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Poésie

Posts Tagged ‘englouti’

Notre vie-sommeil (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2021



Là-bas, la blanche voile sombre, offerte
A quelque brise immatérielle,
Saura conduire notre vie-sommeil
Jusqu’aux lieux où les eaux se mêlent

Aux rives bordées d’arbres noirs,
Où les forêts inconnues s’accordent
Aux élans du lac vers plus d’être,
Afin de rendre le rêve complet.

Là-bas nous saurons bien nous cacher, disparaître,
Engloutis dans le vide liséré de la lune,
Ressentant que cela qui fait notre substance
En d’autres temps était musique.

(Fernando Pessoa)


Illustration

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LE POÈTE (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2021



LE POÈTE

Tant qu’Apollon n’exige du poète
qu’il aille oeuvrer au sacrifice saint,
vous le voyez lâchement englouti
dans les soucis futiles de ce monde.
Sa lyre sainte alors se tait,
son âme endormie est glacée
et parmi les pauvres humains
nul n’est plus que lui démuni.

Mais dès que le verbe du dieu
fait vibrer son ouïe sensible,
l’âme du poète frémit,
pareille à l’aigle qu’on éveille.
Les fêtes du monde lui pèsent,
il fuit l’humaine rumeur,
ne courbe pas sa tête altière
devant les idoles vulgaires,
mais s’enfuit, farouche et sévère,
plein d’émoi, regorgeant de chants,
vers la rive des eaux désertes,
dans l’ample clameur des forêts

(Alexandre Pouchkine)

Illustration

 

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M’attendre m’attendre toujours (Maurice Aubert)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2021



m’attendre m’attendre
toujours

marcher
marcher au-dehors de moi

marcher sous moi
alors que l’infini m’absorbe

(piège du sol
de la foule
piège des choses palpables
palpées)

les voix antérieures gisent
englouties de visible

visions éclatées
au bout des sens

(Maurice Aubert)

Illustration: Laurent Gorris

 

 

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Epines en ailerons (Robert Guiette)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2020



Epines en ailerons
au ras des sables
le fond rose absorbe les pas
ruines de la route incertaine
restes des heures indécises
hiers engloutis

(Robert Guiette)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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Je cherche un signe de toi (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



Je cherche un signe de toi chez toutes les autres,
dans le brusque, dans l’ondulant fleuve des femmes,
dans les tresses, dans les yeux à peine engloutis,
les pieds clairs naviguant et glissant sur l’écume.
Il me semble soudain que j’aperçois tes ongles
oblongs et fugitifs, neveux du cerisier,
ou ce sont tes cheveux qui passent, et je vois
ton image de feu de joie brûler dans l’eau.
Je cherche, aucune n’a ta palpitation,
ta clarté, teinte de noire argile sylvestre,
non, aucune n’a tes minuscules oreilles.
Toi tu es totale et brève, une entre toutes,
et quand je suis avec toi, à aimer, je parcours
l’estuaire féminin, large Mississippi.

***

Un signo tuyo busco en todas las otras,
en el brusco, ondulante río de las mujeres,
trenzas, ojos apenas sumergidos,
pies claros que resbalan navegando en la espuma.
De pronto me parece que diviso tus uñas
oblongas, fugitivas, sobrinas de un cerezo,
y otra vez es tu pelo que pasa y me parece
ver arder en el agua tu retrato de hoguera.
Miré, pero ninguna llevaba tu latido,
tu luz, la greda oscura que trajiste del bosque,
ninguna tuvo tus diminutas orejas.
Tú eres totalybreve, de todas eres una,
v así contigo voy recorriendo v amando
un ancho Mississippi de estuario femenino.

(Pablo Neruda)

Illustration: Adamov Alexey

 

 

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PROVINCES (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2018



PROVINCES
A Fernand Derôme.

Les dieux de bois sur les cités
Ouvrent des ailes vermoulues.
Je porte en moi de longs soirs gris
Brouillés de province et d’ennui.
Loin de la ville des luthiers
Bragards et valétudinaires,
J’erre à travers mon vieux Poitiers
Bossué comme une taupinière.
Maisons étales de sommeil
Et cathédrales englouties
Sous les vagues longues du temps.
Toute cette mélancolie
S’enfle comme un beau soir de fête,
Eclaire une rose parfaite
A l’ombre lasse d’un clocher.
Je porte aussi le lion des Flandres
Martelé de coups de soleil
Et le haut beffroi non pareil
Où tournent sans fin les corneilles.
Je porte en moi des cris d’oiseaux,
Je porte en moi des vols de cloches,
Et les perles des carillons,
Et des frairies et des ducasses,.
Et des assemblées d’accueillage.
Je porte en moi de clairs villages,
D’autres aux murs poreux de lave,
Des cortèges de mariages
De longs enterrements sans fin.
Je porte en moi ma propre fin
Et mon silence, et mon courage…

(Maurice Fombeure)


Illustration: William Lamboley

 

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NUIT (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018



NUIT

Seule dans le silence
Mais avec ce coeur sourd où bat le sang du monde
Tu gis les doigts rejoints et les jambes serrées.
Rien ne vit que ce dur battement de tonnerre,
Ce bruit de pas et de canons dans ma poitrine.
Je guette un souffle au loin dans la nuit qui me cerne,
Un souffle de soleil sur les rives d’enfance.
Bouche pleine d’une eau de l’ombre, mes appels
Se taisent engloutis sous l’inerte marée
Où seule je vous noue à moi.

(Marie-Jeanne Durry)

Illustration: Liliana Sanches 

 

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Enfer (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



Enfer

Quand je regarde au ciel, la rage solitaire
De ne pouvoir toucher l’azur indifférent
D’être à jamais perdu dans l’immense mystère
De me dire impuissant et réduit à me taire,
La rage de l’exil à la gorge me prend!

Quand je songe au passé, quand je songe à l’histoire,
A l’immense charnier des siècles engloutis,
Oh! je me sens gonflé d’une tristesse noire
Et je hais le bonheur, car je ne puis plus croire
Au jour réparateur des futurs paradis!

Quand je vois l’Avenir, l’homme des vieilles races
Suçant les maigres flancs de ce globe ennuyé
Qui sous le soleil mort se hérissant de glaces
Va se perdre à jamais sans laisser nulles traces,
Je grelotte d’horreur, d’angoisse et de pitié.

Quand je regarde aller le troupeau de mes frères
Fourmilière emportée à travers le ciel sourd
Devant cette mêlée aux destins éphémères,
Devant ces dieux, ces arts, ces fanges, ces misères,
Je suis pris de nausée et je saigne d’amour!

Mais si repu de tout je descends en moi-même,
Que devant l’Idéal, amèrement moqueur,
Je traîne l’Être impur qui m’écoeure et que j’aime,
Étouffant sous la boue, et sanglote et blasphème,
Un flot de vieux dégoûts me fait lever le coeur.

Mais, comme encor pourtant la musique me verse
Son opium énervant, je vais dans les concerts.
Là, je ferme les yeux, j’écoute, je me berce.
En mille sons lointains mon être se disperse
Et tout n’est plus qu’un rêve, et l’homme et l’univers.

(Jules Laforgue)


Illustration: Jerome Bosch

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À LA BELLE ÉTOILE (Hwang Ji-u)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2018



 
    
À LA BELLE ÉTOILE

La lune, dans sa plénitude de lumière, pénètre dans la montagne vide
La montagne s’illumine
La lune se vide.
Montagne éclairée, lune vide.
Je ne pourrais plus regarder
Tant l’émotion me trouble.

La lune, engloutie dans l’eau,
Effleure en passant la feuille de lotus.
Vibrations des ondes
Les nuages comme des vers à soie grignotent la pleine lune,
Soudain je suis estompé.

Illusion, illusion.
Deviens simple profane.

(Hwang Ji-u)

 

Recueil: DE L’HIVER-DE-L’ARBRE AU PRINTEMPS-DE-L’ARBRE Cent poèmes
Traduction: Kim Bona
Editions: William Blake & co

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Une tristesse inexprimable (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2018



Une tristesse inexprimable
A ouvert deux yeux immenses.
Le vase de fleurs s’éveillant
Nous éclabousse de cristal.

Toute la chambre est imprégnée
De langueur — délicieux remède
Penser qu’un si petit royaume
A englouti tant de sommeil.

Il n’y a qu’un peu de vin rouge
Et qu’un peu de soleil de mai —
La blancheur des doigts les plus fins
Émiette le mince biscuit.

(Ossip Mandelstam)

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