.

Tu dis que les volets ont perdu leur couleur,
Comme les vieilles tortues qui encombrent la mer.
Tu as dénudé tes yeux
Sur mon épaule.

À l’heure de la prière,
Nous avons dessiné des oiseaux
Avec l’ombre de nos mains.

Tu me parlais d’arbres
Qui ouvrent leurs feuilles
Au clair de lune.

Et je ne t’écoutais pas.
Je ne voyais déjà plus tes mains
Qui ouvriraient
Bientôt loin de moi
Les volets ternes d’une maison
Au bord d’une rivière
Dont tu ne m’as jamais donné le nom.

(Aurélia Lassaque)

 

Recueil: Quand on n’a que l’amour
Editions: Bruno Doucey

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J’ai vu (Alain Serres)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2017



J’ai vu

J’ai vu des truites troubles
Faire ricocher
Tous les bleus du ciel
Jusque dans le moteur
Des rochers noirs.

J’ai vu des rochers noirs
Ne rêver
Que d’être des grues
Pour déplacer les ombres
Encombrant leur épaule lourde.

J’ai vu des épaules lourdes
Mourir
Pour moins qu’un pétale,
Pour n’avoir rien vu
Plus en aval.

(Alain Serres)

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