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Poésie

Posts Tagged ‘enivrer’

Passage protégé (Patrick Williamson)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2017



Illustration: Andrzej Malinowski

    
Passage protégé

Un morceau de bois ravi par la tempête virevolte
au bout de boucles qui se mordent la queue — toi
la bouée d’un fétu, le métronome qui bat comme
le bateau ballotté par des embardées contraires — des courbes
charriées tels les battements de ton coeur sous la peau
un souffle régulier soulevant ta poitrine — se précipite
ordonnant à ceux qui nagent de regagner la berge
planches, épaves charriant le reste — m’enivrant
par ton odeur, ta présence, cette présence
dont je suis si intime, ce corps que je veux — toucher

***

Safe passage

A piece of wood salvaged by the storm lurches past
on curled tips that chase their tails — you
the safety of a straw, the metronome beating
as the boats rock in counter yaw — curves
carried like your heart pulses under skin,
steady breath lifting your chest — rushing past
commanding those who swim to take to land, boards
and flotsam will carry the rest — lifting me
with your soent, your presence, that presence
I am so close to, that body I wish — to touch.

(Patrick Williamson)

 

Recueil: Trois rivières
Traduction: Max Alhau
Editions: L’Harmattan

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J’emporte comme un fardeau léger (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2017



 

Frank Dicksee romeo_and_juliet, 1884-large arc

J’emporte comme un fardeau léger,
Comme une gerbe de fleurs et de feuilles,
Toute l’ombre de ton verger,
Toute la lumière de ton seuil ;

Le poids est si doux qu’il m’enivre
D’un baiser de lys sur la bouche ;
Faut-il donc tout ceci pour, enfin, que tu livres
L’aveu de ton âme farouche ?

Il est bon de partir quand on aime,
Il est doux de se quitter ainsi :
Puisqu’on ne le sait qu’à ce prix
Et qu’on se découvre soi-même.

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Frank Dicksee

 

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Par-Delà la Mort persiste le Désir (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



Illustration: Claude Monet  
    
Par-Delà la Mort persiste le Désir

Ô ma Maîtresse morte, aux yeux de pâle azur,
Je te vois dans ton lit que lave la rosée,
Dans ton cercueil fétide où coule un flot impur,
Et sans fin je t’adore, ô chair décomposée.

La nacre des baisers, des longs baisers d’hier,
Donne à ton corps brisé ce bleu de meurtrissure,
Ce vert, ce violet voluptueux et clair.
J’aspire ton parfum d’ombre et de moisissure.

Je te convoite avec des râles et des cris,
Moi qui reviens cueillir sur tes lèvres livides
Ces baisers d’autrefois, empestés et pourris,
T’étreindre et regarder sous tes paupières vides.

Tu m’attends, allongée au fond du soir troublant,
Et je viens m’enivrer de ton affreuse haleine
En me disant : « C’est elle, et voici son cou blanc,
Voici ses clairs cheveux, voici ses mains de reine.

« Que notre solitude est douce, ô mon Désir !
« Quel merveilleux silence où mon sanglot se brise !
« C’est elle que je vois divinement pâlir…
« Voici la nuit d’amour si tendrement promise.

« Quelle nuit de caresse et de fièvre ! Oh ! les seins
« Frais et fleuris, les flancs d’une forme suprême !
« Le velouté du ventre et la rondeur des reins
« La voici tout entière, et telle que je l’aime ! »

« Je suis le Ver qui vit de ton corps bien-aimé,
Qui dans l’ombre a rampé jusqu’à ta froide porte,
Le Ver toujours tenace et toujours affamé,
Dont l’éternel désir se repaît de chair morte.

(Renée Vivien)

 

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Le Bloc de Marbre (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2017



    

Le Bloc de Marbre

JE dormais dans le flanc massif de la montagne…
Ses tiédeurs m’enivraient. Auprès de mon sommeil
Sourdait l’ardent effort des fleurs vers le soleil.
Rien ne troublait la paix large de la montagne.

Je dormais. Je semblais un astre dans la nuit,
Et l’ondoyant avril que l’amour accompagne
Tremblait divinement sur l’or de la campagne,
Sans rompre mon attente obscure dans la nuit.

Blancheur inviolée au fond de l’ombre éteinte,
J’ignorais le frisson du nuage, et le bruit
Des branches et des blés sous le vent qui s’enfuit
En sifflant… Je dormais au fond de l’ombre éteinte,

Lorsque tu m’arrachas à mon calme éternel,
O mon maître ! ô bourreau dont je porte l’empreinte !
Dans la douleur et dans l’effroi de ton étreinte,
Je vécus, je perdis le repos éternel…

Je devins la Statue au front las, et la foule
Insulte d’un regard imbécile et cruel
Ma froide identité sans geste et sans appel,
Pâture du regard passager de la foule.

Et je suis la victime orgueilleuse du temps,
Car je souffre au-delà de l’heure qui s’écoule.
Mon angoisse domine altièrement la houle
Gémissante qui meurt dans l’infini du temps.

Je te hais, créateur dont la pensée austère
A fait jaillir mon corps en de fiévreux instants,
Et dont je garde au coeur les rêves sanglotants…
Je connais les douleurs profondes de la terre,

Moi qui suis la victime orgueilleuse du temps.

(Renée Vivien)

Illustration: Alfred Jean Halou

 

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LE BAISER (P. Brunesœur)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2017



Illustration: Oleg Zhivetin
    
LE BAISER

I
Un baiser…, c’est bien peu de chose !
A peine un frôlement de rose,
Un souffle venant effleurer.
Pourtant quand ta bouche, en caresse.
Mit sur mes lèvres cette ivresse,
Mon cœur se prit à t’adorer.

II
Ce baiser, cependant si mièvre.
Brûle mon âme d’une fièvre
Que toi seule peux apaiser.
Ah ! prends en pitié mon martyre,
Rends-moi le bien auquel j’aspire :
De ta bouche un second baiser.

III
Fais-le doux, ô ma bien-aimée,
Que ton haleine parfumée
Me fasse vivre, refleurir.
Que ce soit ma dernière aurore,
Si je puis m’enivrer encore
De ton baiser, jusqu’à mourir.

(P. Brunesœur)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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Ah ! tu viens d’enivrer mon âme (Ecouchard Lebrun)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



Ah ! tu viens d’enivrer mon âme
D’un baiser si délicieux
Que j’ai cru respirer la flamme
Dont Vénus embrase les dieux.

Ce n’est point un baiser ; non, c’est l’Amour lui-même.
Il passe dans mon coeur, et mon coeur embrasé,
Tout à coup palpitant, saisi d’un trouble extrême,
A reconnu le dieu vainement déguisé.

Il se trouble, il palpite encore,
Il se plaît à consumer ;
Il désire, il craint, il adore,
Et tout conspire à l’enflammer.

Aux accents de ta voix mon âme est éperdue ;
Mes regards inquiets brillent d’humides feux ;
Je rougis, je pâlis ; un voile est sur ma vue ;
Tous mes sens sont en proie au délire amoureux.

Même quand ma bouche est muette,
Fanni, mon coeur parle à ton coeur
Et le doux nom de son vainqueur
Est le seul nom qu’il me répète.

Absent de tes regards, dans l’ombre et le sommeil,
Je te vois, je te suis, j’embrasse ton image ;
De mes songes brûlants, Fanni, reçois l’hommage ;
Fanni, reçois encor l’hommage du réveil.

O baiser ! divine caresse !
Source flatteuse de tourment !
O Fanni ! partage l’ivresse
Du baiser qui m’a fait amant !

Te désirer, te voir, parler et t’entendre,
T’aimer ! … que sais-je encore ? Il est un autre voeu !
Donne un second baiser plus secret et plus tendre ;
J’étais plus qu’un mortel ; je serai plus qu’un dieu.

(Ecouchard Lebrun)

 

 

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Où est l’utilité des mots (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2017



 

Illustration

    

Où est l’utilité des mots puisque l’amour a enivré mon coeur ?
J’ai enveloppé le diamant dans mon manteau :
pourquoi le découvrir à tous moments ?

Quand le plateau de la balance était léger, il montait;
à présent qu’il est chargé à quoi bon peser sur lui.

Le cygne a pris son vol jusqu’au lac qui est là-bas derrière les montagnes ;
pourquoi rechercherait-il les mares et les fossés ?

Ton Seigneur est en toi;
pourquoi tes yeux s’ouvriraient-ils sur le monde extérieur ?
Kabîr dit : « Écoute mon frère !
mon Seigneur m’a ravi et m’a uni à Lui. »

(Kabîr)

 

 

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Sucrée, l’odeur (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 26 avril 2017



Sucrée, l’odeur des raisins bleus…
Le lointain attire, enivre.
Ta voix est sourde et morne.
Je n’ai pitié de personne, personne.

Entre les grains, les fils des araignées,
Les tiges des sarments souples sont encore minces,
Les nuages voguent comme des glaçons, glaçons
Dans les eaux claires des rivières bleues.

Le soleil dans le ciel. Le soleil brille.
Va t’en dire à la vague ta douleur.
Ô, sans doute qu’elle répondra,
Et peut-être qu’elle t’embrassera.

(Anna Akhmatova)

 

 

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Mon enfant nu (Luciole)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2017



Mon enfant nu

Quand tu t’enfuis sur un éclat de lune
Quand tu jongles avec les morceaux de ciel
Quand tu t’enivres d’effroi et d’extase
Je t’aime de ton cri silencieux
La poussière qui danse au soleil
Est ton scintillement d’étoiles
De ton regard affolé et muet
Je t’aime pour ce que tu es
Quand tu voyages dans l’immensité
Quand tu t’échappes pour rejoindre au ciel
L’enfant nu dont l’ange a omis
De clore à jamais la mémoire
Sur les mystères d’ailleurs
De poser son doigt sur sa lèvre
Mon enfant d’un monde perdu
Je t’aime dans les plis du vent
Mon enfant de sable et de sel
Sur ta peau brûlante
Assoiffée de tendresse
Goutte l’eau d’une caresse
Je t’aime mon enfant miroir
Mon enfant de soleil noir
Mon enfant de souffrance
Mon enfant des errances
Mon enfant des orages
Mon enfant courage
Je t’aime

(Luciole)

Découvert ici: https://petalesdecapucines.wordpress.com/

 

 

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A celle que j’aime (Nérée Beauchemin)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2017



A celle que j’aime

Dans ta mémoire immortelle,
Comme dans le reposoir
D’une divine chapelle,
Pour celui qui t’est fidèle,
Garde l’amour et l’espoir.

Garde l’amour qui m’enivre,
L’amour qui nous fait rêver ;
Garde l’espoir qui fait vivre ;
Garde la foi qui délivre,
La foi qui nous doit sauver.

L’espoir, c’est de la lumière,
L’amour, c’est une liqueur,
Et la foi, c’est la prière.
Mets ces trésors, ma très chère,
Au plus profond de ton coeur.

(Nérée Beauchemin)

 

 

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