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Posts Tagged ‘enfumer’

Ne crie pas… (Vénus Khoury-Ghata)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2018



 Illustration: Pascal Renoux
    
Ne crie pas…

Ne crie pas
sollicite à voix basse la sueur écarlate
traîne-la par les cheveux hors du mur circulaire
et de sa rouge meurtrière

Humecte la ligne de partage entre aine et plaine
là où guette l’abeille
celle qui perce le vide
étourdit le sang
enfume labyrinthe et gosier

Ne crie pas te dis-je si tu veux entraîner le monde dans ta noyade
nage en amont en abysses dans un bruit de vagues et de vasques

Refoule l’écume
elle encombre le seuil
obstrue la voûte
réveille par son clapotis barque et timonier

À main basse te dis-je

(Vénus Khoury-Ghata)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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La lampe luit (Herman Gorter)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2018




    
La lampe luit, la chambre est ouverte —
dehors j’entends courir le vent.
Les feuilles, les feuilles battantes,
les feuilles battantes du printemps — de la nuit
vertes et noires et molles —
leurs lèvres mouillées, faible battement de mains —
écoute leur envol, leur fuite,
les revoilà —
escarmouches d’armes douces dans le noir,
elles se heurtent,
entends-les s’emporter,
la nuit est grand-ouverte
comme l’écluse —
sur ma main baiser frais et caresse,
la lumière luit comme enfumée.
comme pour s’endormir,
dans la fausse lueur, se lover, se soulever, retomber.

(Herman Gorter)

 

Recueil: Ce que tu es
Traduction: Saskia Deluy et Henri Deluy
Editions: Al Dante

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La chanson du fuseau (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017



    

Illustration: Gustave Courbet

La chanson du fuseau

La vitre est d’or parmi la brume;
Auprès de l’âtre qui l’enfume,
Assise sur son escabeau
Et dans l’art des chansons savantes,
File la vieille servante.
– Ah! tourne, tourne mon fuseau! –

“N’avais-je pas, amant champêtre,
Gravé à l’écorce d’un hêtre
Le nom de Lise? – O noir tombeau,
A cette heure sois mon asile
Puisque d’elle le sort m’exile!”
– Ah! tourne, tourne mon fuseau! –

La voix du passé qui radote
S’embrouille incertaine et falote,
Car la lessive est au cuveau
D’où tombent des gouttes tenaces,
Récit dolent que rien ne lasse.
– Ah! tourne, tourne mon fuseau! –

Dans le brouillard rouge qui flotte,
La voix intimement chuchotte
Un fantastique fabliau,
Des landiers d’où le feu s’élance,
De l’horloge et de la crédence.
– Ah! tourne, tourne mon fuseau! –

Frôlements doux d’ailes plaintives,
Des voix palpitent aux solives:
Chants d’amour, rythmes de berceau,
Sanglots près des lits mortuaires,
Baisers qui ferment des paupières.
– Ah! tourne, tourne mon fuseau! –

Mais, lointaines musiciennes,
Se fanent “les voix anciennes”.
(Le temps fuit comme un passereau!)
Dans un bourdonnement de ruche
S’effondre la dernière bûche.
– Tourne encor, tourne mon fuseau! –

A côté de la cendre éteinte,
Plus vague la lessive tinte;
La lune blémit au carreau
Et près du foyer, sans lumière
Dort la spectrale filandière,
Dort en oubliant son fuseau.

(Marie Dauguet)

 

 

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Froid flambeau de fleurs vieillies (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2015



 

Froid flambeau de fleurs vieillies
Enfumer d’encens l’enfer
Les bas-fonds noirs de l’élégie
Pavés de pétales déchus

Il n’est pire eau que l’eau qui dort
Dans l’oeil où ne regarde plus l’amour
La face pure s’évapore

Par qui est morte ma chimère
Le chagrin est passé partout
Je suis ses traces de poussière
Où tous les chemins sont dissous

Il n’est pas d’oeil où l’eau qui dort
Ne soit le promenoir de rêves enlacés
Comme l’enfer à l’aurore

Il n’est pire bouquet foudroyé
Pire fauve arbre ou rocher
Après avoir si bien dansé
Que celui tout à coup insensible à nos charmes

Parfois quand on n’a plus d’amour
Parfois quand on n’a plus de larmes
Plus de nuit plus de jour

Il n’est pire sorcière ou pire fée
Pires enfers pire empyrée
Pire silence et pire écho
Que cette ombre qui fait défaut

A la voix fuyante d’Orphée
Entre les cieux et les enfers le coeur se fige
La poésie est médusée

(Ernest Delève)

Illustration

 

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ANGOISSE (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2015



ANGOISSE

Ah villages sur voie, privés de leurs quiétudes,
qui, à chaque aurore pure — ô poussière de charbon !
vous trouvez découverts — grognons,
éblouis, encore mal éveillés —
par un train mixte, sale et lent,
qui coupe votre rivière,
qui, de tout près regarde l’heure
de l’horloge lasse de votre clocher,
qui enfume vos fleurs et enfume vos fruits,
brûle votre verdure,
et qui surprend soudain, avec son lourd fracas,
le vol, l’adultère, le crime à pas lent,
et la nécessité !

***

ANGUSTIA

¡Ay, pueblos a la vía, sin quietudes,
que, cada aurora pura —¡carbonilla!—,
sois descubiertos — morroñosos,
deslumbrados, mal despiertos aún—,
por un tren misto, sucio y lento,
que os corta vuestro río,
que os mira, cerca, la hora
del cansado reló de vuestra torre,
que os ahuma las flores y los frutos,
que os requema lo verde,
que os sobresalta, torpemente fragorosco,
el robo, el adulterio, el crimen lento,
y la necesidad!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Claude Monet

 

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Souvenirs campagnards (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2015



Souvenirs campagnards

Je me souviens encor du champ
Que labourait jusqu’au couchant
Le fils de Joseph Lemarchand

Je me souviens de la chaumière
De la robe de la fermière
Qui voltigeait dans la lumière

Le blanc laiteux de ses bras ronds
Et l’anse noire du chaudron
Dans mes souvenirs s’uniront

Dans l’âtre qui nous enfumait
S’élevait le puissant fumet
De la soupe que je humais.

(Jean-Baptiste Besnard)

Illustration

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