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SI LA PEINE PEUT TE PEINER (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




Illustration: Catherine Besnard
    

SI LA PEINE PEUT TE PEINER

Si la peine peut te peiner,
Le deuil en écho t’endeuiller,
T’attendrir aucune pitié,
Viens-t’en sur l’heure!

Je ne saurais être plus seule
Ni broyer plus noires pensées :
Tant bat pour toi mon coeur usé
Qu’il va se rompre.

Quand je suis méprisée du monde
Et, priant, du ciel rebutée,
Mon ange va-t-il pas m’entendre,
Me consoler?

Si! Tant d’heures à me languir
Avec tant de larmes versées
Vont pour sûr te reconquérir,
Mon bien-aimé!

***

IF GRIEF FOR GRIEF CAN TOUCH THEE

If grief for grief can touch thee,
If answering woe for woe,
If any ruth can melt thee,
Come to me now!

I cannot be more lonely,
More drear I cannot be 1
My worn heart throbs so wildly
‘Twill break for thee.

And when the world despises,
When heaven repels my prayer,
Will not my angel comfort?
Mine idol hear?

Yes, by the tears I’ve poured thee,
By all my hours of pain,
O I shall surely win thee,
Beloved, again !

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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Vous êtes ô Parfums (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017



Illustration
    
Vous êtes ô Parfums,

D’une ivresse plus délectable et plus choisie
Que la caresse aux yeux, où leur splendeur s’imprègne,
Des chappes raidissant leur moire cramoisie
Et portant, d’or fané, l’agneau blessé qui saigne;

Plus naïfs et plus doux que n’est au crépuscule,
Sous des pins bleuissants embaumant la résine
Où quelque lueur d’astre en frissonnant circule,
Un champêtre duo de flûte et de clarine;

Plus somptueux et lents que le cours de l’Erèbe
Fluant son onde lourde aux plages léthargiques;
Qu’en l’honneur d’un héros, une marche funèbre
Déroulant pesamment son rythme pathétique.

Vous remplissez les coeurs d’un plus triste vertige,
D’un effroi plus aigu que l’aboi spleenitique
Lointainement d’un loup dans la nuit qui s’afflige,
Endeuillant les crénaux des donjons romantiques.

Plus que le son des cors aux ténébreuses fresques
Des forêts déchaînant le hurlement des meutes,
Parfums, vous provoquez, des désirs titanesques,
Dans l’ombre de nos coeurs les rougeâtres émeutes.

Vous êtes, ô parfums, plus comblés d’inertie
Que les violets sourds qui tombent des verrières,
Distributeurs savants de cette ataraxie
Qu’implorent nos douleurs dont le cri s’exaspère;

Plus résignés qu’ils sont en leur torpeur hindoue,
Où tout geste s’est tu, où nul désir ne râle,
Les tons silencieux dont la houle se joue,
Mer extatique, au dallage des cathédrales.

Endormeuse harmonie errante dans l’espace
Et qui bercez d’oubli nos âmes faméliques,
Vous surpassez la paix qui descend des rosaces
Quand s’unit l’orangé aux bleus mélancoliques.

Perçant l’opacité morne où nos sens résident,
Vous êtes, défiant le plus subtil orchestre,
De l’immense inconnu le langage fluide,
La voix de l’au-delà dans sa forme terrestre.

(Marie Dauguet)

 

 

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