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Poésie

Posts Tagged ‘enflammer’

Un froid bleuté pose sa poigne (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2019



Illustration
    
Un froid bleuté
Pose sa poigne
Sur la crête enflammée
Du géranium

Engoncée dans la tiédeur domestique
Je me régale d’égoïsme et de paresse

J’ai posé mon livre
Il ne reste que Bach et moi

La machine à tourner en rond
S’allume

Et la revoilà

L’enfant triste

(Josée Tripodi)

 

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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L’irréparable (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



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L’irréparable

Pouvons-nous étouffer le vieux, le long Remords,
Qui vit, s’agite et se tortille,
Et se nourrit de nous comme le ver des morts,
Comme du chêne la chenille ?
Pouvons-nous étouffer l’implacable Remords ?

Dans quel philtre, dans quel vin, dans quelle tisane,
Noierons-nous ce vieil ennemi,
Destructeur et gourmand comme la courtisane,
Patient comme la fourmi ?
Dans quel philtre ? – dans quel vin ? – dans quelle tisane ?

Dis-le, belle sorcière, oh ! dis, si tu le sais,
A cet esprit comblé d’angoisse
Et pareil au mourant qu’écrasent les blessés,
Que le sabot du cheval froisse,
Dis-le, belle sorcière, oh ! dis, si tu le sais,

A cet agonisant que le loup déjà flaire
Et que surveille le corbeau,
A ce soldat brisé ! s’il faut qu’il désespère
D’avoir sa croix et son tombeau ;
Ce pauvre agonisant que déjà le loup flaire !

Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir ?
Peut-on déchirer des ténèbres
Plus denses que la poix, sans matin et sans soir,
Sans astres, sans éclairs funèbres ?
Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir ?

L’Espérance qui brille aux carreaux de l’Auberge
Est soufflée, est morte à jamais !
Sans lune et sans rayons, trouver où l’on héberge
Les martyrs d’un chemin mauvais !
Le Diable a tout éteint aux carreaux de l’Auberge !

Adorable sorcière, aimes-tu les damnés ?
Dis, connais-tu l’irrémissible ?
Connais-tu le Remords, aux traits empoisonnés,
A qui notre coeur sert de cible ?
Adorable sorcière, aimes-tu les damnés ?

L’Irréparable ronge avec sa dent maudite
Notre âme, piteux monument,
Et souvent il attaque, ainsi que le termite,
Par la base le bâtiment.
L’Irréparable ronge avec sa dent maudite !

– J’ai vu parfois, au fond d’un théâtre banal
Qu’enflammait l’orchestre sonore,
Une fée allumer dans un ciel infernal
Une miraculeuse aurore ;
J’ai vu parfois au fond d’un théâtre banal

Un être, qui n’était que lumière, or et gaze,
Terrasser l’énorme Satan ;
Mais mon coeur, que jamais ne visite l’extase,
Est un théâtre où l’on attend
Toujours, toujours en vain, l’Être aux ailes de gaze !

(Charles Baudelaire)

Illustration: Salvador Dali

 

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Bleu (Hadassa Tal)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018



    

Bleu
(Extraits)

Un colibri
enflamme
les ombres bleues en secret
ne siffle qu’une fois
et sombre
à la renverse
devant moi

*

Les langues du vent sont douces sur les joues de l’oiseau

*

Dans la verdure d’un cyprès
le soleil verse
ses rayons

Un colibri rame sur une feuille de géranium
minuscule comme
pour se poser
dans la paume
d’un
enfant

(Hadassa Tal)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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L’HEURE D’INSPIRATION (Jules Lefèvre-Deumier)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2018



 

L’HEURE D’INSPIRATION

C’est l’heure où, dans les bois, le rossignol, qui veille,
Prodigue de ses chants la plaintive merveille :
Où, de ses rendez-vous égayant les déserts,
L’amour a des aveux, plus doux que ces concerts :
Où les eaux du ruissel, que le vent contrarie,
Font, en se débattant, naître la rêverie.
C’est l’heure, où dans le thym s’appellent les grillons :
Où, comme des esprits, d’inquiets papillons
Viennent voir, aux vitraux qu’enflamment nos lumières,
Si nous parlons des morts, au moins dans nos prières.
C’est l’heure, où sur la mousse, au feu du ver luisant,
Les sylphes font pousser des fraises, en dansant.
Échos capricieux de leurs folles cadences,
Les feux-follets dans l’air se font des confidences :
La fleur pompe du soir la molle humidité :
Le ciel d’étoiles d’or sable l’obscurité,
Et cet or, réfléchi dans une onde courante,
Reproduit le Pactole et sa richesse errante.

Des nuages foncés, qui bordent l’horizon,
La lune, en se levant, disperse la prison :
L’azur bruni des cieux descend sur la verdure :
Une ombre transparente a baigné la nature,
Et d’un charme inconnu l’imprègne, en l’effleurant :
C’est l’heure, où l’on devient poète, en l’admirant.

(Jules Lefèvre-Deumier)

 

 

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L’AUBERGE « À LA PETlTE ÎLE » (Umberto Saba)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2018



 

VIncent Van Gogh

L’AUBERGE « À LA PETITE ÎLE »

La nuit, pour calmer un âpre combat,
d’autant plus féroce qu’il se passe en moi seul,
je pense à des luttes plus lointaines : je pense à Lissa,

aux Balkans, à Trieste, au vieux ghetto ;
enfin je me réfugie dans une taverne;
de son seul souvenir j’attends le sommeil.

Déserte tout au long de la chaude journée,
elle a sur ses murs une petite île peinte,
vert émeraude, et tout autour la mer et ses poissons.

Mais de fumée et de chants à la nuit elle est pleine ;
un Dalmate tient contre lui la fille la plus dévêtue ;
le matelot retrouve la sirène.

Moi j’écoute et la compagnie me plaît,
il me plaît de ne pas penser à un paradis
trop différent de cette allégresse

qui s’enroue dans les choeurs et enflamme le visage.

(Umberto Saba)

Illustration: Vincent Van Gogh

 

 

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ÉCRITURES (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2018



 

Jacek Yerka  b

ÉCRITURES

Le temps n’est plus de se lever pour dire
Les mots sacrés enflammant les tribus.
Je suis le fou, je me donne un empire
Où je peux vivre un vieux rêve perdu.
Autour de moi, des machines qui grondent
Et mangent l’homme en détruisant sa voix,
Un univers écrasé par le nombre
Qui s’est vengé de ne plus être roi.

Il me fallait Bernard de Ventadour
Et ce Thibaut de Champagne mon prince
Pour m’élever vers le plus haut amour,
Bien loin de moi, plus haut que nos provinces.
Il me fallait offrir à vos futurs
Le bonheur fou des paroles lumières
Et tous les mots qui délivrent les purs
En les rendant à leur ferveur première.

Seul et penché sur l’âge de la terre,
Devant le siècle où mon nom périra,
J’explore un monde où le chant fut mystère
Et la foi l’ombre où se cachent les croix.
J’invoque en songe une femme qui chante
Et c’est Marie avec son Oiseau Bleu,
Et c’est mon âme auprès du feu des anges
Qui chante l’homme éternel et ses dieux.

Astre, mon astre où la clarté se mire,
Es-tu le seul à ne pas me trahir ?
S’il faut nommer la splendeur pour en vivre,
Eloigne-toi. L’oiseau n’a plus de sol.
Icare dit ses grâces au soleil.
Le laboureur toujours se porte en terre
Et ne voit rien du drame car il vit
Sur l’aile morte au fond d’un autre temps.

(Robert Sabatier)

Illustration: Jacek Yerka

 

 

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Stances de l’impossible (Adamis Jamyn)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2018



 

Duy Huynh -  (44)

Stances de l’impossible

L’été sera l’hiver et le printemps l’automne,
L’air deviendra pesant, le plomb sera léger :
On verra les poissons dedans l’air voyager
Et de muets qu’ils sont avoir la voix fort bonne.
L’eau deviendra le feu, le feu deviendra l’eau
Plutôt que je sois pris d’un autre amour nouveau.

Le mal donnera joie, et l’aise des tristesses !
La neige sera noire, et le lièvre hardi,
Le lion deviendra du sang acouardi,
La terre n’aura point d’herbes ni de richesses ;
Les rochers de soi-même auront un mouvement
Plutôt qu’en mon amour il y ait changement.

Le loup et la brebis seront en même étable
Enfermés sans soupçon d’aucune inimitié ;
L’aigle avec la colombe aura de l’amitié
Et le caméléon ne sera point muable :
Nul oiseau ne fera son nid au renouveau
Plutôt que je sois pris d’un autre amour nouveau.

La lune qui parfait en un mois sa carrière
La fera en trente ans au lieu de trente jours ;
Saturne qui achève avec trente ans son cours
Se verra plus léger que la lune légère :
Le jour sera la nuit, la nuit sera le jour
Plutôt que je m’enflamme au feu d’un autre amour.

Les ans ne changeront le poil ni la coutume,
Les sens et la raison demeureront en paix,
Et plus plaisants seront les malheureux succès
Que les plaisirs du monde au coeur qui s’en allume.
On haïra la vie, aimant mieux le mourir
Plutôt que l’on me voie à autre amour courir.

On ne verra loger au monde l’espérance ;
Le faux d’avec le vrai ne se discernera,
La fortune en ses dons changeante ne sera,
Tous les effets de mars seront sans violence,
Le soleil sera noir, visible sera Dieu
Plutôt que je sois vu captif en autre lieu.

(Adamis Jamyn)

Illustration: Duy Huynh

 

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Les coquillages (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2018



Chaque coquillage incrusté
Dans la grotte où nous nous aimâmes
A sa particularité.

L’un a la pourpre de nos âmes
Dérobée au sang de nos cœurs
Quand je brûle et que tu t’enflammes;

Cet autre affecte tes langueurs
Et tes pâleurs alors que, lasse,
Tu m’en veux de mes yeux moqueurs;

Celui-ci contrefait la grâce
De ton oreille, et celui-là
Ta nuque rose, courte et grasse;

Mais un, entre autres, me troubla.

(Paul Verlaine)


Illustration

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VOUS AUREZ DE LA CRAIE POUR DESSINER MES FUITES (Jean Orizet)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2018



 

VOUS AUREZ DE LA CRAIE POUR DESSINER MES FUITES

Vous aurez de la craie pour dessiner mes fuites
sur l’horizon poudreux qu’enflamme un cavalier
Je vous attends

Vous aurez de la mousse à calfeutrer les vides
au creux de mon cerveau en pleine hibernation
Je vous attends

Vous aurez un nuage où le ciel s’emmitoufle
quand il veut adoucir un soleil d’oeuvre au noir
Je vous attends

En compagnie de mes licornes familières
de mes Pégases quotidiens et pour aller chasser
le dragon ou la puce
Je vous attends

(Jean Orizet)

Illustration: Arthur Hughes

 

 

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Attendre que du langage même (Jean-Pierre Chambon)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2018



Illustration
    
Attendre
que du langage même
frotté aux aspérités du dehors
fulgure une image
qui enflammera l’esprit

(Jean-Pierre Chambon)

 

Recueil: Tout-venant
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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