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Posts Tagged ‘enfanter’

UN DUO (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2021



Illustration: Giorgio de Chirico
    
UN DUO
(Le duo)

Un couple de mannequins en bois utilisé dans les ateliers de sculpture :
habitants typiques du monde chiriquien.
Qu’attendre des amours d’un tel couple
si ce n’est un rituel d’insectes rigides, une pariade de robots ?

— Étant sans bras pour nous étreindre, rien ne pourra nous séparer.
— Étant sans sexe pour aimer, rien ne pourra nous désunir.
— Sans yeux et sans nez, mon visage. je suis une élégie de cire.
— Sans front; sans bouche, mon partage. je suis un brouillon de sourire.
— Mannequins au torse d’absence ?
— Simulacres que l’éther encense ?
— Appelants du plus grand silence ?
— Aubiers d’être enfantés du tremble ?

Le savez-vous qu’ainsi livrés à la rigidité dorienne des momies,
vous êtes entrelacés à l’énigme du monde?
Le savez-vous qu’en cette terrasse ensoleillée
s’ébauche en vous une théologie des automates ?

(Jacques Lacarrière)

 

Recueil: A l’orée du pays fertile
Traduction:
Editions: Seghers

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L’APHRODITE (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2021



Illustration: Alexandre Cabanel
    
L’APHRODITE

Infante de l’Amour enfantée par

l’écume de la mer et du vent
l’écume de la vague et du sang
l’écume des amours naissants
l’écume des désirs languissants
l’écume des émois rougissants
l’écume des gestes caressants
l’écume des corps soupirants
l’écume des bouches salivantes
l’écume des lèvres pantelantes
l’écume des étreintes haletantes
l’écume des houles langoureuses
l’écume des foules luxurieuses

l’écume du monde séducteur.

(Jacques Lacarrière)

 

Recueil: A l’orée du pays fertile
Traduction:
Editions: Seghers

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Combien désiré combien doux ce murmure (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 26 novembre 2020



Combien désiré combien doux
ce murmure trop ténu
auquel je donne voix
en me creusant
dans mon silence

puis lourds
encore aveugles
encore mêlés
à tous cet humus
où ils prenaient vie
les mots qui montent affluent
s’inscrivent sur la page

ces mots que j’enfante
et qui me donnent le jour

(Charles Juliet)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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RYTHMES (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2020




    
RYTHMES

Tout débuta
Dans l’arythmie
Le chaos

Des vents erratiques
S’emparaient de l’univers
L’intempérie régna

L’indéchiffrable détonation
Fut notre prologue

Tout fut
Débâcle et dispersion
Turbulences et gaspillage
Avant que le rythme
Ne prenne possession
De l’espace

Suivirent de vastes accords
D’indéfectibles liaisons
Des notes s’arrimèrent
Au tissu du rien
Des courroies invisibles
Liaient astres et planètes

Du fond des eaux
Surgissaient
Les remous de la vie

Dans la pavane
Des univers
Se prenant pour le noyau
La Vie
Se rythma
Se nuança

De leitmotiv
En parade
De reprise
En plain-chant

La Vie devint ritournelle
Fugue Impromptu
Refrain
Se fit dissonance
Mélodie Brisure
Se fit battement
Cadence Mesure

Et se mira
Dans le destin

Impie et sacrilège
L’oiseau s’affranchissait
Des liens de la terre

Libre d’allégeance
Il s’éleva
Au-dessus des créatures
Assujetties aux sols
Et à leurs tyrannies

S’unissant
Aux jeux fondateurs
Des nuages et du vent
L’oiseau s’allia à l’espace
S’accoupla à l’étendue
S’emboîta dans la distance
Se relia à l’immensité
Se noua à l’infini

Tandis que lié au temps
Et aux choses
Enfanté sur un sol
Aux racines multiples
L’homme naquit tributaire
D’un passé indélébile

Le lieu prit possession
De sa chair
De son souffle
Les stigmates de l’histoire
Tatouèrent sa mémoire
Et sa peau

Venu on ne sait d’où
Traversant les millénaires
L’homme se trouva captif
Des vestiges d’un monde
Aux masques étranges
Et menaçants

Il s’en arrachait parfois
Grâce aux sons et aux mots
Aux gestes et à l’image
À leurs pistes éloquentes
À leur sens continu

Pour mieux tenir debout
L’homme inventa la fable
Se vêtit de légendes
Peupla le ciel d’idoles
Multiplia ses panthéons
Cumula ses utopies

Se voulant éternel
Il fixa son oreille
Sur la coquille du monde
À l’écoute
D’une voix souterraine
Qui l’escorte le guide
Et l’agrandit

Alors
De nuits en nuits
Et d’aubes en aubes
Tantôt le jour s’éclaire
Tantôt le jour moisit

Faiseur d’images
Le souffle veille

De pesanteur
Le corps fléchit

Toute vie
Amorça
Le mystère
Tout mystère
Se voila
De ténèbres
Toute ténèbre
Se chargea
D’espérance
Toute espérance
Fut soumise
À la Vie

L’esprit cheminait
Sans se tarir
Le corps s’incarnait
Pour mûrir
L’esprit se libérait
Sans périr
Le corps se décharnait
Pour mourir

Parfois l’existence ravivait
L’aiguillon du désir
Ou bien l’enfouissait
Au creux des eaux stagnantes

Parfois elle rameutait
L’essor
D’autres fois elle piétinait
L’élan

Souvent l’existence patrouillait
Sur les chemins du vide
Ou bien se rachetait
Par l’embrasement du coeur

Face au rude
Mais salutaire
Affrontement
De la mort unanime
L’homme sacra
Son séjour éphémère
Pour y planter
Le blé d’avenir.

(Andrée Chedid)

 

Recueil: Rythmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Syncope blanche (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2020



Fouillant la paralysie
il cherchait un corps à rêver
ni le corps couturé
d’un dieu déchu
ni la chair étanche
d’un irradiant
mais un équateur respirant
syncope blanche
qui enfante du zénith

(Zéno Bianu)

Illustration

 

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LA BOMBE HUMAINE (Téléphone)

Posted by arbrealettres sur 30 mai 2020



    
LA BOMBE HUMAINE

Je veux vous parler de l’arme de demain
Enfantée du monde elle en sera la fin
Je veux vous parler de moi, de vous
Je vois a l’intérieur des images, des couleurs
Qui ne sont pas a moi qui parfois me font peur

Sensations qui peuvent me rendre fou
Nos sens sont nos fils nous pauvres marionnettes
Nos sens sont le chemin qui mène droit a nos têtes

La bombe humaine tu la tiens dans ta main
Tu as l’détonateur juste à côté du cœur
La bombe humaine c’est toi elle t’appartient
Si tu laisses quelqu’un prendre en main ton destin
C’est la fin, hum la fin, hum la fin, hum la fin

Mon père ne dort plus sans prendre ses calmants
Maman ne travaille plus sans ses excitants
Quelqu’un leur vend de quoi tenir le coup
Je suis un électron bombardé de protons
Le rythme de la ville c’est ça mon vrai patron
Je suis chargé d’électricité

Si par malheur au cœur de l’accélérateur
J’rencontre une particule qui m’mette de sale humeur
Oh non, faudrait pas que j’me laisse aller
Faudrait pas que j’me laisse aller
Faudrait pas que j’me laisse aller
Faudrait pas que j’me laisse aller
Faudrait pas que j’me laisse aller
Faudrait pas que j’me laisse aller
Faudrait pas que j’me laisse aller
Faudrait pas que j’me laisse aller

La bombe humaine c’est l’arme de demain
Enfantée du monde elle en sera la fin
La bombe humaine c’est toi elle t’appartient
Si tu laisses quelqu’un prendre en main ton destin
C’est la fin

La bombe humaine, tu la tiens dans ta main
Tu as l’détonateur juste à côté du cœur
La bombe humaine, c’est toi elle t’appartient
Si tu laisses quelqu’un prendre ce qui te tient
C’est…

La bombe humaine, tu la tiens dans ta main
Tu as l’détonateur juste a cote du cœur
La bombe humaine, c’est toi elle t’appartient
Si tu laisses quelqu’un prendre en main ton destin
C’est…

La bombe humaine c’est l’arme de demain
La bombe humaine c’est toi elle t’appartient
La bombe humaine, tu la tiens dans ta main
Si tu laisses quelqu’un prendre ce qui te tient

C’est…

La bombe humaine c’est l’arme de demain
La bombe humaine c’est toi elle t’appartient
La bombe humaine, tu la tiens dans ta main
Si tu laisses quelqu’un prendre ce qui te tient
C’est la…

(Téléphone)

Aubert, Marienneau, Kolinka, Bertignac

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TERRE (Emad Fouad)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2020



 Illustration: Tineke Storteboom
    
TERRE

Notre terre vierge
au visage noir
Nous la blessons pour enterrer les morts
qu’elle a enfanté et façonné d’argile
Six pieds sous terre
suffisent
pour restituer les choses
confiées à sa famille
et pour recouvrir la terre
de terre.

***

ZIEMIA

Naszą dziewiczą matkę
o czarnej twarzy
ranimy, by chować naszych zmarłych
których rodziła i kształtowała z gliny
Sześć stóp pod ziemią
jest wystarczające,
by zwrócić to, co powierzono jej rodzinie
i usypać kopczyk z ziemi
na ziemi.

***

AARDE

Onze maagdelijke moeder
met een zwart gelaat
We kwetsen haar om de doden te begraven
die ze baarde en vormde uit klei
Zes voet onder de aarde
is voldoende
om dingen terug te geven
die aan haar familie werden toevertrouwd
en om de aarde
met aarde te bedekken.

***

EARTH

Our virgin mother
black of face
We hurt her to bury our dead
she bore and formed from clay
Six feet under earth
is enough
to return things entrusted to her family
and pile earth
on earth.

***

ERDE

Unsere jungfräuliche Mutter
mit schwarzem Gesicht
Wir verletzen sie, um unsere Toten zu begraben.
die sie gebar und aus Ton formte
Sechs Fuß unter der Erde
ist genug
um Dinge, die ihren Abkömmlingen anvertraut wurden,
zurückzugeben
und um die Erde
mit Erde zu bedecken

***

ΓΗ

Μητέρα μας παρθένα γη
πρόσωπο μαύρο που
σε σκάβουμε και θάψουμε νεκρούς
που από λάσπη εσχημάτισες
δυο μέτρα στο χώμα σου βαθειά
αρκούν
να της γυρίσουμε αυτά που ωφείλουμε
χώμα πάνω στο χώμα.

***

***

TERRA

Nossa mãe virgem
com a cara negra
ferimos para enterrar nossos mortos
que ela deu a luz e moldou em argila
Seis pés sob a terra
são suficientes
para devolver as coisas confiadas à sua família
e para cobrir a terra
com terra.

***

TIERRA

Nuestra madre virgen
con su rostro negro
La herimos para enterrar a los muertos
que ella dio a luz y modeló en arcilla
Seis pies bajo tierra
son suficientes
para devolver los elementos confiados a su familia
y así cubrir la tierra
con tierra.

***

TERRA

La nostra madre vergine
nera di faccia
la feriamo nel seppellire i nostri morti
che ha tenuto in grembo e formato nell’argilla
Sei piedi sotto terra
è abbastanza
per restituire ciò che è stato affidato
alla sua famiglia
e ammucchiare terra
su terra

***

地 球


我们的圣母
黑脸
我们伤害她是为了埋葬死者
她诞生和成形于粘土
地下六英尺
足够
把委托的东西还给她家
并在人间
堆土。

***

***

(Emad Fouad)

 

Recueil: ITHACA 614
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Polonais Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Anglais Camilo Gómez-Rivas / Allemand Wolfgang Klinck / Grec Manolis Aligizakis / Portugais José Eduardo Degrazia / Espagnol Rafael Carcelén / Italien Luca Benassi / Chinois William Zhou / Arabe / Hébreu Dorit Wiseman /
Editions: POINT

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Je demande (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2019




    

Je demande

Je me demande chaque heure mille fois
D’où me vint cette conscience d’un poids,
Ce souffrir sourd, toujours plus profond.
J’ai perdu depuis longtemps toute joie
De m’éprouver dans l’épuisement,
Je suis tourmentée dans mon cheminement
Et amère de ne savoir me garder.

Je me secoue en m’exhibant vers les cieux,
M’essaie à la jouissance et à la frénésie.
J’ai rompu avec Dieu et son monde
Et même à genoux n’ai jamais senti
Qu’existe cette paix humble
Que les autres atteignent si facilement.

Cependant, je dois être de Dieu, en toute contradiction.
Pour le croire comme il me faut croire,
Il faut bien qu’il me donne de son rayonnement.
Comme tu es las, monde qui m’as enfantée,
Pour n’être prêt qu’à m’imposer des chaînes et,
Alors que je peux m’enflammer, m’enchanter,
Ensevelir en moi plus fixement tes ombres.

***

Ich frage

Ich frage mich aile Stunden tausendmal,
Woher mir dieses Lastbewußtsein kam,
Dies dumpfe immer tiefer Schmerzen.
Ich habe aile Freude längst verloren,
Mich zu empfinden in den Mattigkeiten,
Ich bin gequält in meinem Weiterschreiten
Und bitter, daß ich mich nicht wehren kann.

Ich schüttel mich in himmelwärt’ger Schau,
Versuch mich in Genuß und Raserei.
Ich bin mit Gott und seiner Welt zerfallen
Und habe selbst im Knieen nie gefühlt,
Daß es den Demutfrieden gibt,
Den aile andern sich so leicht erdienen.

Ich doch Gottes sein, in allem Widerspruch.
Ihn so zu glauben, wie ich glauben
Mie er notwendig mich aus seinem Strahle geben.
Wie bist du müde, Welt, die mich geboren,
Einzig bereit, mir Ketten aufzudrücken
Und, wo ich lodern kann und mich entzücken,
Mir deine Schatten fester einzugraben.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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La voix du miroir (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2019



Illustration: Gilbert Garcin
    
La voix du miroir

Ainsi passe la vie, comme un bizarre mirage.
La rose azur qui enfante et donne le jour au chardon!
À côté du dogme du fardeau
fatal, le sophisme du Bien et de la Raison!

On a saisi, au hasard, ce que la main a frôlé;
les parfums se sont envolés, et parmi eux on a senti
la moisissure qui à mi-chemin a poussé
sur le pommier sec de la morte Illusion.

Ainsi passe la vie,
avec les cantiques trompeurs d’une bacchante fanée.
J’avance tout effaré, en avant… en avant,
faisant gronder ma marche funèbre.

Avancent au pied de brahmaniques éléphants royaux,
au son du sordide bourdonnement d’une ardeur mercurielle,
des amants qui lèvent leurs coupes sculptées dans la roche,
et des crépuscules oubliés, une croix sur la bouche.

Ainsi passe la vie, vaste orchestre de Sphinx
qui jettent dans le Vide leur marche funèbre.

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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Quand le silence en toi épouse le silence (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2019



Illustration: Tomas Januska
    
Quand le silence en toi épouse le silence,
Où te tiens-tu pour célébrer les noces ?

Qui passe l’anneau nuptial,
Qui contemple l’union
Sans preuve et sans témoin ?

Qui porte en toi le fruit,
Qui s’enfante en secret ?

Le poème lui-même
Cherche abîme où se taire :

Là où deux ne font qu’un,
Où rien n’est à nommer.

Si tu n’as tout perdu
Comment danserais-tu ?

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Levain de ma joie
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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