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Poésie

Posts Tagged ‘enfant’

Veillée heureuse (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



Illustration: Andrzej Malinowski

    
Veillée heureuse

J’épie, avec amour, ton sommeil dans la nuit :
Ton front a revêtu la majesté de l’ombre,
Tout son enchantement et son prestige sombre…
Et l’heure, comme une eau nocturne, coule et fuit !

Tu dors auprès de moi, comme un enfant… J’écoute
Ton souffle doux et faible et presque musical
S’élevant, s’abaissant, selon un rythme égal…
Ton âme, loin de moi, suit une longue route…

Tes yeux lassés sont clos, ô visage parfait !
Te contemplant ainsi, j’écoute, ô mon amante !
Comme un chant très lointain ton haleine dormante,
Je l’entends, et mon coeur est doux et satisfait.

(Renée Vivien)

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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L’ange gardien (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2017



    

L’ange gardien

L’ange qui marche obstinément derrière toi
D’un soleil à l’autre
Ne projette aucune ombre sur la route
Pareil au vent qui passe.

Il murmure des paroles graves
Dans l’air plein d’abeilles
Et sans cesse soupèse ton âme en secret
Installe ses balances fines
Jusqu’au cœur noir de la nuit.

Si d’aventure il écartait ses doigts pleins de bagues
Dessus sa face auguste
L’éclat de son feu te surprendrait comme la foudre

Tu verrais du même coup
Dans un éclair
Luire ses hautes bottes vernies
Incrustées de miroirs polis
Et battre ses ailes immenses blanches
Si blanches et douces
Comme de la mousse

D’une telle douceur blanche
Que plus d’un enfant s’y noya
Désirant y poser sa tête.

(Anne Hébert)

 

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LA CHANSON DES BAISERS (A. Gallais)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2017




    
LA CHANSON DES BAISERS

Quelle est cette pure caresse :
Caresse qui berce le cœur
Et fait éclore la jeunesse
Au paradis d’Amour vainqueur ?
Quelle est cette pure caresse
Dont chacun garde souvenir
Et que nulle douleur ne blesse.

Que rien ne fait s’évanouir ?
C’est le baiser de l’enfant à la mère.
C’est le baiser de la mère à l’enfant
Dont la douceur est fraîche et printanière :
Baiser chaste et divin du Bonheur triomphant !

Quel est ce frisson qui transporte
Et verse à l’être mille émois
Quand l’Amour naissant nous apporte
A vingt ans ses troublants abois ?
Quel est ce frisson dont notre âme
Est soudain joyeuse en ce jour,
Et dont la merveilleuse flamme
Fait de nous des dieux sans retour ?

C’est le baiser de l’amant à l’amante,
C’est le baiser de l’amante à l’amant
Dont la chaleur intime et pénétrante
Des paradis charnels anime le roman !

Quelle est donc cette étreinte chère,
Qui se donne auprès d’un berceau,
Cependant que, la mine fière,
D’orgueil on ressent un tressant?
Quelle est donc cette étreinte amie
Qui témoigne de l’union
Sans calcul, par l’Amour bénie
De deux âmes à l’unisson?

C’est le baiser de l’époux à l’épouse,
C’est le baiser de l’épouse à l’époux,
En contemplant, de tendresse jalouse,
L’enfant de leur désir riant à ses joujoux !

Quel est donc ce froid qui nous glace
A l’approche du froid hiver.
Alors que mainte ride trace
Sur nos fronts son sillon de fer ?
Quel est donc ce froid qui traverse
Nos regards recherchant le ciel ?
Quel est donc ce glas qui nous berce
De son calme rythme éternel ?

C’est le baiser de la Mort à la Vie,
C’est le baiser de la Vie à la Mort :
Baiser qui tue et la haine et l’envie,
Baiser juste où chacun, riche ou pauvre, s’endort !

(A. Gallais)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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Rouges lèvres d’enfants (Albert Giraud)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2017



    

Rouges lèvres d’enfants, lèvres simples et pures,
Qui buvez la jeunesse ainsi qu’une liqueur,
Rouges lèvres d’enfants, lèvres simples et pures.
Rouges lèvres d’enfants, pareilles à des mûres
Dont le sang saignerait doucement dans mon cœur…

(Albert Giraud)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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Songe (Charles Van Lerberghe)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2017



 

Songe

Sur mes seins, mes mains endormies,
Lasses des jeux et des fuseaux,
Mes blanches mains, mes mains amies
Semblent dormir au fond des eaux.

Loin des peines tristes et vaines,
En ce trône de ma beauté,
Calmes, lentes et frêles reines,
Mes mains songent de royauté.

Et seule dans mes tresses blondes,
Et mes yeux clos comme jadis,
Je suis l’enfant qui tient des mondes,
Et la vierge qui tient des lys.

Sur mes seins, mes mains endormies,
Lasses des jeux et des fuseaux,
Mes blanches mains, mes mains amies
Semblent dormir au fond des eaux.

(Charles Van Lerberghe)

Illustration: William-Adolphe Bouguereau

 

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Seconde solitude (Éric Ferrari)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2017



Seconde solitude

La promesse. Les promesses.
Des repentirs qui dessinent visage,
son inflexion terrestre,
sa brûlure contre nos lèvres.
Notre douceur de rois édentés.

L’enfant radieux m’affublerait ,
comme en passant, du titre de grand seigneur.

L’enfant qui dort me prend sur ses épaules.

***

Seconde solitude,
le désir, en chaque point de résistances,
d’ombres plus charnelles à retoucher l’être.

Dans le coin ouest, un lit de camp, une couverture
dont les plis forment la peau du monde reniflé.

Nous avons su mettre les rieurs de notre côté.

(Éric Ferrari)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

Illustration: Man Ray

 

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Que la vie en vaut la peine (Louis Aragon)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2017



 

Que la vie en vaut la peine

C’est une chose étrange à la fin que le monde
Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit
Ces moments de bonheur ces midis d’incendie
La nuit immense et noire aux déchirures blondes.

Rien n’est si précieux peut-être qu’on le croit
D’autres viennent. Ils ont le cœur que j’ai moi-même
Ils savent toucher l’herbe et dire je vous aime
Et rêver dans le soir où s’éteignent des voix.

D’autres qui referont comme moi le voyage
D’autres qui souriront d’un enfant rencontré
Qui se retourneront pour leur nom murmuré
D’autres qui lèveront les yeux vers les nuages.

II y aura toujours un couple frémissant
Pour qui ce matin-là sera l’aube première
II y aura toujours l’eau le vent la lumière
Rien ne passe après tout si ce n’est le passant.

C’est une chose au fond, que je ne puis comprendre
Cette peur de mourir que les gens ont en eux
Comme si ce n’était pas assez merveilleux
Que le ciel un moment nous ait paru si tendre.

Oui je sais cela peut sembler court un moment
Nous sommes ainsi faits que la joie et la peine
Fuient comme un vin menteur de la coupe trop pleine
Et la mer à nos soifs n’est qu’un commencement.

Mais pourtant malgré tout malgré les temps farouches
Le sac lourd à l’échine et le cœur dévasté
Cet impossible choix d’être et d’avoir été
Et la douleur qui laisse une ride à la bouche.

Malgré la guerre et l’injustice et l’insomnie
Où l’on porte rongeant votre cœur ce renard
L’amertume et Dieu sait si je l’ai pour ma part
Porté comme un enfant volé toute ma vie.

Malgré la méchanceté des gens et les rires
Quand on trébuche et les monstrueuses raisons
Qu’on vous oppose pour vous faire une prison
De ce qu’on aime et de ce qu’on croit un martyre.

Malgré les jours maudits qui sont des puits sans fond
Malgré ces nuits sans fin à regarder la haine
Malgré les ennemis les compagnons de chaînes
Mon Dieu mon Dieu qui ne savent pas ce qu’ils font.

Malgré l’âge et lorsque, soudain le cœur vous flanche
L’entourage prêt à tout croire à donner tort
Indifférent à cette chose qui vous mord
Simple histoire de prendre sur vous sa revanche.

La cruauté générale et les saloperies
Qu’on vous jette on ne sait trop qui faisant école
Malgré ce qu’on a pensé souffert les idées folles
Sans pouvoir soulager d’une injure ou d’un cri.

Cet enfer. Malgré tout cauchemars et blessures
Les séparations les deuils les camouflets
Et tout ce qu’on voulait pourtant ce qu’on voulait
De toute sa croyance imbécile à l’azur.

Malgré tout je vous dis que cette vie fut telle
Qu’à qui voudra m’entendre à qui je parle ici
N’ayant plus sur la lèvre un seul mot que merci
Je dirai malgré tout que cette vie fut belle.

(Louis Aragon)

Illustration: Gustav Klimt

 

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Iris noirs (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2017



Iris noirs

Dans les iris, à l’ombre de la tour,
veillent les loups du ciel, les yeux mi-clos,
prêts à bondir dans le soir innocent.

Mère prudente, écarte de la tour
l’enfant captive aux mailles du parfum
et qui déjà dérive de ta chair.

Tourne la clef, lève l’aube des lampes
sur un rucher de pacifiques fleurs,
pour conjurer cette agression de flammes.

En vain! La nuit des iris a gagné
la chambre creuse où l’enfant se dévêt.
Ta fille brûle, et te voilà perdue.

(Jean Joubert)


Illustration

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Tant de corps étonnés (Marcel Béalu)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2017



Daniel F. Gerhartz  (11) [1280x768]

Tant de corps étonnés
Sont entrés dans la terre
Que nous savons soudain
Pourquoi nous sommes là

Entre la rose rouge
Et l’oeil bleu de l’enfant
Jamais ne fut si blanche
La page du poème

(Marcel Béalu)

Illustration: Daniel F. Gerhartz

 

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LA ROSE DU MONDE (William Butler Yeats)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017



 

LA ROSE DU MONDE

Qui rêva que la beauté passe comme un rêve ?
Pour ces lèvres de feu, dont tout l’orgueil
Est de porter le deuil de la merveille,
Troie a passé, flamme au foin, funéraire,
Et les enfants d’Usna ont succombé.

Nous aussi, et le monde qui peine, nous passons :
Mais là, parmi les âmes qui tournoient
Avant de s’effacer comme les eaux promptes
De l’hiver incolore, là, parmi
Les étoiles qui passent, cette autre écume,
Un visage survit, une solitude.

Inclinez-vous, Archanges, dans vos pénombres !
Avant vous, avant même que coeur ne batte,
Lasse et bonne une femme s’attardait
Près du trône de Dieu ; et Lui,
Il fit de l’univers un grand chemin d’herbe
Pour ses pas vagabonds.

***

THE ROSE OF THE WORLD

Who dreamed that beauty passes like a dream ?
For these red lips, with all their mournful pride,
Mournful that no new wonder may betide,
Troy passed away in one high funeral gleam,
And Usna’s children died.

We and the labouring world are passing by :
Amid men’s souls, that waver and give p lace
Like the pale waters in their wintry race,
Under the passing stars, foam of the sky,
Lives on this lonely face.

Bow down, archangels, in your dim abode :
Before you were, or any hearts to beat,
Weary and kind one lingered by His seat;
He made the world to be a grassy road
Before her wandering feet.

(William Butler Yeats)

 

 

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