Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘enfler’

Chant du merle (Norge)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2018


Chant du merle

La roue en avait assez
De trimballer la charrette.
Le poivre en avait assez
D’assaisonner la blanquette.
Assez que l’eau chaude avait
De cuire à point les navets,
Le feu d’exciter l’eau chaude,
Le four d’enfler la farine
Et le poète ses odes.
La rose était écceurée
De caresser les narines.

Un dormant raz de marée
Couvrit toute la machine.
Assez ! assez, plus qu’assez
Geignaient mille pots cassés.
Le coeur lui-même était las,
Oh ! las de voler si bas.

Tout dormait, dorma, dormut
Dans les vieux pays fourbus.
Et tout dormirait encore,
Tout dormirait à jamais,
Si, tout â coup dans l’aurore
D’un joli mai qui germait,
Perlant, fusant i la ronde,
Le chant d’un merle jeunet
N’avait réveillé le monde.

(Norge)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

TOUS LES POÈMES QUI… (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2018




    
TOUS LES POÈMES QUI…

Tous les poèmes qui ne sont jamais
nés, qui ont juste montré le bout de
l’oreille, se sont brouillés, dissous, perdus,
bus par la terre obscure où les larves
des limbes, les menus fossoyeurs, ont vite
dévoré leur chair à peine chair, rendu
les yeux encore aveugles à la nuit.

Tous les poèmes de l’impasse et du naufrage :
brusque désir, souffle d’un mot, appel
dans la forêt pour que les songes se
rameutent, aube d’un chant comme d’oiseau
à la lisière, qui s’enfle, qui s’efforce
et puis soudain trébuche dans le gris.
La brume tombe, il pleut des feuilles et des cendres.

La main faiblit, le coeur s’est détourné
comme celui qui apportait le pain et la parole,
sur un caprice ou sur un ordre obscur,
change de route, et l’on entend son pas
qui peu à peu s’éloigne sur les pierres,
s’efface, nous laissant aux bassesses du jour.

Tous les poèmes qui ne sont jamais nés,
dont la poussière rôde dans le revers du monde :
paroles d’ombre pour les ombres…

Nous devinons parfois dans le sommeil
leur frôlement et la double rumeur,
comme s’ils imploraient de nous une terre d’asile,
une autre chance d’exister.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Anthologie personnelle
Traduction:
Editions: Actes Sud

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Il suffit d’un mot (Nicole Barrière)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



Une invisible rumeur enfle au bord des lèvres.
Quelque chose assèche le désir, vertige,
sensation de danger,
silencieuse et violente,
menaçante, l’arrête.
Caresse l’horizon,
ose le voyage,
apprivoise la sérénité,
existe au sud du silence,
respire la planète
Prend racine avec la sauvage et fragile,
La trace de la même ombre,
Le même sillage d’une question

Des bouquets de soleil mûrissent
Le vol et la plume rendent léger le monde
Sans froisser le silence
Parfois, sur le papier
Il suffit d’un mot.
L’Autre renaît du mouvement de danse en soi,
l’ensorcelle, l’enchante, le brise, le poursuit,
le dénoue, déroule sous ses pas, le retient, le dessine,
affleure le mal d’aimer,
l’efface dans une plainte de la nuit.

Au pas de rencontre,
le silence a envahi le creux du temps,
recelé les mots sous la peau de l’âme,
vacillements, blessures, larmes, peurs, émois,
le tréfonds de vivre dans le silence fertile de l’amour.

Ancienne, cette faille où je perds et je résiste,
Dire, il faudrait dire la tendresse
A toi qui attends, qui entends?
Ce murmure qui, à peine s’entend
Dans les battements lents devenus doux
Un souffle, un sourire, quelques mots
Dire la lumière sans la peur de dire la douleur qui
sépare les larmes dans la nuit
Dire les pauvres mots dits et l’enveloppe bleue de la terre,
tourment d’être ensemble
et tourment d’être séparé de l’onde et de l’arbre,
cette heure où les yeux de l’âme
frissonnent au regard de l’autre
ou du frisson
à l’appel de son nom

Immobiles nos racines d’arbres frissonnent
d’attendre l’arrachement possible à la lumière d’y croire,
ce temps foudroyé de l’attente
apprivoise l’orage
entre le vent et la pierre.

(Nicole Barrière)


Illustration: Tamara Lunginovic

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LA RIZIÈRE (Hwang Ji-u)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018




    
LA RIZIÈRE

Après la grande pluie, je vais à la rizière.
Toutes les régions de Changpyeong et Damyang sont inondées !
La rizière est la vie.
Sur cet horizon son soupir enflant,
L’agriculteur redresse les plantes
D’un prix inférieur á la production,
sans compter son travail.
Malgré tout, que faire?
Vivre, vivre,
Dit-il.
De loin, les hirondelles le saluent.
Mon corps malade ne souffre plus.
Pourquoi donc ?
Voyant la couleur vert tendre sortir à peine de l’eau,
j’ai envie de pleurer,
tout à coup.

(Hwang Ji-u)

 

Recueil: DE L’HIVER-DE-L’ARBRE AU PRINTEMPS-DE-L’ARBRE Cent poèmes
Traduction: Kim Bona
Editions: William Blake & co

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Les roses que j’aimais (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



 

Les roses que j’aimais …

Les roses que j’aimais s’effeuillent chaque jour ;
Toute saison n’est pas aux blondes pousses neuves ;
Le zéphyr a soufflé trop longtemps ; c’est le tour
Du cruel aquilon qui condense les fleuves.

Vous faut-il, allégresse, enfler ainsi la voix,
Et ne savez-vous point que c’est grande folie,
Quand vous venez sans cause agacer sous mes doigts
Une corde vouée à la mélancolie ?

(Jean Moréas)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Goûts (Stéphanie Ferrat)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2018




    
goûts
qui enflent dans la bouche

certains soirs

amers

(Stéphanie Ferrat)

 

Recueil: Caisson
Traduction:
Editions: La lettre volée

Posted in poésie | Tagué: , , , , , | Leave a Comment »

Qui se donne (Ariane Dreyfus)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2018




    
Qui se donne on le voit nu si près
Comme un muscle de la vague

Enfle

Soudain si fragile et lien si puissant
Le sexe, sa douceur alourdie
Si proche qu’on ouvre la bouche,
Réponse longtemps.

Sa demeure enroulée.
L’amour creuse, l’amour soulève,
Et la mort forcément attendra.

Encore

Chuchotements possibles
Dans le plus grand noir.

Homme, femme,
Aux mains différentes,
Heureuses, curieuses.

(Ariane Dreyfus)

 

Recueil: Iris c’est votre bleu
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

TENSION (Inger Christensen)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2018



Illustration: Edvard Munch
    
TENSION

J’appelle quelqu’un qui appelle
le pont est long et vide
Je cours vers la réconciliation
l’asphalte est violent, les réverbères
qui s’écartent
et les rails enflés
qui traversent le coeur
J’appelle quelqu’un qui appelle
quelqu’un qui appelle …

(Inger Christensen)

 

Recueil: HERBE
Traduction: Janine et Carl Poulsen
Editions: Atelier La Feugraie

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Encore que ses soupirs (Olivier Larronde)

Posted by arbrealettres sur 25 décembre 2017



 


    
Encore que ses soupirs n’enfleraient qu’un mouchoir,
Mieux sait-il écorcher et de mort émouvoir
Cette échine rebelle, où décevoir vos forces
Vents qui vous essoufflez à la rompre d’entorse

(Olivier Larronde)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je suis! (John Clare)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2017



Illustration: Andrew Murray
    
Je suis!

Je suis – mais qui je suis, nul ne sait ou s’en soucie ;
Mes amis me délaissent tel un souvenir vieux :
De mes propres souffrances je me rassasie-
Elles enflent et meurent dans un essaim oublieux
Comme les ombres de nos affres amoureuses-
Et pourtant je suis et je vis –ballotté, vaporeux,

Dans le vaste néant du mépris et du bruit,
Dans l’océan vivant des rêves éveillés
Sans le moindre bonheur et sans la moindre vie,
Seul le grand naufrage de mes vies estimées ;
Et même les êtres que j’aime, les êtres chers,
Me sont devenus étrangers –et je les perds.

Je rêve de lieux ou nul homme n’a marché,
Où nulle femme encore n’a souri ni pleuré,
Ainsi là avec Dieu, toujours, y demeurer,
Et rêver tel qu’enfant doucement j’ai rêvé,
Serein et calme, couché dans un songe éternel,
L’herbe en dessous –par-dessus, l’arche du ciel.

***

I am!

I am—yet what I am none cares or knows;
My friends forsake me like a memory lost:
I am the self-consumer of my woes—
They rise and vanish in oblivious host,
Like shadows in love’s frenzied stifled throes
And yet I am, and live—like vapours tossed

Into the nothingness of scorn and noise,
Into the living sea of waking dreams,
Where there is neither sense of life or joys,
But the vast shipwreck of my life’s esteems;
Even the dearest that I loved the best
Are strange—nay, rather, stranger than the rest.

I long for scenes where man hath never trod
A place where woman never smiled or wept
There to abide with my Creator, God,
And sleep as I in childhood sweetly slept,
Untroubling and untroubled where I lie
The grass below—above the vaulted sky.

(John Clare)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :