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Poésie

Posts Tagged ‘enfant’

Sans (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2017



Illustration: Dave McKean
    
Sans

Ô, les enfants encore à naître,
sans souci dans le non-être,
sans perturbation, sans imperturbation,
sans intentions ni bonnes ni mauvaises,
sans ancêtres ni héritiers,
sans se douter qu’ils sont intemporels.

Ils ne savent pas ce qu’ils ne font pas,
bienheureux car ils ne savent pas.

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Sans visa
Traduction: Eva Antonnikov
Editions: Héros-Limite

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RECHERCHE D’UNE DÉFINlTION (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2017



 

Bradley Walker Tomlin number-14-1949

RECHERCHE D’UNE DÉFINlTION
(en regardant un tableau de Bradley Walker Tomlin)

Toujours la plus petite action

possible
en ce temps d’actions

plus vastes que la vie, un geste
vers l’objet qui passe

presque inaperçu. Un petit vent

agitant un feu de joie, par exemple,
que j’ai découvert l’autre jour
par hasard

sur le mur d’un musée. Presque rien
ne s’y trouve : quelques touches
de blanc

jetées négligemment sur le noir pur
du fond, rien de plus

qu’un petit geste
essayant de n’être rien

de plus que lui-même. Et pourtant
il n’est pas ici
et à mes yeux la question
ne sera jamais
d’essayer de simplifier
le monde, mais une manière de chercher un lieu
par où pénétrer le monde, une manière d’être
présent
au milieu des choses
qui nous ignorent — mais dont nous avons besoin
tout autant que nous avons besoin
de nous-mêmes. Un instant à peine auparavant
la belle

femme
qui était auprès de moi
avait dit combien elle désirait
un enfant
et qu’il était grand temps de
la féconder. Nous sommes convenus
d’écrire chacun un poème
qui utilise les mots «un petit
vent
agitant un feu de joie». Depuis ce temps-là
rien

n’a plus de sens que la petite
action
présente dans ces mots, l’action
d’essayer de prononcer

des mots

qui ne veulent presque rien dire. Jusqu’au bout
je veux être égal

à tout ce que
mon oeil m’apportera, comme si
je pouvais finalement me voir moi-même

disparaître
dans les choses presque
invisibles

qui nous entraînent nous-mêmes et tous
les enfants à naître

dans le monde.

(Paul Auster)

Illustration: Bradley Walker Tomlin… peut-être ce tableau dont parle Paul ?

 

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L’ARBRE-A-LAIT (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2017



 

Auguste Renoir

L’ARBRE-A-LAIT

L’ARBRE-A-LAIT de Bernadette, c’est sa mère.
L’enfant, comme un fruit entre deux branches
suspendu, se gonfle de suc, tenue entre les bras.
La bouche de la têteuse se prend au sein où les veines
dessinent une voie lactée, et la sève aspirée s’épand dans
ces petits os, ces mignons ongles, cette peau de rose, y fixe ses gracieux éléments,
et fait de Bernadette un trésor composé de la fleur du minéral.
Souvent, alors qu’aucune brise ne l’agite, l’arbre maternel saisi de joie chante.

(Francis Jammes)

Illustration: Auguste Renoir

 

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Avoir la foi (Umberto Saba)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2017



 

Avoir la foi
de tous, faire
des choses, dire
des mots compris ensuite par tous, et qui sont
comme le vin et le pain,
comme les enfants et les femmes,
valeurs
de tous.

jouir
de la joie profonde
de n’être plus moi.

(Umberto Saba)

Illustration: Denis Jeanteur

 

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Le ciel était encore clair (Béatrice Marchal)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2017



Le ciel était encore clair
sur la masse des arbres noirs,
à la brume se mêlait une odeur
de feu de bois.
Un élan soudain
vers la joie l’amour
soulevait l’enfant
dans le crépuscule d’automne.

Sur la profondeur entrevue
se refermait la nuit,
il fallait rentrer.

(Béatrice Marchal)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration: Lisa Lea Bemish

 

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Quarante ans (Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2017



Quarante ans

Je connais peu ma vie. Je ne l’ai jamais vue
S’éclairer dans les yeux d’un enfant né de moi.
Pourtant j’ai pénétré le secret de mon corps. O mon corps !
Toute la joie, toute l’angoisse des bêtes de la solitude
Est en toi, esprit de la terre, ô frère du rocher et de l’ortie.
Comme les blés et les nuages dans le vent.
Comme la pluie et les abeilles dans la lumière,
Quarante ans, quarante ans, mon corps, tu as nourri
De ton être secret le feu divin du Mouvement :
Tu ne passeras pas avant le mouvement de l’univers.
Que le son de ton nom inutile et obscur
Se perde avec le cri du dormeur dans la nuit ;
Rien ne saurait te séparer de ta mère la terre.
De ton ami le vent, de ton épouse la lumière.
Mon corps ! tant que deux cœurs séparés, égarés ,
Se chercheront dans les vapeurs des cascades du matin.
Tant qu’un douzième appel de midi vibrera pour réjouir
La bête qui a soif et l’homme qui a faim ; tant que le loriot.
L’hôte des sources cachées, renversera sa pauvre tête
Pour chanter les louanges du Père des forêts ; tant qu’une touffe
De myrtil noir élèvera ses baies pour leur faire respirer
L’air de ce monde, quand l’eau de soleil est tombée,
errante poussière ! ô mon corps ! tu vivras pour aimer et souffrir.

(Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Illustration

 

 

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La Quenouille (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2017




La Quenouille

L’enfant, voyant l’aïeule à filer occupée,
Veut faire une quenouille à sa grande poupée
L’aïeule s’assoupit un peu ; c’est le moment,
L’enfant vient par derrière, et tire doucement
Un brin de la quenouille où le fuseau tournoie
Puis s’enfuit triomphante, emportant avec joie
La belle laine d’or que le safran jaunit,
Autant qu’en pourrait prendre un oiseau pour son nid.

(Victor Hugo)

Illustration

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RÊVES D’ENFANT (Jane Deny)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2017



 

Paul Signac_Le Magicien

RÊVES D’ENFANT

Paul

Moi, quand je serai grand, je serai chevalier.
J’aurai un château fort et plein de cavaliers.
J’inventerai des fêtes, ne ferai pas la guerre,
Mais de très beaux tournois comme il s’en fit naguère.
Vous viendrez à cheval ! A pied ! Ou en bateau !
Je vous inviterai un jour dans mon château.

Alex

Moi, quand je serai grand, je serai boulanger,
Car tout homme a besoin de boire et de manger.
Je mélangerai l’eau, le sel et la farine
Et un peu de levain pour les trous des tartines.
Comme il ne suffit pas de faire du bon pain,
Je le partagerai avec tous mes copains.

Pierre

Moi, quand je serai grand, je serai magicien.
Je sèmerai la joie avec des petits riens.
Je ferai tournoyer, en l’air, un livre ouvert
Et il en sortira un petit lapin vert.
J’inviterai, à cent, à mille lieues à la ronde,
Pour les émerveiller, tous les enfants du monde.

(Jane Deny)

Illustration: Paul Signac

 

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Oublie (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



&

nbsp;   

Oublie
que nous nous aimions
quand nous étions enfants

Aujourd’hui nous sommes
des oeillets ouverts
blancs et rouges

***

Vergiss
dass wir uns liebten
als wir Kinder waren

Heu te sind wir
aufgeblühte Nelken
rot und weiss

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Je compte les étoiles de mes mots
Traduction: Edmond Verroul
Editions: Héros-Limite

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Berceuse (Wystan Hugh Auden)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



Illustration: Printemps-Eté-Automne-Hiver
    

Berceuse

Pose ta tête endormie, mon amour
Humaine sur mon bras infidèle ;
Le temps et les fièvres consument
La part de beauté
Des enfants pensifs et la tombe
Prouve que l’enfant est éphémère ;
Mais que dans mes bras jusqu’au point du jour
Repose cet être vivant,
Mortel, coupable, mais pour moi
Beauté absolue.

L’âme et le corps n’ont point de bornes ;
Aux amants étendus
Dans leur pâmoison coutumière
Sur la pente enchantée de son indulgence
Vénus gravement apporte la vision
D’une compassion surnaturelle,
Un amour, un espoir universels ;
Tandis qu’une intuition abstraite
Eveille parmi les glaciers et les rocs
L’extase sensuelle de l’ermite.

Certitude, fidélité
Sur le coup de minuit passent
Comme les vibrations d’une cloche,
Et les fous à la mode poussent
Leurs cris ennuyeux de pédants ;
Chaque centime de la dépense,
Tout de que prédisent les cartes redoutées
Sera payé, mais de cette nuit
Que pas un murmure, pas une pensée
Pas un baiser ni un regard ne soient perdus.

Tout meurt, la beauté, la vision, minuit :
Que les vents de l’aube qui demeurent
Soufflent sur ta tête rêveuse
Annonçant un jour d’une telle douceur
Que les yeux et le cœur qui cogne puissent louer
Ce monde mortel et s’en satisfaire ;
Que les midis de sècheresse te voient nourri
Par les puissances irréfléchies,
Que les nuits d’insulte te laissent vivre
Sous la garde de tout amour humain.

***

Lullaby

Lay your sleeping head, my love,
Human on my faithless arm;
Time and fevers burn away
Individual beauty from
Thoughtful children, and the grave
Proves the child ephemeral:
But in my arms till break of day
Let the living creature lie,
Mortal, guilty, but to me
The entirely beautiful.

Soul and body have no bounds:
To lovers as they lie upon
Her tolerant enchanted slope
In their ordinary swoon,
Grave the vision Venus sends
Of supernatural sympathy,
Universal love and hope;
While an abstract insight wakes
Among the glaciers and the rocks
The hermit’s carnal ecstasy.

Certainty, fidelity
On the stroke of midnight pass
Like vibrations of a bell,
And fashionable madmen raise
Their pedantic boring cry:
Every farthing of the cost,
All the dreaded cards foretell,
Shall be paid, but from this night
Not a whisper, not a thought,
Not a kiss nor look be lost.

Beauty, midnight, vision dies:
Let the winds of dawn that blow
Softly round your dreaming head
Such a day of welcome show
Eye and knocking heart may bless,
Find the mortal world enough;
Noons of dryness find you fed
By the involuntary powers,
Nights of insult let you pass
Watched by every human love.

(Wystan Hugh Auden)

 

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