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Posts Tagged ‘enflammer’

L’AUBERGE « À LA PETlTE ÎLE » (Umberto Saba)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2018



 

VIncent Van Gogh

L’AUBERGE « À LA PETITE ÎLE »

La nuit, pour calmer un âpre combat,
d’autant plus féroce qu’il se passe en moi seul,
je pense à des luttes plus lointaines : je pense à Lissa,

aux Balkans, à Trieste, au vieux ghetto ;
enfin je me réfugie dans une taverne;
de son seul souvenir j’attends le sommeil.

Déserte tout au long de la chaude journée,
elle a sur ses murs une petite île peinte,
vert émeraude, et tout autour la mer et ses poissons.

Mais de fumée et de chants à la nuit elle est pleine ;
un Dalmate tient contre lui la fille la plus dévêtue ;
le matelot retrouve la sirène.

Moi j’écoute et la compagnie me plaît,
il me plaît de ne pas penser à un paradis
trop différent de cette allégresse

qui s’enroue dans les choeurs et enflamme le visage.

(Umberto Saba)

Illustration: Vincent Van Gogh

 

 

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ÉCRITURES (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2018



 

Jacek Yerka  b

ÉCRITURES

Le temps n’est plus de se lever pour dire
Les mots sacrés enflammant les tribus.
Je suis le fou, je me donne un empire
Où je peux vivre un vieux rêve perdu.
Autour de moi, des machines qui grondent
Et mangent l’homme en détruisant sa voix,
Un univers écrasé par le nombre
Qui s’est vengé de ne plus être roi.

Il me fallait Bernard de Ventadour
Et ce Thibaut de Champagne mon prince
Pour m’élever vers le plus haut amour,
Bien loin de moi, plus haut que nos provinces.
Il me fallait offrir à vos futurs
Le bonheur fou des paroles lumières
Et tous les mots qui délivrent les purs
En les rendant à leur ferveur première.

Seul et penché sur l’âge de la terre,
Devant le siècle où mon nom périra,
J’explore un monde où le chant fut mystère
Et la foi l’ombre où se cachent les croix.
J’invoque en songe une femme qui chante
Et c’est Marie avec son Oiseau Bleu,
Et c’est mon âme auprès du feu des anges
Qui chante l’homme éternel et ses dieux.

Astre, mon astre où la clarté se mire,
Es-tu le seul à ne pas me trahir ?
S’il faut nommer la splendeur pour en vivre,
Eloigne-toi. L’oiseau n’a plus de sol.
Icare dit ses grâces au soleil.
Le laboureur toujours se porte en terre
Et ne voit rien du drame car il vit
Sur l’aile morte au fond d’un autre temps.

(Robert Sabatier)

Illustration: Jacek Yerka

 

 

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Stances de l’impossible (Adamis Jamyn)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2018



 

Duy Huynh -  (44)

Stances de l’impossible

L’été sera l’hiver et le printemps l’automne,
L’air deviendra pesant, le plomb sera léger :
On verra les poissons dedans l’air voyager
Et de muets qu’ils sont avoir la voix fort bonne.
L’eau deviendra le feu, le feu deviendra l’eau
Plutôt que je sois pris d’un autre amour nouveau.

Le mal donnera joie, et l’aise des tristesses !
La neige sera noire, et le lièvre hardi,
Le lion deviendra du sang acouardi,
La terre n’aura point d’herbes ni de richesses ;
Les rochers de soi-même auront un mouvement
Plutôt qu’en mon amour il y ait changement.

Le loup et la brebis seront en même étable
Enfermés sans soupçon d’aucune inimitié ;
L’aigle avec la colombe aura de l’amitié
Et le caméléon ne sera point muable :
Nul oiseau ne fera son nid au renouveau
Plutôt que je sois pris d’un autre amour nouveau.

La lune qui parfait en un mois sa carrière
La fera en trente ans au lieu de trente jours ;
Saturne qui achève avec trente ans son cours
Se verra plus léger que la lune légère :
Le jour sera la nuit, la nuit sera le jour
Plutôt que je m’enflamme au feu d’un autre amour.

Les ans ne changeront le poil ni la coutume,
Les sens et la raison demeureront en paix,
Et plus plaisants seront les malheureux succès
Que les plaisirs du monde au coeur qui s’en allume.
On haïra la vie, aimant mieux le mourir
Plutôt que l’on me voie à autre amour courir.

On ne verra loger au monde l’espérance ;
Le faux d’avec le vrai ne se discernera,
La fortune en ses dons changeante ne sera,
Tous les effets de mars seront sans violence,
Le soleil sera noir, visible sera Dieu
Plutôt que je sois vu captif en autre lieu.

(Adamis Jamyn)

Illustration: Duy Huynh

 

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Les coquillages (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2018



Chaque coquillage incrusté
Dans la grotte où nous nous aimâmes
A sa particularité.

L’un a la pourpre de nos âmes
Dérobée au sang de nos cœurs
Quand je brûle et que tu t’enflammes;

Cet autre affecte tes langueurs
Et tes pâleurs alors que, lasse,
Tu m’en veux de mes yeux moqueurs;

Celui-ci contrefait la grâce
De ton oreille, et celui-là
Ta nuque rose, courte et grasse;

Mais un, entre autres, me troubla.

(Paul Verlaine)


Illustration

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VOUS AUREZ DE LA CRAIE POUR DESSINER MES FUITES (Jean Orizet)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2018



 

VOUS AUREZ DE LA CRAIE POUR DESSINER MES FUITES

Vous aurez de la craie pour dessiner mes fuites
sur l’horizon poudreux qu’enflamme un cavalier
Je vous attends

Vous aurez de la mousse à calfeutrer les vides
au creux de mon cerveau en pleine hibernation
Je vous attends

Vous aurez un nuage où le ciel s’emmitoufle
quand il veut adoucir un soleil d’oeuvre au noir
Je vous attends

En compagnie de mes licornes familières
de mes Pégases quotidiens et pour aller chasser
le dragon ou la puce
Je vous attends

(Jean Orizet)

Illustration: Arthur Hughes

 

 

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Attendre que du langage même (Jean-Pierre Chambon)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2018



Illustration
    
Attendre
que du langage même
frotté aux aspérités du dehors
fulgure une image
qui enflammera l’esprit

(Jean-Pierre Chambon)

 

Recueil: Tout-venant
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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ÉLÉGIE (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2018



Illustration: François Boucher   
    
ÉLÉGIE

Je m’ignorais encor, je n’avais pas aimé.
L’amour ! si ce n’est toi, qui pouvait me l’apprendre ?
À quinze ans, j’entrevis un enfant désarmé ;
Il me parut plus folâtre que tendre :
D’un trait sans force il effleura mon coeur ;
Il fut léger comme un riant mensonge ;
Il offrait le plaisir, sans parler de bonheur :
Il s’envola. Je ne perdis qu’un songe.

Je l’ai vu dans tes yeux cet invincible amour,
Dont le premier regard trouble, saisit, enflamme,
Qui commande à nos sens, qui s’attache à notre âme,
Et qui l’asservit sans retour.
Cette félicité suprême,
Cet entier oubli de soi-même,
Ce besoin d’aimer pour aimer,
Et que le mot amour semble à peine exprimer,
Ton coeur seul le renferme, et le mien le devine ;
Je sens à tes transports, à ma fidélité,
Qu’il veut dire à la fois, bonheur, éternité,
Et que sa puissance est divine.

(Marceline Desbordes-Valmore)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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La Vive Flamme d’amour (Saint Jean de la Croix)

Posted by arbrealettres sur 9 février 2018




    
La Vive Flamme d’amour

I

Ô vive flamme d’amour,
Qui frappez délicatement
Le plus profond centre de mon âme,
Puisque vous ne m’êtes plus fâcheuse,
Achevez, s’il vous plaît, votre ouvrage ;
Rompez le voile de cette douce rencontre.

II

Ô cautère agréable !
Ô délicieuse plaie !
Ô main douce ! ô délicat attouchement !
Qui a le goût de la vie éternelle,
Qui paie toutes mes dettes !
En faisant mourir, vous avez changé la mort en la vie.

III

Ô flambeau de feu !
Dont les splendeurs
Éclairant les profondes cavernes
Du sens obscurci et aveuglé,
Dans ses excellences extraordinaires,
Donnent tout ensemble de la chaleur et de la lumière à son bien-aimé.

IV

Avec combien de douceur et d’amour
Vous éveillez-vous dans mon sein
Où vous demeurez seul en secret !
Dans votre douce aspiration,
Pleine de biens et de gloire,
Que vous m’enflammez agréablement de votre amour!

***

I

O llama de amor viva,
Que tiernamente hieres
De mi aima en et mas profundo centro :
Pues ya no eres esquiva,
Acaba ya, si quieres,
Rompe la tela deste dulce encuentro.

II

O cauterio suave !
O regalada plaga !
O mano blanda ! ô toque delicado !
Que à vida etema sabe,
Y toda deuda paga,
Malando, muerte en vida lo has trocado.

III

O lâmparas de fuego !
En cuyos resplandores
Las profundas cavernas del senlido,
Que estava escuro, y ciego,
Con estraños primores
Calor y luz dan junto à su querido.

IV

Quan manso y amoroso
Recuerdas en mi seno,
Donde secretamente solo moras,
Y en tu aspirar subroso,
De bien y gloria Ileno
Quan delicadamente me enamoras !

(Saint Jean de la Croix)

http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/carmel/jeandelacroix/jeandelacroix07.htm#_Toc134005195

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FAÏNA (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



Illustration: Jean Jacques Henner
    
FAÏNA

J’étais confus, j’étais joyeux.
Et ta soie sombre me hantait,
Lorsque ton lourd rideau enfin
S’ouvrit — le théâtre se tut.

D’un feu vivant nous sépara
Le cercle de la rampe clair,
Et la musique a enflammé
Ton visage transfiguré.

De nouveau les chandelles brillent,
Et l’âme est seule, l’âme est aveugle…
Et tes épaules scintillantes,
Et la foule, enivrée de toi…

Tu es l’étoile fuyant le monde,
Au-dessus de la plaine — au loin…
Et la lyre d’argent tressaille
Et frémit dans tes mains tendues…

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Je sais la voix (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2017



Illustration: Gao Xingjian
    

Je sais la voix

Je sais la voix qui tremble pour survivre.
Il fait si noir dans ces chambres sans rêve
où nul espoir ne livre plus combat.

Tel, enchaîné par les ombres, les pactes,
j’entends le jour déserté qui me parle.
Le Temps me blesse avec ses trois couteaux.

De n’être pas je me fais la semblance.
Si le coeur frappe à la porte du corps,
le sang se fige aux fleuves souterrains.

Si je murmure, il naît des mots de braise.
Une étincelle enflamme la raison.
Le lieu d’Éros incarne l’âme errante.

J’entends le cri des grandes déchirures.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Editions: Albin Michel

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