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Poésie

Posts Tagged ‘endroit’

Une chose coulant d’une autre (Geoffrey Squires)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019




    
Une chose coulant d’une autre

vers où un endroit que l’on imagine
cela restera
finalement s’y arrêtera
une espèce de destination

au-delà de laquelle on ne va pas
ou ne peut aller ou n’a pas besoin d’aller

***

One thing flowing from another

to where in some place one imagines
it will stay
come to rest finally
some kind of destination

beyond which one does not go
or cannot go or has no need to go

(Geoffrey Squires)

 

Recueil: SANS TITRE
Traduction: François Heusbourg
Editions: Unes

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Venir ici (Geoffrey Squires)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019




Illustration: ArbreaPhotos
    
Venir ici c’est retrouver le lieu
comme si rien n’avait changé
et tout ce qui s’était passé dans l’intervalle
n’avait eu aucune conséquence aucune importance
pour cet endroit les chemins les arbres
la lumière tombant à travers le silence

***

To come here is to know it again
as if nothing had changed
and all that had happened in the meantime
was of no consequence had no import
for this place the paths the trees
the light falling through the silence

(Geoffrey Squires)

 

Recueil: SANS TITRE
Traduction: François Heusbourg
Editions: Unes

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QUADRATURE DU CERCLE (Jan Skacel)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2019



Illustration: Adrian Higgins
    
QUADRATURE DU CERCLE

Les diverses distances de l’automne
et l’endroit saupoudré de sciure
qui restera
quand le cirque aura quitté la ville

Et mme longtemps après
en rentrant de l’école
les enfants font un crochet par la place
pour humer le lion

(Jan Skacel)

 

Recueil: Millet Ancien
Traduction: Yves Bergeret & Jiri Pelan
Editions: Atelier la Feugraie

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L’abîme n’admet pas l’ordre (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2019




    
L’abîme n’admet pas l’ordre,
le désordre non plus.
Et nous savons que tout est un abîme.

Pourtant,
le jeu de la feuille et du vent
s’achève toujours à l’endroit le plus exact.
Et aucune feuille ne souille
le lieu où elle tombe.

Il se peut qu’une feuille ordonne
ou peut-être désordonne
une autre face de l’univers.

***

El abismo no admite el orden,
pero tampoco el desorden.
Y sabemos que todo es un abismo.

Sin embargo,
el juego de la hoja y el viento
siempre acaba en el sitio más exacto.
Y ninguna hoja ensucia
el lugar donde cae.

Quizá una hoja ordene
o tal vez desordene
otra faz del universo.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Il y a un nom perdu (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2019




    
Il y a un nom perdu.

Nous ne savons pas s’il a toujours été perdu,
une seconde après avoir été prononcé
ou peut-être déjà d’avant.

Nous ne savons pas si quelqu’un l’a caché
et oublia l’endroit,
ou si l’endroit disparut de lui-même.

Nous ne savons pas s’il fut peut-être retiré
du flux furtif des noms
afin de préserver une anomie
indispensable dans l’ouvert.

Nous ne savons pas si la futilité de l’homme
le laissa choir
comme un déchet supplémentaire
dans la pente générale des déchets.

Mais maintenant il nous manque.
Non pour désigner ceci ou cela
parmi tant de choses qui n’ont pas de nom.

Son manque nous affecte plus au fond :
le nom perdu
fracture les noms du reste des choses.

Le nom perdu
creuse petit à petit les autres noms
et nous abandonne dans ce presque unanime désert de mots,
où le vent de la nuit
change de place tous les lieux.

Le vent de la nuit
ou une topographique vengeance de l’abîme.

De sorte que la perte d’un nom
nous a fait perdre tous les noms.

***

Hay un nombre perdido.

No sabemos si estuvo siempre perdido,
desde un segundo después de articulado
o quizá desde antes.

No sabemos si alguien lo ocultó
y olvidó el lugar
o si el lugar desapareció por si mismo.

No sabemos si tal vez fue retirado
del flujo furtivo de los nombres
para preservar una anomia
imprescindible en lo abierto.

No sabemos si la trivialidad del hombre
dejó que se cayera
como un desecho mas
en el declive general de los desechos.

Pero ahora lo extrañamos.
No para designar esto o aquello
entre tantas cosas que no tienen nombre.

Su falta nos afecta más adentro:
el nombre perdido
fractura los nombres de todas las otras cosas.

El nombre perdido
ahueca poco a poco todos los otros nombres
y nos deja abandonados en este casi un
unánime desierto de palabras,
donde el viento de la noche
cambia de sitio todos los lugares.

El viento de la noche
o una topográfica venganza del abismo.

Así el extravío de un nombre
nos ha hecho perder todos los nombres.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Que faire avec ce qui est flétri ? (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2019




    
Que faire avec ce qui est flétri ?
Le cacher, l’enterrer
ou le placer comme une fleur
entre les feuilles d’un livre ?

Ce qui est flétri préfère rester en nous,
tomber, se réfugier ici
jusqu’à se changer en poussière.
Alors cela fait déjà partie de nous
et accompagne notre flétrissement.

Et nous, sur qui tomberons-nous ?
Où poursuivre notre dérive vers la poussière ?
Y a-t-il pour nous garder un autre endroit
où la poussière fleurirait
derrière tant d’ombre ?

Il suffit, qui sait, d’un endroit moins furtif
où un rayon de soleil éclaire la poussière.
Il se peut que toute flétrissure
n’attende seulement
que ce coup de lumière.

***

¿ Qué hacer con lo marchito?
¿ Esconderlo, enterrarlo
o ponerlo como una flor
entre las hojas de un libro?

Lo marchito prefiere estar en nosotros,
caer, refugiarse aquí,
basta que se convierta en polvo.
Entonces ya forma parte de nosotros
y nos acompaña a marchitarnos.

Y nosotros ¿en quién caeremos?
¿ Dónde proseguir nuestra deriva hacia el polvo?
¿ Habrá otro lugar para guardarnos,
donde el polvo florezca
detrás de tanta sombra?

Tal vez baste un sitio menos furtivo
donde un rayo de sol alumbre el polvo.
Quizá todo lo marchito
espere únicamente
ese golpe de luz.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Offrandes (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2019




    
Offrandes

Aux quatre points cardinaux du mot maintenant
À l’endroit à l’envers au cœur du mot ici
À la respiration d’ailes de papillon du mot peut-être
À l’entre soupir-et-sourire du mot autrefois
À l’hésitation sur la pointe des pieds du mot demain

À la clarté tranquille de ton nom à voix basse

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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Allonge-toi maintenant mon amour (Rutger Kopland)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2019




    
Allonge-toi maintenant mon amour dans le jardin,
les endroits vides dans les hautes herbes, voilà
ce que j’ai toujours voulu, être un endroit
vide pour quelqu’un, pour rester.

(Rutger Kopland)

 

Recueil: Souvenirs de l’inconnu
Traduction: Paul Gellings
Editions: Gallimard

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CONTEMPLATION (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2018




CONTEMPLATION

Les formes épouvantées moururent et il n’y eut plus
ni au-dehors ni au-dedans. Nul n’écoutait l’endroit
car cet endroit n’existait plus.
A seule fin d’écouter les voici qui écoutent l’endroit.
A l’intérieur de ton masque la nuit lance des éclairs.
On te transperce de croassements.
On te martèle avec des oiseaux noirs.
Des couleurs ennemies s’unissent dans la tragédie.

(Alejandra Pizarnik)

Illustration: Caspar David Friedrich

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CHOSES (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018



CHOSES

Il y a pour m’étonner et me convaincre cette lampe sûre
de sa clarté double, ce buste de penseur aux tempes
irritées de signes, ce miroir qui n’épuise pas sa multiple aventure.

Irradiation des choses !

L’envers et l’endroit se trahissent en croisant leurs feux :
ce verre d’eau me parle avec les mots de la source,
cette main nervurée m’explique le marbre.

… Puis il y a ce couteau planté dans l’écorce de la nuit.

(Jules Tordjman)

Illustration: Ben Madeska

 

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