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Poésie

Posts Tagged ‘endurer’

UNE COMPLAINTE JUIVE (David Einhorn)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2019



Illustration: Rafal Olbinski
    
UNE COMPLAINTE JUIVE

Comme à leur arc rivées
Les cordes sont tendues,
Tirées à se briser
Par des mains inconnues,
Mais sans frémir, muettes,
Comme avant la tempête
Dans les yeux la tristesse
Se calcine, embrasée.

Terrifiant silence
Qu’on ne peut endurer,
Douleur à ne pas dire
Plaie à ne pas montrer,
Comme harpes qui pendent
Muettes sur les branches
Quand dans les doigts se fendent
Les sanglots étranglés.

Pourtant les heures restent
Quand l’océan s’endort,
Que du bleu sourd le presque
Imperceptible accord,
Vers nous, de chaque corde,
Un écho monte alors,
Comme prière il flotte
Comme une voix implore.

Tout s’allège et la peine
Peut alors déposer
Au coeur comme au désert
Un semblant de rosée.
Le réconfort nous berce
Comme longue langueur,
Une complainte juive
Se trempe dans les pleurs.

(David Einhorn)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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RONDEAU DE L’HOMME LASSÉ DE SOI (André Berry)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2019



Illustration: Vincent Van Gogh
    
RONDEAU DE L’HOMME LASSÉ DE SOI

Quoi! toujours toi, quand rien de moi ne t’aime,
De ma personne indétrônable roi,
Ô monotone et tenace moi-même,
Gui parasite au sein d’un meilleur Moi!
Traînant partout tes humeurs inégales,
Tes muscles mous et tes nerfs anxieux,
Et ton cœur sec et tes sens vicieux,
Tes viles soifs, tes grossières fringales,
Quoi! toujours toi!

Quoi! toujours toi, toujours avide et vide,
Tenté d’agir, vautré sur le tapis,
Bouffi mais creux, arrogant mais pavide,
Menteur, jaloux, glouton, paillard et pis!
Jusques à quand faut-il que je t’endure,
Plat compagnon à mes pas attaché,
Fâcheux démon en mon ange caché,
Suppôt d’orgueil, d’envie et de luxure?
Quoi! toujours toi!

J’ai beau vouloir te noyer dans les veilles,
Dans le travail, le plaisir et le vin :
Sous mon habit toujours tu te réveilles
Aussi présent, aussi banal et vain.
Hôte indiscret, en moi tu fais demeure;
Toujours chassé tu ramènes toujours
Tes bas désirs et tes pauvres amours,
Et pas un être en qui te perdre une heure…
Quoi! toujours toi!

(André Berry)

 

Recueil: Poèmes involontaires suivi du Petit Ecclésiaste
Traduction:
Editions: René Julliard

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Envoi (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019


ENDORMIE

Puisse en l’attente qu’il endure
Mon coeur las de vivre à demi
Mourir d’entendre le murmure
Qui tient ce qu’il aime endormi

(Joë Bousquet)

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L’autre jour (Adamis Jamyn)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2019



 

Peter Alexander Hay the-eve-of-st-agnes

L’autre jour que mon œil regardait d’aventure
Le vôtre, et mon esprit volait à l’environ,
De vos almes regards je devins un larron,
Dont j’ai vécu depuis, heureuse nourriture.

Vos regards sont faillis, et l’âme qui endure,
Mourante sans appâts, pleine d’affliction,
Me contraint retourner, et sans discrétion
En dérober encor pour ma douce pâture.

Je sais bien que je suis sacrilège et malin
De mortel dérober le bien qui est divin,
D’un semblable larcin fut puni Prométhée,

Ainsi contre un rocher il pleura son péché,
Et moi, pour me nourrir d’une œillade empruntée,
Contre un roc de rigueur je languis attaché.

(Adamis Jamyn)

Illustration: Peter Alexander Hay

 

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Si tu ne parles pas (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2019




    
Si tu ne parles pas, certes j’endurerai ton silence;
j’en emplirai mon coeur.
J’attendrai tranquille, la tête bas penchée,
et pareil à la nuit durant sa vigile étoilée.

Le matin sûrement va venir;
la ténèbre céder, et ta voix va s’épandre en jaillissements d’or ruisselant à travers le ciel.
Tes paroles alors s’essoreront en chansons de chacun de mes nids d’oiseaux
et tes mélodies éclateront en fleurs sur toutes les charmilles de mes forêts.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’offrande lyrique
Traduction: André Gide
Editions: Gallimard

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ASSEZ (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2019



ASSEZ

Quand serai calme, enfin, j’écrirai, oui, un vers
Qui vous dira combien je suis seul et j’endure…
Mais voulant déchiffrer les mots, sous les ratures,
Je ne sais presque plus ce que j’ai voulu hier…

Pleurant je me suis dit que plus ne dois pleurer…
Qu’avais-je donc, ma foi ?

Qui sait, sais-je moi-même, en ce temps, quels pensers
M’habitaient dans le bois ?

J’écrirai, oui, un vers, quand serais calme enfin…

(George Bacovia)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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La Lumière (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2018


direct sun light

Si je n’avais jamais vu le Soleil
J’aurais pu endurer l’ombre
Mais la Lumière a transformé mon Désert
En un nouveau Désert –

***

Had i not seen the Sun
I could have borne the shade
But Light a newer Wilderness
My Wilderness has made –

(Emily Dickinson)

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La Dent (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2018



Ce Monde n’est pas une Conclusion.
Il y a une Vie au-delà –
Invisible – comme la Musique –
Mais positive – comme le Son –
Elle fait signe, elle déconcerte –
La Philosophie – connaît pas –
Et, à travers une Enigme, enfin –
La Sagacité finit par se faufiler –
La deviner tourmente les clercs –
Pour l’avoir, les Hommes ont enduré
Le mépris des Générations
Et la Crucifixion montré du doigt –
La Foi glisse – et rit reprend des forces –
Rougit, devant témoin –
Tire sur une brindille de Preuve –
Demande à une Girouette, le chemin –
Des grands Gestes, de la Chaire –
Roulent de puissants Alléluias –

Aucun Narcotique pour calmer la Dent
Qui grignote l’âme –

(Emily Dickinson)

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Le dormeur du sorbier (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2018




Le dormeur du sorbier
Gorgé de terre autant qu’un rêve peut le savoir,
Gorgé de rêve autant qu’un arbre peut l’endurer,
Envoie chanter l’oiseau dans les airs,
Gorgé de vie autant qu’un chant peut le crier,
Mais le chant déborde,
Car pressant sur la profonde racine de l’arbre,
Encore souterrain et informe, pèse le monde.
Le monde envahissant doit briser le rêve,
Si lourd est le poids du ciel,
Si violent le cours de l’eau,
Si vastes les collines qui pourraient naître,
Par-delà le langage de l’oiseau
La voix de la montagne qui pourrait chanter,
Le monde sauvage qui pourrait devenir l’homme :
Le rêve a débordé l’arbre.

***

The sleeper of the rowan tree
As full of earth as dream can know,
As full of dream as tree can bear
Sends the bird singing in the air
As full of world as song can cry,
And yet the song is overflowed,
For pressing at the tree’s deep root
Still underground, unformed, is world.
The invading world must break the dream
So heavy is the weight of sky,
So violent the water’s flow
So vast the hills that would be born,
Beyond the utterance of bird
The mountain voice that would be sung,
The world of wild that would be man:
The dream has overflowed the tree.

(Kathleen Raine)

Illustration: John William Waterhouse

 

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ROC (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2018




ROC

Ce qu’il y a de pierre en moi connaît la pierre,
Substance du roc qui se rappelle l’interminable interminable
Simplicité de l’immobile
Tandis que les soleils torrides, les âges de glace
Passent sur le visage du roc aussi vite que les jours.
Dans le plus long des temps se font les changements du roc,
Au plus lent de tous les rythmes, les pulsations
Qui soulèvent du coeur de la planète les chaînes de montagnes
Et les désagrège en sable au fond de la mer.

Demeure en moi la trace de la durée du roc.
Ma substance éphémère était immobile dans les veines de
la terre depuis le commencement,
Attendant patiemment sa délivrance, ne demandant pas
Quand viendrait, quand, la floraison, le flot,
La vibration, l’éveil, l’envol,
Cette nuit attendue longtemps, la venue de l’époux.

Ce qu’il y a de pierre en moi connaît la pierre,
Dont le seul état est la stase
Tandis que le cycle lent des étoiles fait tournoyer un monde de rocs
A travers les années-lumière où dans mon cauchemar je tombe en criant :
 » Dois-je traverser une distance insondable pour toujours et toujours ?  »
Tout ce qui est roc en moi répond :
 » Toujours, s’il le faut ; sois, et dure ; endure.  »

***

ROCK

There is stone in me that knows stone,
Substance of rock that remembers the unending unending
Simplicity of rest
While scorching suns and ice ages
Pass over rock-face swiftly as days.
In the longest time of all come the rock’s changes,
Slowest of all rhythms, the pulsations
That raise from the planet’s core the mountain ranges
And weather them down to sand on the sea-floor.

Remains in me record of rock’s duration.
My ephemeral substance was still in the veins of the earth
from the beginning,
Patient for its release, not questioning
When, when will come the flowering, the flowing,
The pulsing, the awakening, the taking wing,
The long longed-for night of the bridegroom’s coming.

There is stone in me that knows stone,
Whose sole state is stasis
While the slow cycle of the stars whirls a world of rock
Through light-years where in nightmare I fall crying
” Must I travel fathomless distance for ever and ever? »
All that is in me of the rock, replies
 » For ever, if it must be: be, and be still; endure. »

(Kathleen Raine)

 

 

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