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Posts Tagged ‘enfer’

L’écrit vainc (Achbé)

Posted by arbrealettres sur 14 janvier 2020



Illustration: Achbé    
    
L’écrit vainc

Les larmes coulèrent.
Les larmes colère!
Les cris enflèrent.
Les cris enfer!
Puis l’écrit vint.

Les mots éclairent.
Les mots éclairs!
Les mots libèrent.
Les vers, l’hiver!
Puis l’écrit vainc.

(Achbé)

 

Recueil: Ma rue par Achbé
Traduction:
Editions: Gallimard

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Par une nuit blanche (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2020



Illustration: Paola Billi
    
Par une nuit blanche

Je n’avais pas fermé ma porte,
Allumé les bougies,
Je n’avais même plus la force
D’aller me mettre au lit.

Regarder les lueurs du soir
Que les sapins éteignent,
M’enivrer aux sons d’une voix
Si semblable à la tienne…

Et savoir que tout est perdu,
Que l’enfer de vivre est le pire.
Ô, cependant j’étais si sûre
De te voir revenir !

(Anna Akhmatova)

 

Recueil: Les poésies d’amour
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé

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ENFER (Lutz Bassmann)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2019




    
ENFER

Sur nos joues grises
les flocons gris
renâclent à fondre

Sous les pieds
la terre gelée ne s’effrite pas
des chiens aboient contre nos jambes

Toute la journée
un homme reste allongé
dans le fossé

Un mois déjà
les deux apprentis
n’ont pas survécu

Sur la coupe parfois un silence miraculeux
on aimerait un cri d’oiseau
mais rien

Après la nuit
plusieurs heures de ciel noir
puis la nuit encore

Ahuri de douleur
l’automutilé regarde les doigts
qui gisent à ses pieds

On se rapproche du mélèze abattu
une branche frémit encore comme vivante
puis s’immobilise

Le bonze franchit la limite des arbres
sa main caresse une fougère
il a prévu dix secondes avant le coup de fusil

Le claquement de la carabine
dans le matin glacial
un corbeau s’envole sans crailler

Le bonze s’est effondré en écartant les bras
on dirait
qu’il embrasse la neige

Hier soir j’ai promis
de chuchoter près de sa tête
ne pas renaître surtout ne pas renaître

Le soldat est blême ses yeux s’embrument
il vient d’assassiner
son premier détenu

Les chiens aboient les gardes crient
je ne suis pas allé
parler au bonze

Le boucher moldave prépare son évasion
pour s’alimenter
il songe à emmener l’idiot

Malgré tout en fin de journée
la soupe tiédasse
est une récompense

Rassemblés autour du poêle
les détenus produisent du brouhaha
sans se parler

Couché en travers du fossé
l’ancien cheminot confie ses dernières pensées
à la boue

Dans la pénombre épaisse
le fermier turkmène joue aux cartes
avec celui qu’il va tuer

Dans la baraque à l’air vicié
notre sommeil comme nos vêtements
est fait de guenilles

L’écharpe est glaciale
autour de ma tête
les poux ne la réchauffent pas

Nous ne remarquons jamais
du pelage des chiens
la beauté luisante

Sous les projecteurs le commandant crie
mais la vapeur devant ses lèvres
paraît calme

La neige s’est mise à tomber
si seulement elle ensevelissait
nos souvenirs

Les nouveaux arrivent sur le chantier
personne ne leur indique
les endroits dangereux

Soudain pendant l’appel
je pense au jour où plus personne
ne criera mon nom

L’idiot voudrait se venger d’un chien
avec de la nourriture empoisonnée
mais il n’a ni nourriture ni poison

Le menuisier tchouvache
entame ici son dixième mois
déjà on le surnomme Le Vétéran

Obscurité nauséabonde
à l’exception de deux ou trois morts
tout le monde dort à poings fermés

Les soldats ont de nouvelles écharpes
on en déduit que le Secours Rouge
a envoyé des colis

Mes archives quelques miettes sous le matelas
et aussi une lettre de toi
que le bonze avait composée par compassion

Hier c’était fête nationale
dans son discours le directeur nous a encouragés
à aller de l’avant

Le projecteur tombe en panne
soudain la lumière naturelle
est celle de la nuit

Pendant la désinfection
les poux attendent
sur le seuil des bains

Le commandant tabasse l’idiot
il le soupçonne d’avoir des sympathies
pour les évasions en général

L’idiot s’effondre dans la boue
il bégaie quelque chose sur le printemps tardif
ensuite il meurt

L’éleveur est parti sans compagnon
il n’aura pas assez de viande
pour atteindre l’été

Le vétéran parle de l’été
j’ai du mal à me rappeler
de quoi il s’agit

L’éleveur en fuite a été abattu
le chef de patrouille vacille
ivre du devoir accompli

Dans une sacoche de soldat
les mains du détenu évadé
on va pouvoir clore l’affaire

(Lutz Bassmann)

 

Recueil: Haïkus de prison
Editions: Verdier

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MA MÈRE CUIT DU PAIN (Moshe Szulstein)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2019



Illustration: Anna Sahlsten
    
MA MÈRE CUIT DU PAIN

Ma mère cuit du pain aujourd’hui – la maison est en joie,
Quel feu d’enfer dans le fourneau – rouge de joie,
Qui s’ouvre comme bouche et rit – et rit de joie,
flamme danse avec ardeur – comble de joie,
Le four s’embrase et le bois craque – éclats de joie,
Les copeaux tels des apprentis – l’aident avec joie,
La mère cajole les pains – les caresse de joie,
Les fait basculer dans ses mains – balancement de joie,
On dirait qu’elle joue au ballon – tout en joie,
Ou les berce tels des enfants – assoupis dans la joie,
Que son visage est lumineux – il rayonne de joie,
Sur le mur son ombre s’étend, de plus en plus vaste – de joie,
L’ombre elle-même est en liesse et danse aussi – de joie,
Lorsque ma mère cuit du pain – la maison est en joie.

(Moshe Szulstein)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’enfer (Pierre Oster)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2019




    
L’enfer, c’est cette confusion
où chacun demeure isolé.

(Pierre Oster)

 

Recueil: Paysage du Tout
Traduction:
Editions: Gallimard

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PRIÈRE DU VINGTIÈME SIÈCLE (René Depestre)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2019



PRIÈRE DU VINGTIÈME SIÈCLE

Seigneur plus haut que l’Himalaya
Toi qui as lancé Adam en enfer
Parce qu’il osa au paradis
Toucher la pomme
Qu’Eve, son copain, lui tendit,
Que vas-tu faire avec ma vie
Qui sur la terre a dévoré
Tout un grand panier de pommes ?

(René Depestre)

Illustration

 

 

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J’ai cessé de croire aux « grands événements » (Friedrich Nietzsche)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2019



Edvard Munch _ Friedrich Nietzsche

J’ai cessé de croire aux « grands événements »
qui s’accompagnent de hurlements et de fumée.
Et crois-moi, je te prie, cher vacarme d’enfer,
les plus grands événements,
ce ne sont pas nos heures les plus bruyantes,
mais les heures du plus grand silence.

(Friedrich Nietzsche)

 Illustration: Edvard Munch 

 

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BARDO (André Velter)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2019




    
BARDO
(Métamorphose des 5 poisons)

Je garde l’énergie d’une colère sans haine,
j’affronte l’ignorance sans cérémonie,
je repousse l’émotion jalouse sans complaisance,
j’accède à l’intensité du désir sans plus d’attachement,
je sais l’orgueil nocif mais tiens au sursaut de l’être
à l’aplomb de lui-même.

(Vairocana)
Ce n’est déjà plus l’heure
de survivre à blanc
au centre des illusions ou des cieux,
la roue a pris le temps de vitesse
et distancé les dieux,
elle rejoint la sphère pareille
à la conscience pure, sans limites et sans âge.

(Aksobhya)
J’ai confié ma colère
à la lumière bleue
qui se lève à l’est,
ô sagesse, ô miroir,
comme un baiser à bouche close
chante un autre ciel
libre de nos enfers.

(André Velter)

 

Recueil: Le Haut-Pays suivi de La traversée du Tsangpo
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’OISEAU D’ENFER (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2019



 

L’OISEAU D’ENFER

Cet oiseau noir dans ma tête
Ne se laisse pas apprivoiser
Il est comme un nuage qui se défile
et qu’on n’attrape jamais
comme la fumée entre les doigts
et la brume sur les yeux

Et cependant je n’ose le confier à personne
et je le vois disparaître avec regret
Il s’accroche à tous les sourires
se pose sur les mains tendues
et se nourrit du sucre des paroles
sans même pousser un cri de joie

Longtemps j’ai essayé de ne pas le voir
de ne plus l’écouter quand il croasse la nuit
et qu’il déchire de ses serres
les filets de la certitude
ll est le fils de l’insomnie
et du dégoût mélancolique

Mon oiseau noir mon fidèle
la haine n’est pas ta cousine
Je te donne trois jours et trois nuits

(Philippe Soupault)

Illustration: Alberto Pancorbo

 

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Le Luxembourg (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2019



 

Le Luxembourg

À Béranger.

Jardin si beau devenu sombre,
Tes fleurs attristent ma raison,
Qui, semblable au ramier dans l’ombre,
S’abat au toit de ta prison.
Mais à rêver j’ai passé l’heure ;
Vous qui nous épiez d’en bas,
Ce n’est qu’un pauvre oiseau qui pleure :
Sentinelle ! Ne tirez pas !

Au pied des barreaux formidables
Qui voilent des parents perdus,
Comme en des songes lamentables,
De longs sanglots sont entendus.
Grâce aux sanglots qui bravent l’heure !
Vous qu’ils ont irrité là-bas,
Ce n’est qu’un faible enfant qui pleure :
Sentinelle ! Ne tirez pas !

Partout les lampes sont éteintes,
Les bruits des verroux et des fers
Sont étouffés comme les plaintes
De ces silencieux enfers.
Plus morne et plus lente que l’heure,
A genoux, qui donc est là-bas ?
Ce n’est qu’une femme qui pleure :
Sentinelle ! Ne tirez pas !

Sous l’oeil rouge du réverbère,
Quel est cet objet palpitant,
Près du guichet mordant la terre,
D’âme et de pitié haletant,
Sourd au cri de l’homme et de l’heure ? …
Vous qui le menacez d’en bas,
Ce n’est qu’un pauvre chien qui pleure :
Sentinelle ! Ne tirez pas !

Paix ! Voici qu’on ouvre une porte :
C’est la mort traînant ses couleurs,
Et l’humble bière qu’on emporte,
Brise en passant de pâles fleurs.
Quand du rebelle a frappé l’heure,
Qui donc ose bénir tout bas ?
Ce n’est qu’un vieux prêtre qui pleure :
Sentinelle ! Ne tirez pas !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration

 

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