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Posts Tagged ‘enivrant’

IL Y A QUELQUES MORTS… (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



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IL Y A QUELQUES MORTS…

Il y a quelques morts en ville, mon aimée,
C’est pour te l’annoncer que je viens justement,
Là, sur leur catafalque, — accablante journée
Les corps décomposés pourrissent lentement.

Les vivants errent, vont, décomposés aussi
Leur corps, toute leur chair est moite, transpirée ;
Cela sent le cadavre, ô douce bien-aimée,
Et ce jour, ton sein même a l’air plus amolli.

Verse sur les tapis des parfums enivrants,
Je veux te recouvrir de roses embaumées ;
Il y a quelques morts en ville, mon aimée,
Les corps décomposés pourrissent lentement.

(George Bacovia)

 Illustration: Henri Lebasque 

 

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La Vierge de Sunam (Louis Bouilhet)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



Pedro Américo_1879_Davi_e_Abisag [800x600]

La Vierge de Sunam

On dit qu’au vieux David, pale et transi par l’âge,
Tandis qu’autour de lui fumaient les trépieds d’or,
Et que des grands lions la dépouille sauvage
S’enroulait à son sein, sans réchauffer encor,

Pour réveiller le maître, en sa couche glacée,
Un serviteur fidèle, un soir, vint amenant
Superbe et demi-nue, et la tête baissée,
La brune Abizaïg, la vierge de Sunam ;

Sur sa gorge ondoyante et dans sa chevelure
On répandit les flots de la myrrhe et du nard,
Comme la jeune épouse, elle ôta sa ceinture
Et se glissa, timide, aux côtés du vieillard ;

Des filles d’Orient aux formes enivrantes
C’était la plus ardente et la plus belle à voir,
Avec ses longs cheveux qu’en vagues odorantes
Sur le grand moribond, elle laissa pleuvoir.

Les tympanons d’airain frissonnaient autour d’elle,
Tandis que, suspendue aux lèvres du vieux roi,
La vierge souriait, comme la fleur fidèle,
Dont les bras embaumés pressent un tombeau froid.

Et versant à l’entour, les parfums de la nue,
La nuit, la nuit a vu, de ses prunelles d’or,
Ce qu’il faut de baisers et d’ardeur inconnue
Pour rallumer une âme et réchauffer un mort.

Vierge, je ne suis pas le vieux roi centenaire !
Le temps n’a point encor fait blanchir mes cheveux,
À peine quelques jours, j’ai paru sur la terre,
Et je vois mon berceau, quand je tourne les yeux.

Pourtant, comme un vieillard, j’ai l’âme froide et nue,
Voilà que tout mon cœur est éteint maintenant,
Et je m’en vais mourir, car tu n’es pas venue,
Ô brune Abizaïg, ô vierge de Sunam !

(Louis Bouilhet)

Illustration: Pedro Américo

 

 

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JOURNÉE D’ÉTÉ (Lu Guimeng)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2018



JOURNÉE D’ÉTÉ

La campagne rustique est le meilleur coin
pour fuir la canicule

Un chapeau de paille et une natte en bambou font merveille
De retour, la fraîcheur donne envie de pêcher à la ligne

Après la pluie, la liane luxuriante
exhale un parfum enivrant

(Lu Guimeng)

 

 

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LES QUATRE SAISONS (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



 

LES QUATRE SAISONS

Au printemps, c’est dans les bois nus
Qu’un jour nous nous sommes connus.

Les bourgeons poussaient, vapeur verte.
L’amour fut une découverte.

Grâce aux lilas. grâce aux muguets,
De rêveurs nous devînmes gais.

Sous la glycine et le cytise.

Tous deux seuls, que faut-il qu’on dise?

Nous n’aurions rien dit, réséda,
Sans ton parfum qui nous aida.

II

En été les lis et les roses
Jalousaient ses tons et ses poses,

La nuit, par l’odeur des tilleuls
Nous nous en sommes allés seuls.

L’odeur de son corps, sur la mousse,
Est plus enivrante et plus douce.

En revenant le long des blés.

Nous étions tous deux bien troublés.

Comme les blés que le vent frôle,
Elle ployait sur mon épaule.

III

L’automne fait les bruits froissés
De nos tumultueux baisers.

Dans l’eau tombent les feuilles sèches
Et. sur ses yeux, les folles mèches.

Voici les pèches, les raisins,
J’aime mieux sa joue et ses seins.

Que me fait le soir triste et rouge,
Quand sa lèvre boudeuse bouge ?

Le vin qui coule des pressoirs

Est moins traître que ses yeux noirs.

IV

C’est l’hiver.
Le charbon de terre
Flambe en ma chambre solitaire.

La neige tombe sur les toits.

Blanche!
Oh. ses beaux seins blancs et froids!

Même sillage aux cheminées
Qu’en ses tresses disséminées.

Au bal chacun jette, poli.
Les mots féroces de l’oubli.

L’eau qui chantait s’est prise en glace.
Amour, quel ennui te remplace!

(Charles Cros)

 

 

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Justice déparée (André Simoncini)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018




    
Justice déparée
Qui sublime la douleur

Dérive immatérielle
Glissade enivrante
Comme un droit
Au vertige féroce
Un dernier regard braqué
Vers la cime pâlissante

Enfin en symbiose
Avec l’éternité.

(André Simoncini)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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Jeunes mortes (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2017




Illustration: Lionel Valot
    
Jeunes mortes

Par-delà la tiédeur enivrante des choses
il y a le doux froid, vois la ville des girouettes
les lits caressés de jeunesse fleurante dorment dans l’aube,
l’acier de l’innocence perce les coeurs adolescents
le pic-vert d’amour veille les nénuphars et tremble
les chevelures étranges montent des puits lourdes de songe,

Dans l’aube sonne et dans le sang le premier son des cloches
dans l’aube et dans le sang des cloches de vos gorges
soeurs mes sources solitaires prisonnières de toiles
l’ombre du rossignol pleure sur vos quinze ans
mortes givreuses mortes de satin blanc
mais la pierre est moins rude que l’étreinte de l’homme.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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S’asseoir sur un murger… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017



Illustration: Alexander Nedzvetskaya
    
S’asseoir sur un murger…

S’asseoir sur un murger, les pieds dans les broussailles
Et les doigts enlacés aux rugueuses pierrailles,
Seule avec les lointains où le soleil se meurt,
Seule avec sa pensée et seule avec son coeur.

Respirer le parfum des herbes attiédies,
Ecouter la cigale aux lentes psalmodies
Vibrer parmi les brins séchés des serpolets,
Voir s’embrumer du soir le vitrail violet.

Voir s’élever du creux des placides jachères,
En arceaux imprécis, l’encens crépusculaire,
Et l’orchis opalin de la lune, aux prés bleus
Du ciel, éparpiller son pollen nébuleux.

Savourer cette odeur de la lande que baigne
Quelque ruisseau muet et filtrant sous les sphaignes,
Savourer cette odeur enivrante qui sort
Mystérieusement de la gèbe qui dort.

Goûter le souffle obscur de la forêt prochaine
Dont le frisson murmure au feuillage des chênes,
La fauve et l’âcre odeur qui vient comme un baiser
De faune sur la bouche ardemment se poser.

Et n’être que la nuit, le parfum, la bruyère,
Le tourbillon léger des derniers éphémères,
Etre le serpolet bruissant sous ma main,
Fuir hors de ce cachot qu’on nomme un coeur humain,

Mais, dans l’humilité douce des moindres choses,
Devenir l’herbe morte où le grillon repose,
Ou bien le roitelet lassé de pépier
Qui perche sommeilleux aux branches des ronciers.

(Marie Dauguet)

 

 

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Souviens-toi de moi (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2017



Illustration
    
Souviens-toi de moi

Pars, puisque la gloire t’appelle !
Mais lorsque tu t’enivres d’elle,
Oh ! du moins, souviens-toi de moi !
Quand la louange autour de toi
Se répand douce à ton oreille,
Ah ! que mon image s’éveille
Dans ton cœur, souviens-toi de moi !

D’autres femmes te seront chères.
D’autres bras pourront t’enlacer,
Et tous les biens que tu préfères
Sur tes pas viendront se presser ;
Mais si celles que ton cœur aime
Sont heureuses auprès de toi,
En goûtant le bonheur suprême,
Oh ! toujours souviens-toi de moi !

La nuit, quand ta vue est charmée
Par ton étoile bien-aimée,
Alors, oh ! souviens-toi de moi.
Pense qu’elle brilla sur toi
Un soir où nous étions ensemble ;
Et quand sur ton front elle tremble,
Oh ! toujours souviens-toi de moi.

Lorsque dans l’été tu reposes
Tes yeux sur les mourantes roses
Que nous aimions tant autrefois,
Lorsque leur parfum t’environne,
Songe à cette heure où sous mes doigts
Je t’en formais une couronne
Puis les effeuillais avec toi ;
Et toujours souviens-toi de moi.

Puis, quand le vent du nord résonne,
Et que les feuilles de l’automne
Glissent éparses près de toi,
Alors, oh ! souviens-toi de moi.
Lorsque tu contemples dans l’âtre
La flamme ondoyante et bleuâtre,
Oh ! toujours souviens-toi de moi !

Si des chants de mélancolie
Tout à coup viennent te frapper,
Si tu sens ton âme amollie
Dans une larme s’échapper ;
Si ton souvenir te murmure
L’harmonie enivrante et pure
Que j’entendais auprès de toi,
Oh ! pleure, et souviens-toi de moi !

(Louise Colet)

 

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Amazone (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017




    
Amazone

L’Amazone contemple à ses pieds des ruines,
Tandis que le soleil, las de luttes, s’endort ;
La volupté du meurtre a gonflé ses narines ;
Elle exulte, amoureuse étrange de la Mort.

Elle veut les baisers des lèvres expirantes
Qui laissent à sa bouche en feu le goût du sang ;
Sur le champ de bataille aux odeurs enivrantes,
Son orgueilleux désir se vautre en pâlissant.

Elle aime les amants qui lui donnent l’ivresse
De leur fauve agonie et de leur fier trépas,
Et, méprisant le miel de la fade caresse,
Les coupes sans horreur ne lui suffisent pas.

Le râle la remplit d’une ivresse sauvage ;
Au milieu des combats son coeur s’épanouit
Et, lionne aux yeux d’or éprise de carnage
La livide sueur des fronts la réjouit.

Elle rit et se pâme auprès du vaincu blême ;
Son corps, vêtu de pourpre, aux derniers feux du jour
Se penche avec ardeur sur le spasme suprême,
Plus terrible et plus beau que le spasme d’amour.

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Fleur sauvage (Bakary Bamba Junior)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2017



Fleur sauvage

Comme une fleur sauvage toute seule isolée,
Je t’ai découverte un soir te promenant près du rivage.

Belle fleur sauvage aux couleurs captivantes,
Je me suis approché de toi et t’ai admirée.

Fleur sauvage qu’on voudrait cueillir,
Je t’ai exposé mes désirs.

Dangereuse fleur sauvage isolée,
Tu t’es donnée à moi pour un amour sanglant.

Fleur sauvage attirant une abeille,
Je suis entré en toi et tu t’es refermée sur moi.

Douce fleur sauvage au parfum envoûtant,
J’ai perdu toute raison le temps de nos ébats.

Fleur sauvage au nectar enivrant,
Je me suis écoulé en toi et tu as ruisselé sur moi.

Si belle fleur sauvage, mais unique au monde,
Tu es partie sans bruit me laissant dans mes rêves.

Comme une fleur sauvage fanée au fil du temps,
Mon souvenir de toi est parti avec le vent.

(Bakary Bamba Junior)

Illustration

 

 

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